Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

Egypt Station, album pop de Paul McCartney ***1/2

Juste à temps pour sa troisième visite chez nous — la tournée Freshen Up est lancée lundi au Centre Vidéotron —, Paul McCartney a lancé une généreuse offrande de 16 titres et près d’une heure de musique. Réalisé presque en entier par le «faiseur de hit» Greg Kurstin (collaborateur d’Adele, de Pink, de Beck et des Foo Fighters, entre autres) Egypt Station se décline en plusieurs couleurs pop. D’un extrême à l’autre, il y a Hand in Hand, ballade au piano à la magnifique mélodie (même si la voix de l’ex-Beatles s’y fait un peu vulnérable) et l’extrait bonbon Fuh You (réalisé par Ryan Tedder), dans laquelle le coquin chante «I just want it fuh you», mais nous laisse allègrement croire à quelque chose de plus explicite («I juste wanna f*ck you»). Entre les deux, il évoque notamment ses excès passés sur la jolie Happy With You, nous déroute un peu avec l’énergie plus rock et la mélodie un peu fade de Caesar Rock et s’offre l’épique Despite Repeated Warnings, solide pièce en trois actes. Bref, on a affaire à un Sir Paul inspiré… Mais un peu inégal.  Geneviève Bouchard

LIVRE

La vie secrète des animaux, essai de Peter Wohlleben ***1/2

Après le succès de La vie secrète des arbres (vendu à 12 millions d’exemplaires dans le monde), Peter Wohlleben récidive avec une nouvelle offrande qui s’intéresse cette fois aux facultés insoupçonnées des animaux. La recherche scientifique est de plus en plus formelle : les bêtes ne sont pas les êtres dépourvus de conscience et de sentiments qu’on s’imagine. En excellent vulgarisateur, le garde forestier allemand en apporte des preuves, fruit de fascinantes observations et de travaux de chercheurs (allemands pour la plupart). Aussi peut-on apprendre qu’un poisson peut ressentir la douleur, le chevreuil être accablé par le deuil, que le porc est un animal extrêmement propre et que le coq peut mentir à ses poules. Au gré de petits récits, l’auteur revisite les notions de courage, de regret, de désir et de compassion présentes étonnamment chez certaines espèces. De quoi apporter de l’eau au moulin à tous les partisans d’une redéfinition de nos rapports avec les bêtes.  Normand Provencher

MUSIQUE

Raise Vibration, album rock de Lenny Kravitz ***1/2

La carrière en dents de scie de Lenny Kravitz en a fait décrocher plusieurs. Pourtant, depuis 10 ans, il accumule les solides albums. Raise Vibration se situe en droite ligne avec le politique Black and White America (2011), tout en présentant sa signature rock habituelle qui puise au funk, au soul et à la pop (il a échantillonné le «hou» de Michael Jackson sur Low). Ce 11e essai est sans contredit la réponse du multi-instrumentiste virtuose et intense chanteur à l’ère Trump, notamment Who Really Are the Monsters? et It’s Enough. Malgré son aspect prêchi-prêcha, Kravitz n’oublie pas l’essentiel: des bons grooves. Même Here to Love, une ballade kitsch aux paroles guimauves, ne parvient pas à gâcher cet album réussi. Son meilleur moment? La touchante Johnny Cash, une complainte (presque) acoustique où il évoque la perte de sa mère et son besoin de réconfort auprès de l’être aimé. On n’en attendait pas autant de Raise Vibration.  Éric Moreault

LIVRE

La vie magique, roman de Natalie Jean ***

En lisant La vie magique, on replonge immédiatement dans la prose fluide et lumineuse de Natalie Jean, que nous avions découverte avec Imago, son roman précédent aussi publié chez Leméac. L’auteure de Québec excelle à brosser des récits où la vie se déplie de manière anodine et grandiose à la fois, inspirante et belle, même à travers les moments plus sombres. En confiant cette fois la narration à Miranda, une adolescente synesthète, elle a trouvé la voix parfaite pour enchaîner les figures de styles foisonnantes, où se marient abondamment les couleurs, les sons et les odeurs. Un pied dans l’enfance et l’autre dans l’âge adulte, le personnage nous dessine son quotidien, ses proches, ses aspirations et sa vision de l’actualité mondiale à grands traits vifs. Sans s’adresser spécifiquement aux jeunes lecteurs, La vie magique arrive comme une grande bourrasque d’air frais dans la marée de journaux intimes ponctués de textos où les ados cumulent rivalités et béguins. Elle donne le goût d’écouter de vieux disques, de marcher dans le bois, de croire en l’amour et de faire de sa vie une œuvre d’art.  Josianne Desloges

Nos cotes:  ***** Exceptionnel;  ****Excellent;  *** Bon;  ** Passable;  * À éviter