La voix agile et racée, maniant la guitare, le violoncelle et l’autoharpe, Pomme oscille entre un univers chansonnier trempé dans la mélancolie et quelques titres pop plus pimpants.

Pomme: à belles dents dans la chanson

Elle vient d’entrer dans la vingtaine, elle a le visage juvénile et le rire pétillant. Sous le nom de Pomme, Claire Pommet porte des chansons souples et imagées. Mais ne vous laissez pas leurrer par ces délicates apparences. La Française n’est pas née de la dernière pluie… Et elle sait où elle s’en va.

Native de Lyon et Parisienne d’adoption, Pomme écrit depuis l’enfance et trimballe sa guitare dans les bars depuis l’adolescence. «J’étais payée en bière à 15 ans, quoi!» rigole au bout du fil l’auteure-compositrice-interprète. Elle présente ces jours-ci un premier album complet, À peu près, après avoir fait ses classes en usant ses semelles sur les planches parfois modestes, parfois plus prestigieuses, ouvrant pour Cœur de pirate, Vianney, Yael Naim ou Benjamin Biolay. 

«Souvent, quand je fais des interviews, les gens pensent que je commence à peine parce que j’ai 21 ans et que du coup, ça sonne comme si je fais ça depuis deux mois, ajoute la chanteuse. Mais c’est vrai que j’ai fait beaucoup, beaucoup de concerts dans les bars depuis que j’ai 15 ans et jusqu’à 18-19 ans. C’est cool parce que ça m’a permis d’avoir une expérience assez grande. Et j’étais contente aussi quand j’ai commencé à faire de vraies salles. C’est plus confortable que les bars. D’avoir les deux expériences, je pense que c’est une richesse.»

La voix agile et racée, maniant la guitare, le violoncelle et l’autoharpe, Pomme oscille sur À peu près entre un univers chansonnier trempé dans la mélancolie et quelques titres pop plus pimpants. On peut y voir le reflet de ses racines musicales, elle qui a poussé en écoutant Rihanna et «la panoplie» de Star Academy (écrit à l’anglaise par les cousins de l’Hexagone) avant de s’offrir, à l’adolescence, une immersion dans le country féminin des années 60 et 70. Son coup de cœur pour Dolly Parton, notamment, est immédiat. «J’ai été complètement hallucinée, confirme Claire Pommet. J’ai découvert toutes ces chanteuses qui faisaient un peu l’équivalent de la chanson française, mais en anglais...»

Son album renferme d’ailleurs un clin d’œil au classique Jolene de Parton, remis au goût du jour sous le titre Pauline par le parolier Jean Felzine. «Ce n’est pas une adaptation ni une copie, mais c’est un vrai hommage, résume Pomme. c’est la même histoire un peu transposée. Cette chanson de Dolly Parton a un thème super puissant et c’est un sujet un peu tabou en France. On ne parle pas beaucoup de la compétition entre femmes, du fait que les femmes se regardent beaucoup entre elles. Cette chanson, elle parle de ça en le désacralisant un peu, d’une manière un peu marrante.»

LE QUÉBEC DANS LE COEUR DE POMME

«Le Québec, c’est un peu mon pays rêvé depuis longtemps», déclare en entrevue Claire Pommet, alias Pomme. Le sentiment remonte, semble-t-il, à son adolescence, alors que la Française a craqué pour la musique de Cœur de pirate. Curieuse d’en savoir davantage, elle s’est retrouvée sur le site Web de Grosse Boîte, l’étiquette de disque de la chanteuse montréalaise. «J’avais regardé les autres artistes de leur catalogue. Je me suis intéressée à des artistes que j’étais pas mal la seule à écouter en France en 2010!» lance l’auteure-compositrice-interprète. Dès qu’elle s’est commise sur un mini-album, Pomme a su qu’elle utiliserait ses chansons comme passeport jusqu’à nous. Elle a eu depuis l’occasion de refaire l’aller-retour à plusieurs reprises, partageant çà et là le micro avec sa copine Safia Nolin, de part et d’autre de l’Atlantique. Trois questions québécoises à une artiste qui a adopté la Belle Province… Et qui pourrait bientôt voir le Québec l’adopter à son tour.

Q Ton artiste québécois favori?

R Mon préféré de tous, c’est Philémon Cimon. J’adore ses textes. Il a une manière d’écrire qui est folle. Je suis fascinée par son écriture, par la simplicité qu’il utilise et qui donne un rendu follement beau.

Q Le plus beau lieu que tu as vu au Québec?

R Je suis allée aux Escoumins cet été. J’ai été dans un camping qui s’appelle Paradis marin. Tu peux littéralement planter ta tente au bord de l’eau et entendre les baleines, la nuit. Il n’y a pas beaucoup de monde. C’est vraiment cool! Ils vendent du bois pour faire des feux, des chamallows grillés. C’est vrai, vous, vous dites des guimauves! Nous, on dit des chamallows. Ça fait beaucoup rire mes amis québécois!

Q Une expression qui te fait rire ou t’a laissée perplexe?

R Ce n’est pas une expression, mais j’ai appris l’autre jour que pour [le film] Chicken Run, vous dites Poulets en fuite. Ça m’a tellement fait rire! Pourtant, je ne rigole jamais des expressions. Je sais à quel point c’est chiant pour les Québécois parce qu’il y a beaucoup de Français qui se moquent du québécois. Mais à Poulets en fuite, je pense que j’ai rigolé pendant une demi-heure. Sinon, il y a un truc que je trouve vraiment mignon et c’est une débarbouillette. Pour moi, ça évoque un petit truc de bébé. Pour vous, c’est un mot normal. Nous, on utilise le verbe débarbouiller, mais pas le mot débarbouillette. Mais c’est plus mignon que drôle…