Petula Clark dit avoir hâte de chanter sur scène les pièces de son nouvel album, «Vu d’ici».

Petula Clark, toujours dans le vent

Elle a conquis les palmarès anglais et français dans les années 60, chanté pour Vian et Gainsbourg, tourné avec Fred Astaire et Francis Ford Coppola. À 85 ans, Petula Clark ne se demande plus ce qu’elle fait là, comme dans sa chanson éponyme. Loin d’être nostalgique, elle a plutôt les deux pieds bien ancrés dans le présent, n’hésitant pas à se réinventer auprès de compositeurs québécois.

Les Louis-Jean Cormier, Antoine Gratton, Nelson Minville et autres Luc De Larochellière ont contribué à l’enregistrement de son dernier album, Vu d’ici, qu’elle présente à la Salle Albert-Rousseau dimanche. Une raison supplémentaire pour réserver au Québec un coin précieux dans sa mémoire.

«J’ai rencontré Louis-Jean et Antoine en studio, je ne les connaissais pas. Ils sont charmants, mignons en plus…» lance-t-elle entre deux rires. En cette journée printanière pluvieuse, la voix est «légèrement enrhumée». Son accent anglais, reconnaissable entre mille, résonne à l’autre bout du fil, est toujours aussi mignon, lui aussi.

«Ce que j’aime avec ces nouvelles chansons, c’est qu’ils n’ont pas essayé de retrouver la Petula des années 60, pas du tout. Ce sont des chansons qui correspondent à ce que je suis aujourd’hui. C’est un cadeau que j’offre aux Québécois. J’ai hâte de les chanter sur scène, je ne les ai pas encore faites live», ajoute-t-elle au sujet de titres comme Ceux qu’on aime, L’âge que j’ai, La valse du temps ou la très belle Le chemin de la gare.

Consolée par Lennon
Au cœur des années 60, Petula Clark est incontournable dans les palmarès des deux côtés de l’Atlantique. De Downtown (Dans le temps) à C’est ma chanson, en passant par Chariot, Tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir et La nuit n’en finit plus, la jeune Anglaise fait un malheur.

Au pinacle de sa gloire, elle présente son premier one woman show à vie à la Comédie canadienne, à Montréal. Son retour à la Place des Arts, en 1969, en pleine montée indépendantiste, lui laisse par contre un goût amer.

«Je pensais faire un spectacle bilingue, avec des chansons en anglais et en français. Ç’a été dramatique. Quand je chantais en anglais, j’entendais des gens crier dans la salle ‘‘En français, en français’’. Quand je chantais en français, j’entendais ‘‘In english, in english’’. Je n’étais alors pas courant de la situation politique au Québec.»

Ébranlée par cet imbroglio politico-linguistique, la chanteuse trouve une oreille attentive auprès de… John Lennon, qui tient son bed-in à l’hôtel Reine Élizabeth, avec Yoko Ono. «Je voulais parler à quelqu’un capable de me comprendre, mais qui ne faisait pas partie de mon entourage. J’avais lu dans la presse que Lennon était en ville. Je suis allé à l’hôtel, il n’y avait aucune sécurité. Je suis arrivée en larmes à sa chambre, trempée après avoir marché sous la pluie.

«John a été très gentil avec moi, poursuit-elle. Il m’a pris dans ses bras. Il m’a donné quelques little advices [petits conseils] et m’a dit que dans une semaine, tout sera oublié. Il avait raison.»

Seulement de la joie
De sa collaboration avec Serge Gainsbourg, elle se souvient d’un homme «très timide» venu à son appartement parisien pour lui offrir la chanson Vilaine fille, mauvais garçon. «Il s’est installé au piano pour me la chanter. Il était tellement nerveux qu’il a renversé sa bière dans mon piano à queue. Il était tellement embarrassé. Il croyait que c’était foutu, qu’il avait ruiné mon piano, mais j’ai finalement enregistré sa chanson.»

À l’instar d’une autre grande dame de la chanson, Nana Mouskouri, de deux ans sa cadette et qui continue à fouler les scènes partout sur la planète, Petula Clark ne se voit pas arrêter de sitôt. «Je continue à faire ce métier parce que j’aime ça. Il y a beaucoup d’artistes qui n’aiment pas les tournées, moi j’adore. Ç’a toujours été de la joie et ça continue d’en être.»

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COPPOLA ET LUCAS, CES JEUNES PREMIERS

La carrière de Petula Clark ne s’est pas limitée qu’à la scène. Elle a également joué dans une quarantaine de films. Parmi eux, La vallée du bonheur (Finian’s Rainbow), sorti en 1968, en compagnie de Fred Astaire, sous la direction d’un jeune réalisateur, un certain… Francis Ford Coppola.

«Francis n’était pas encore très connu. Il était jeune et un petit peu fou. Il a été adorable avec moi», se remémore-t-elle au sujet du réalisateur de la trilogie du Parrain et d’Apocalypse Now, qui en était à son troisième long-métrage.

«J’avais tourné pas mal de films et j’ai vu que Francis avait quelque chose de spécial. Pour une scène où je devais chanter, il a tenu à tourner caméra à l’épaule, comme Claude Lelouch. Les patrons de la Warner Brothers [le studio hollywoodien] lui ont dit que ça ne se faisait pas, mais il n’a pas changé d’idée.»

Pour Fred Astaire, La vallée du bonheur représentait sa dernière comédie musicale en carrière. Artiste «très méticuleux», il a été confronté au diktat de Coppola. 

«Francis n’était pas du tout le genre de réalisateur avec qui Fred avait l’habitude de travailler. Il s’était opposé au tournage d’une scène de danse dans un vrai champ, plutôt qu’en studio, comme il avait l’habitude. Francis tenait à faire un film plus réaliste. Fred a finalement accepté de tourner la scène.»

Le tournage a également été l’occasion pour la chanteuse de croiser un jeune stagiaire, un dénommé… George Lucas, futur créateur de La guerre des étoiles. «Lui aussi était adorable. Les deux avaient beaucoup de cheveux, une grosse barbe, ils étaient un peu hippies.»  

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi: Vu d’ici

Qui: Petula Clark

Quand: 13 mai, 20h

Où: salle Albert-Rousseau

Billets: de 59,75 $ à 76,75 $