Petra Lang est l’invitée de l’Orchestre symphonique de Québec, le 18 septembre à 20h et le 19 septembre à 10h30, au Grand Théâtre.

Petra Lang, la reine sage, à l'OSQ

Petra Lang est présentée comme «la reine de Wagner» par l’intitulé du concert de l’Orchestre symphonique de Québec — une appellation qui l’a bien fait rire. La soprano allemande, qui s’est découvert une voix à 22 ans, a toutefois failli ne pas faire carrière en chant, mais plutôt en enseignement.

Elle a étudié le violon avant de se mettre à chanter. Pourquoi ce changement de cap? «À cause de l’erreur d’une secrétaire, indique la cantatrice. J’avais déjà deux autres sujets complémentaires, le piano et l’alto, et ça n’aurait pas dû être possible que je suive un cours de chant. Quand je m’en suis aperçue, je me suis dit que je pourrais en profiter pour apprendre comment parler sans me fatiguer.»

Il faut dire qu’elle enseignait déjà plusieurs heures par semaine à l’époque, tant le violon que l’éveil musical, avec de jeunes enfants, un mandat qu’elle adorait, mais qui sollicitait beaucoup ses cordes vocales. Le chant lui a plu et les portes se sont ouvertes rapidement. Sa participation à une classe de maître lui a valu une invitation à une audition, où elle a décroché un petit rôle à l’opéra.

Une trentaine d’années et bien des rôles plus tard, sa carrière a atteint un sommet cet été. Elle vient d’incarner Isolde dans la production de Tristan et Isolde mise en scène par Katharina Wagner, sous la direction musicale de Christian Thielemann, au prestigieux festival de Bayreuth, où elle est une habituée depuis une quinzaine d’années. Ce mandat vertigineux, qui lui a valu plusieurs éloges, lui a permis de prendre la mesure du chemin parcouru. «Pendant longtemps, j’ai chanté le rôle de mezzo dans Tristan et Isolde, raconte-t-elle. Ça m’a pris presque 20 ans pour avoir l’opportunité de chanter le rôle-titre. Je crois que dans chaque carrière il y a des moments appropriés pour chanter certains rôles et je crois que c’était exactement le bon moment pour moi.»

L’automne sera porteur de nouvelles responsabilités pour Petra Lang, qui a accepté une charge d’enseignement en chant à l’Akademie für Tonkunst, à Darmstadt, en Allemagne. «C’est demandant!» constate la chanteuse, qui nous a parlé à l’issue de sa première journée dans ses nouvelles fonctions.

La flexibilité du poste lui permet heureusement de poursuivre sa carrière d’interprète. «J’enseigne quelques semaines, puis je pars pour quelques semaines. J’ai l’habitude de travailler comme ça. C’est mieux, parce qu’on peut s’attarder sur un point, puis laisser l’élève travailler là-dessus pour quelque temps.»

Un guide

Elle-même a cultivé cette indépendance, ce travail sur soi, au cours de sa formation. S’il y a des points techniques que tout bon professeur ne saurait ignorer, l’élément le plus important pour elle dans cette démarche de transmission est que chaque élève trouve sa propre manière de chanter. Elle ne se voit pas comme un maître, mais comme un guide, un «bon compagnon de route».

À 56 ans, la soprano continue d’être à l’écoute des changements de sa voix, qui évolue au fil des ans. Elle a commencé comme mezzo — «même si je crois que ça a toujours été clair que j’étais une soprano» —, puis la tessiture de sa voix s’est développée, ouvrant de nouvelles possibilités vocales.

«Je crois qu’à ce point-ci de ma carrière, j’ai chanté absolument tout ce que je pouvais chanter, constate-t-elle. Il faudra probablement que j’attende encore quelques années pour que ma voix prenne des teintes plus sombres. Et si ça ne se produit pas, je suis contente de ce que j’ai accompli, je passerai plus de temps avec mes élèves.»

Amitié avec fabien Gabel

Sa venue à Québec est l’œuvre du directeur artistique Fabien Gabel, pour qui elle a développé une amitié spontanée il a quelques années, à Francfort. «Ça arrive parfois dans une vie de tomber sur quelqu’un qu’on a l’impression de connaître depuis des lustres. Nous devions avoir une courte conversation et je crois que finalement, nous avons parlé pendant trois heures», se souvient-elle.

Sa venue est l’occasion pour l’OSQ de présenter, pour la première fois de son histoire, un concert entièrement dédié à la musique de Wagner. «Ce que j’ai appris de plus important sur la musique de Wagner au contact de plusieurs grands chefs d’orchestre, c’est que ce sont les mots qui façonnent la musique, révèle Petra Lang. Ce ne sont pas les sons et les voix puissantes qui importent, mais d’intégrer le sens des paroles.»

Au fil de la conversation, on constate assez rapidement que la vie de la «reine de Wagner» est toute dévouée à la musique. «Je n’ai jamais cru à ces appellations!» note-t-elle. «Pour moi, l’important ce n’est pas la personnalité du chanteur, même si elle fait partie de l’équation. C’est vraiment la musique.»

Avant ses performances, elle applique une recette simple : très bien dormir, s’immerger dans la musique et rester en forme. «Quand tu fais un emploi pendant 30 ans, tu sais ce que tu dois éviter et ce qui fonctionne pour toi», indique-t-elle, avec toute la confiance de l’expérience.

Petra Lang est l’invitée de l’Orchestre symphonique de Québec, le 18 septembre à 20h et le 19 septembre à 10h30, au Grand Théâtre.