<em>Chansons hivernales </em>de Pierre Lapointe
<em>Chansons hivernales </em>de Pierre Lapointe

On a écouté...

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Retour sur les albums de Chilly Gonzales, Stephan Moccio, Pierre Lapointe, Pentatonix, Maryse Letarte et Glass Tiger.

A Very Chilly Christmas ****
Néo-classique
Chilly Gonzales

Artiste iconoclaste qui s’est souvent joué des frontières musicales, Chilly Gonzales propose avec A Very Chilly Christmas de casser le moule des Fêtes commerciales en ramenant des airs archiconnus à leur plus simple appareil : leur mélodie. Parfois seul au piano, parfois accompagné du violoncelle de Stella Le Page ou par les voix de Feist ou de Jarvis Cocker, il revisite en douceur des airs traditionnels. Ceux-ci côtoient des succès des années 80 et 90 empruntés à Wham! et Mariah Carey. Si le choix du répertoire se montre pour le moins divers, l’album se déploie avec une indéniable cohérence, qui vient notamment du choix par Gonzales de miser souvent sur des interprétations en mode mineur. Il s’en dégage une impression de belle mélancolie, sentiment qui vient pour plusieurs avec le temps des Fêtes. Et 2020 risque de ne pas faire exception à ce chapitre. 

Winter Poems *** 1/2
Néo-classique
Stephan Moccio

En cette fin d’année qui n’a pas été de tout repos, si l’envie vous prend de vivre un Noël de douceur et de délicatesse, Stephan Moccio a ce qu’il vous faut. Quelques mois après avoir lancé l’album instrumental Tales of Solace, le Canadien installé en Californie — et dont le nom a été associé à des grands succès de Céline Dion, Miley Cyrus ou The Weeknd — nous ramène à son piano en solo sur Winter Poems. Le compositeur poursuit ici sur une lancée introspective, fuyant les grands éclats au profit d’interprétations sensibles et tout en souplesse, dans un souci (en apparence, du moins) de simplicité. Moccio présente ici quelques musiques aux accents cinématographiques de son cru et une brochette d’air connus qu’il a remis à sa main. Sans vraiment surprendre par sa proposition, il convie l’auditeur dans un voyage porté par le réconfort et l’apaisement. 

Chansons hivernales *** 1/2
Chansons
Pierre Lapointe

Est-ce qu’on ressent d’emblée la féérie de Noël à l’écoute de ce premier album du temps des Fêtes de Pierre Lapointe? Non. Est-ce qu’on ira nécessairement s’en plaindre? Non plus! L’auteur-compositeur-interprète aborde les célébrations de fin d’année avec une sensibilité qui lui est propre et qui ne tait pas le fait que cette période festive est remplie d’imperfections. Et aussi d’humanité. Posant un regard un brin décalé sur une tradition de chanson française qui ne boude pas un goût pour les arrangements flirtant parfois avec le kitsch, Lapointe brosse plusieurs tableaux qui vont du festif à l’introspectif au mélancolique au grinçant. Il y a des partys, des excès, mais aussi des cœurs brisés et une solitude qui peut résonner encore plus fort à cette époque de l’année. Ça se termine de bouleversante manière en donnant la parole à un jeune homme qui tend la main à ses parents, qui l’ont rejeté à cause de son homosexualité. On est loin du père Noël et des promenades en traîneau. Et c’est tant mieux. 

We Need a Little Christmas ** 1/2
Pop
Pentatonix

Voilà une formation qui a trouvé sa vache à lait et qui lui donne rarement de répit. Incluant un mini-album et une compilation, le groupe vocal présente cette année son sixième album de Noël en huit ans… Le tout avant d’avoir atteint la trentaine, en ce qui concerne la majorité des membres. Visiblement, la formule fonctionne pour les chanteurs texans : leur compagnie de disques avance des ventes de 12,5 millions d’exemplaires à travers le monde. C’est voulu jeune, dynamique, pétillant. Mais ça beurre épais et il faut adhérer à la prémisse, qui a parfois de quoi tomber royalement sur les nerfs de quiconque se montre intolérant aux excès vocaux... Il y a un côté geignard dans les moments voulus plus solennels et quelque chose de presque agressant dans des envolées souhaitées spectaculaires. Surtout celles venues de Kirstin Maldonado, dont le timbre strident rappelle à ses heures un certain groupe d’écureuils chantants… 

Mes comptines de Noël à écouter *** 1/2
Jeunesse
Maryse Letarte

Avec les albums de chansons originales Des pas dans la neige et La parade, Maryse Letarte s’est imposée dans bien des chaumières comme une incontournable du temps des Fêtes. Depuis un moment, l’autrice-compositrice-interprète a tourné son attention créative vers les tout-petits en signant une série de livres-disques. Parce que les enfants méritent bien un peu de réconfort en cette fin d’année pour le moins étrange, Mes comptines de Noël à écouter tombe à point. Il se dégage une bienveillance dans ce projet, qui permet à Letarte de partager le micro avec sa fille à plusieurs occasions. La musicienne a réarrangé un bouquet d’airs connus, mais aussi des extraits de son propre répertoire. Bon, on reste en territoire connu et on n’évite pas certains clichés du genre (des clochettes à profusion, notamment). Mais c’est fait avec délicatesse et on imagine que petits et grands peuvent trouver leur compte dans ce moment musical à partager. Le tout est accompagné d’un livre joliment illustré par LILIDOLL et Isabelle Charbonneau.

Songs for a Winter’s Night ** 1/2
Pop
Glass Tiger

Il faut applaudir ces artistes qui font l’effort d’offrir du matériel original pour Noël. Tout comme il y a quelque chose d’attendrissant chez Glass Tiger de se préoccuper autant de son public francophone, ici par la présence de Roch Voisine et de la soprano Isabel Bayrakdarian, qui glisse un couplet de Minuit, chrétiens dans An Everyday Wish. Encore faut-il éviter les clichés et trouver des mélodies minimalement recherchées. Ce n’est pas le cas ici et, il faut bien le dire, la voix d’Alan Frew n’a plus la brillance d’antan. Même celle de Roch semble plus nasillarde. Au milieu de ces abus de «merry Christmas» et d’«it’s Christmas time again», la ouate de Santa Get Your Sleigh, inspirée du contexte actuel, et la reprise de la chanson-titre, un succès de Gordon Lightfoot datant de 1967, méritent indulgence. Mais mettre trois fois la même chanson (Happy Holidays en versions originale, française et remixée), c’est un peu rire du monde. Steve Bergeron, La Tribune