Le point culminant du concert restait La Burlesque. Bertrand Chamayou laissait courir et bondir ses doigts avec une agilité indéniable, très à l’écoute de ses partenaires de jeu.

OSQ: le bel effet Chamayou

CRITIQUE / Avoir Bertrand Chamayou à l’Orchestre symphonique de Québec, c’est d’abord avoir le plaisir immense d’entendre La Burlesque pour piano et orchestre de Strauss. Mais c’est aussi avoir la surprise de le voir interpréter une pièce à quatre mains avec le chef Fabien Gabel, qui a déposé sa baguette le temps d’un rappel.

C’est la norme à l’OSQ : le soliste est là pour une seule pièce et revient rarement pour un rappel. Chamayou et Gabel se sont toutefois permis une belle folie, le temps d’une Fantaisie de Schubert, assis côte à côte au piano. C’était intéressant de voir le chef dans ce rôle incongru. Il s’en tirait bien, même s’il a eu à se délier les doigts en poussant un juron suffisamment fort pour être entendu des premières rangées.

Autrement, tout le décorum était là au concert de mercredi soir. Les musiciens avaient même enfilé leurs queues-de-pie. Il faut dire que c’était l’un de ces concerts aux œuvres riches en effusions dramatiques et en déferlements d’émotions comme les affectionne le directeur musical de l’OSQ.

Pour accompagner l’étonnante Burlesque, où les échanges vifs entre le piano et l’orchestre ont le caractère un peu fou des conversations qui changent le monde, Gabel avait choisi deux pièces de Wagner (l’Ouverture et Bacchanale de Tannhäuser et la Chevauchée des Walkyries) et la Symphonie no 8 de Dvorak.

Même si la Chevauchée des Walkyries est une pièce qu’on a peut-être trop entendue tant elle a été reprise au cinéma et en publicité, et qu’il fallait s’imaginer (sans peine) tout le faste et le mouvement de l’ouverture de l’opéra Tannhäuser, les musiciens ont eu la sensibilité de servir toute la grandeur martiale et la puissance débordante de Wagner avec un volume dosé et des contrastes bien exécutés.

La Symphonie no 8 de Dvorak s’est avérée plus surprenante, surtout dans le premier mouvement, où la variation des thèmes et des rythmes, les interruptions et les changements de direction tiennent nos sens en alerte. Le chef a dirigé le développement tumultueux avec une redoutable efficacité. L’ampleur de la pièce se dégonfle quelque peu dans les mouvements suivants.

Le point culminant du concert restait la Burlesque. Chamayou laissait courir et bondir ses doigts avec une agilité indéniable, très à l’écoute de ses partenaires de jeu malgré l’apparente désinvolture du piano, qui semble n’en faire qu’à sa tête. Pendant que l’orchestre gronde, tempête et discourt avec une éloquence agile, le piano se braque, enchaîne les ritournelles et les accords boudeurs qui se mutent en effleurements pour répondre aux lointaines timbales.

Astrid Chouinard, la présidente-directrice générale de l’OSQ a profité du début du concert pour mentionner que l’on peut maintenant entendre l’orchestre jouer en passant sous les abat-jour géants ornés d’œuvre du Musée des beaux-arts sur l’avenue Cartier. Une belle occasion d’ancrer la musique symphonique dans la ville et qui sait, de piquer l’intérêt de nouveaux mélomanes.

Le programme Bertrand Chamayou joue Strauss sera de nouveau présenté jeudi à 10h30, mais sans les deux pièces de Wagner et avec la Symphonie minute de José Evangelista.