Le spectacle «La science du cœur» avec l’Orchestre symphonique de Québec propulse les chansons de Pierre Lapointe en orbite grâce notamment aux arrangements des plus réussis de David François Moreau.

Pierre Lapointe et l’OSQ: lovés dans un grand frisson

CRITIQUE / Si Pierre Lapointe peut se faire flamboyant ou conceptuel, pour son spectacle «La science du coeur» avec l’Orchestre symphonique de Québec, nous avions rendez-vous avec le chanteur qui grise, le parolier d’exception, ce bel humain qui a le don rare de faire naître le grand frisson.

À travers les concerts pop des dernières années à l’OSQ, je ne me souviens pas d’avoir vu des arrangements plus réussis. Ça tenait en partie au fait que l’orchestre ne venait pas appuyer un trio basse-guitare-batterie; il était le groupe choisi, voulu et pensé pour accompagner Pierre Lapointe pour chacune des pièces — pas seulement pour une portion du spectacle.

L’arrangeur David François Moreau a su construire des écrins pour propulser les chansons en orbite. Il n’y a que pour Les lignes de ma main, recommencée après un faux départ, qui ne nous a pas convaincu, la mélodie chantée semblant constamment en compétition avec celle jouée par les vents. Mais sinon, la vingtaine de musiques se déployaient par petites touches, avec une grande variété d’instruments construisant des crescendos élaborés et jouant de contrastes. Le chef David Martin tenait la barre avec assurance et sensibilité, gardant tout le monde en symbiose.

C’était grand, cohérent, d’une beauté grave et sublime. Souvent, à la fin des pièces, le public semblait retenir son souffle une seconde, pour savourer l’instant béni.

Pierre Lapointe a chanté les regrets, les espoirs impossibles et la mélancolie des corps avec une voix assurée, grave, pleine, qui se lovait à chaque mot pour en révéler chaque courbe et chaque aspérité. Pigeant principalement dans l’album La science du cœur, mais aussi dans Sentiments humains et Paris tristesse, il a agencé un spectacle touchant, mais nullement déprimant, malgré ce qu’il aime laisser croire. Peu bavard, sauf à quelques moments soigneusement choisis, il a présenté Étrange route et Prince charmant comme un (court) moment joyeux (pour du Pierre Lapointe).

Il l’a servi avec une joie décalée que les arrangements soulignaient avec tact. Le pianiste Philip Chiu semblait particulièrement s’amuser à jouer les automates le temps d’une chanson. Il faut dire que plusieurs pièces commençaient par de magnifiques mariages piano-voix qui mettaient en valeur son jeu habile, avant que les autres instruments entrent dans le bal. 

Au rappel, pour Alphabet, «la chanson la plus conceptuelle de mon répertoire», a noté Pierre Lapointe, l’orchestre a mis toute la gomme, montrant à quel point tout ce qui précédait avait été livré avec la plus grande douceur.

Le spectacle, à guichet fermé, sera présenté de nouveau jeudi au Grand Théâtre de Québec.