Pascale Picard croit avoir fait un «album d’adulte» avec The Beauty We’ve Found.

Pascale Picard en toute sérénité

Quatre ans après «All Things Pass», c’est une Pascale Picard quelque peu transformée qui reprend l’avant-scène avec «The Beauty We’ve Found», un quatrième album attendu le 11 octobre. Celle qu’on d’abord connue plus rockeuse s’est installée au piano pour créer des pièces plus intimistes — et «plus sombres», selon sa propre description — parées de cordes par son complice réalisateur Antoine Gratton. Entretien avec une auteure-compositrice-interprète qui sort d’un congé de maternité avec une sérénité réaffirmée.

Q À l’écoute du nouvel album, on se demande ce qui a changé pour teinter ainsi tes chansons...

R J’ai l’impression que c’est un album d’adulte, un peu. En fait, il y a beaucoup de choses qui ont changé. Le fait de ne plus être dans la structure d’un band, ça change la donne pour les arrangements. Dans un band, tout le monde joue de son instrument. C’est sûr qu’il va y avoir du drum et de la basse. Il y a quelques chansons que j’ai composées à la guitare, mais j’ai beaucoup travaillé au piano.

Q Dans quel contexte as-tu écrit cet album?

R J’ai commencé à écrire les chansons pendant ma dernière tournée solo. Je n’étais pas encore enceinte. Mais ce n’était pas vraiment fluide. J’écrivais un album parce que je sentais qu’il fallait que je le fasse. […] Quand j’ai eu ma fille, j’ai recommencé à écrire et j’avais l’impression que ça coulait plus facilement. C’est une question d’efficacité, aussi. Quand on a un bébé, on n’a pas beaucoup de temps. Quand je m’installais pour écrire, je n’avais pas le temps d’attendre l’inspiration divine. Il fallait tout de suite que ça sorte. [...] Je n’ai jamais écrit aussi vite, je ne me suis pas posé de question.

Q Est-ce que cette simplicité a continué pendant le reste du processus de création?

R Ç’a coulé comme ça tout le long. Il n’y a pas eu de moment où ça accrochait. J’ai eu toutes sortes d’histoires avec des maisons de disques où c’était compliqué, c’était plate, il y avait de la chicane, de la pression. Là, je n’ai rien senti de ça. Je ne me fous pas de la manière avec laquelle le disque va être accueilli. J’aime ça avoir de la reconnaissance. Mais ça ne m’empêche pas de dormir…

Q C’est peut-être le métier qui entre?

R Peut-être, après quatre albums... Parce que maudit que c’est stressant de sortir un disque! Tu veux bien dire que tu ne prends pas ça personnel… Mais ça reste que j’écris les chansons, c’est ma vie et mes émotions que je mets sur la table. C’est sûr que quand ce n’est pas bien reçu, c’est difficile de dire que c’est la faute du voisin. Mais là, je suis surtout excitée. C’est un changement. J’imagine qu’il y a des gens qui vont débarquer. Il y en a peut-être d’autres qui vont accrocher. Mais moi, en bout de ligne, je sens que mon ground ne bougera pas. Je suis contente de cet album-là, je me reconnais là-dedans. Peu importe la réaction, je ne pense pas que ça va m’ébranler. [...] C’est un album personnel, mais j’ai l’impression que je suis plus détachée.

Q Peux-tu donner un exemple?

R In Town, ça fait 10 ans que j’ai écrit cette chanson-là. On tournait beaucoup et c’était mon cousin qui était directeur de tournée. Ça brassait avec sa blonde de l’époque. On a passé six mois eu Europe, c’était difficile d’avoir des relations. C’est une chanson que j’ai écrite comme si j’étais un gars qui parle à sa blonde. [...] J’ai essayé de l’arranger à chacun des albums. Je l’aimais, cette chanson, j’étais attachée à elle. Je n’étais juste pas capable de l’arranger comme il faut. On l’a essayée avec Antoine [Gratton] en disant: peut-être que ça ne marchera pas encore. Finalement, c’est arrivé, on l’a et je la trouve super bonne!

Q En 2015, tu as suivi à Tadoussac des ateliers pour développer ton écriture en français. Est-ce que la chanson La tempête vient de là?

J’imagine que pour certains, les ateliers de Xavier Lacouture donnent des chansons. Pour moi, ç’a vraiment été plus du déblocage et une manière d’aller chercher des outils qui m’ont servi autant en anglais qu’en français. Ça fait 20 ans que j’écris des chansons en anglais. Veut, veut pas, j’ai une facilité avec ça. En français, je suis une petite fille de maternelle. En anglais, je suis au secondaire et je m’en vais au cégep! […] La tempête, c’est une chanson super triste qui parle du décès de ma belle-mère. Ç’a été un cancer fulgurant. J’avais décidé que cette chanson, je la ferais en français. [...] Ç’a été difficile pour moi de l’écrire. Ce n’est pas un hommage, parce que ça ne parle pas vraiment d’elle. Ça parle de la rage, de cette étape dans le deuil où on n’accepte pas.

Q À quoi va ressembler ton nouveau spectacle?

R On part en trio. Je suis avec deux musiciennes, une pianiste et une violoncelliste. On s’amuse avec des loops… Un peu à l’image de l’album, ça va être un mélange d’organique et de synthétique. C’était une évidence pour moi de partir dans cette formule-là dès que j’ai commencé à enregistrer. Être avec des filles, c’était quelque chose qui me tentait. Disons que j’ai été pas mal entourée de gars!

L’album The Beauty We’ve Found fera l’objet d’un lancement (avec prestation) le 11 octobre au bar Le détour du Grand Théâtre. Pascale Picard offrira son spectacle complet à la salle Octave-Crémazie le 12 avril. Les billets seront mis en vente le 11 octobre à 10h.