Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

Eat the Elephant, album alternatif d'A Perfect Circle ***1/2

Un éléphant, ça se mange une bouchée à la fois! Après un silence de 14 ans, les gars d’A Perfect Circle ont transposé la maxime à leur nouvel essai. Dans la mesure où l’auditeur qui prend l’album morceau par morceau réussira à assimiler le tout sans coup férir. Ceux qui s’attendent à un Mer de Noms (2000) prise deux vont s’étouffer dès les premières parcelles. Le chanteur Maynard James Keenan (Tool) et son acolyte guitariste Billy Howerdel ont voulu aller dans une autre direction. Plus atmosphérique (la pièce-titre, By and Down the River…), plus pop (So Long, And Thanks For The Fish) et même plusieurs clins d’œil à Depeche Mode (Hourglass, The Contrarian…). Ben oui, les gars ont vieilli et leur musique a changé. Évolué, même. Par contre, les textes de Keenan n’ont rien perdu de leur mordant: côté obscur de la technologie, péchés modernes, culte des armes… Une grosse surprise que ce Eat the Elephant, un recueil pertinent et résolument contemporain. Du rock alternatif version 2018. Éric Moreault

LIVRE

Retour sur l’île, polar de Viveca Sten ***1/2

Viveca Sten l’a dit elle-même en entrevue: peu importe les thèmes, un polar, ça reste un polar. Celle qu’on désigne comme une reine du genre en Suède en maîtrise certes très bien les clés. Sans avoir lu les premiers tomes de la série (Retour sur l’île en est le sixième), force est de constater qu’elle sait manier les fils de son intrigue juste assez bien pour que la conclusion ne se laisse pas deviner avant les ultimes chapitres. Son écriture est simple, directe, les chapitres se lisent rapidement. Les suspects et motifs pouvant expliquer la mort de Jeannette Thiels, une journaliste de guerre retrouvée gelée sur la plage de Sandhamn au petit matin le lendemain de Noël, sont multiples: on nage autant dans le brouillard que l’enquêteur Thomas Andreasson. Et ce, sans que le tout s’étire en longueur ou que la finale semble tirée par les cheveux (enfin, pas trop). Là où la Suédoise se distingue, c’est surtout au niveau de l’actualité de ses thèmes (on trempe dans la montée de l’extrême droite et du mouvement #moiaussi) et par le biais de ses personnages principaux. Leur normalité — leurs vies familiales presque banales, leur absence de lourds secrets ou d’épineux problèmes personnels — les rendent étrangement attachants, sans pour autant qu’ils soient beiges. Ça fait changement! Isabelle Houde

MUSIQUE

Voyager léger, minialbum pop de Yann Perreau ***

Fin octobre, Yann Perreau a annoncé qu’il prenait une pause pour vivre avec les siens le deuil de sa fille, qui s’est éteinte avant même de voir le jour. «On se revoit bientôt. Forts et lumineux», écrivait-il alors sur sa page Facebook. L’auteur-compositeur-interprète fait honneur à sa promesse avec Voyager léger, un minialbum qui nous arrive par surprise. Il semble que Perreau ait trouvé du réconfort dans des voyages et il nous emmène un peu dans ses valises avec ces quatre titres pop teintés d’une touche d’électro, qui évoquent ici une «belle d’Hawaï», là un tango à Buenos Aires. L’ensemble est ancré dans une idée d’évasion, de trouver la paix dans l’amour et les petits bonheurs: un concept bien incarné par Go With the Flow, malgré une poésie pour le moins rustique. Ça se termine en duo avec La Bronze dans un hommage à Desireless et son inoubliable Voyage voyage. Une version qui ne s’éloigne pas trop de l’originale, mais qui lui offre néanmoins un petit détour par la fontaine de jouvence. Geneviève Bouchard

Nos cotes:  ***** Exceptionnel;  ****Excellent;  *** Bon;  ** Passable;  * À éviter