Dick Rivers à Paris, en avril 1987

Mort de Dick Rivers, un rocker-crooner à la française [PHOTOS]

PARIS - Le cheveu à jamais noir de jais, la voix tannée par le tabac, le vibrato en embuscade, Dick Rivers, décédé mercredi le jour de son 74e anniversaire, s’était composé de toutes pièces un personnage de rocker-crooner à la française d’une longévité record.

Dans la trinité de ceux qui ont introduit le rock en France au début des années 1960, c’était le provincial, le petit dernier après Eddy Mitchell et Johnny Hallyday. Malgré ses 35 albums, il a vendu moins de disques qu’eux, mais il incarnait une certaine authenticité musicale.

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Né le 24 avril 1945 à Nice (sud-est), fils unique d’un boucher, Hervé Forneri fonde Les Chats Sauvages à quinze ans et devient Dick Rivers en s’inspirant de Deke Rivers, personnage joué par Elvis Presley dans le film de Hal Kanter «Loving You» (1957). Il adopte banane gominée et bottes de cow-boy.

«Cela fait cinquante ans que je chante, que je vis ma vie, la vie que j’invente (...), les années 1960 c’est hier, je respire encore leur poussière», chantera-t-il en 2011.

Le rêve américain fait tourner la tête du jeune Hervé, enfant sage au visage pointu. Il écoute Elvis, c’est le choc: «J’ai trouvé Dieu!». Il décide de chanter.

Avec les Chats Sauvages, il publie en avril 1961 son premier 45 tours, «Ma p’tite amie est vache», monte à Paris: «Je suis passé brutalement de la Mobylette à la Cadillac», dit-il. Deux ans plus tard, après «Twist à Saint-Tropez» et autres succès adaptés de tubes anglo-saxons, il se lance en solo.

Il se cantonne au rôle d’interprète, reste fidèle à ses choix malgré les traversées du désert: «Je n’ai jamais enregistré de soupe pour être à la mode». Il rencontre Elvis à Las Vegas en 1969 - une photo l’atteste dans son salon -, mais le mouvement hippie de la fin des années 1960 lui est presque fatal.

Le public boude alors plusieurs albums.

Dick Rivers lors d’un passage en Grèce, en juin 1978

«Manque de reconnaissance»

Puis, au début des années 1970, il travaille avec le compositeur et interprète français Alain Bashung, directeur artistique de trois de ses albums. Suivent des succès comme «Maman n’aime pas ma musique» (1974) ou «Faire un pont» (1976), adapté du «Take Me Home, Country Roads» de John Denver, dans l’album «Mississipi River’s» à la pochette dessinée par Morris (Lucky Luke).

En 1984, c’est «Nice Baie des Anges» et deux ans après, un livre de souvenirs, «Hamburger, pan-bagnat, rock’n’roll». Il écrira aussi deux romans: «Complot à Memphis» (1989) et «Texas Blue» (2001).

Les années 1990 marquent un tournant. Il retrouve la scène en 1995 après 19 ans d’absence, la popularité de sa caricature télévisée en France «Didier l’Embrouille» lui profite.

Au cinéma, il débute en 1999 dans «La candide Madame Duff» du réalisateur français Jean-Pierre Mocky qu’il retrouvera pour «Le Furet» (2003). Il est invité au Festival de Cannes en 2005 par le réalisateur et producteur américain George Lucas, alors compagnon de sa fille adoptive.

Il joue aussi en France au Théâtre National de Chaillot dans «Les Paravents» de Jean Genet (2004).

Ses disques deviennent de plus en plus personnels, il fait appel à de jeunes talents (Benjamin Biolay ou Mickey 3D notamment).

Dans un livre d’entretiens publié parallèlement, il dit sa frustration d’être la «troisième roue de la charrette» du rock français et se plaint du «manque de reconnaissance» de la part d’animateurs de télévision qui ne l’ont jamais invité.

En 2018, bien que n’appréciant pas trop la nostalgie, il a participé à la tournée «Âge tendre» dans toute la France avec plusieurs autres vedettes des années 60 et 70.

«Il ne faut jamais se prendre au sérieux, et toujours remettre le couvert. Chaque fois que je fais un nouveau disque, j’ai l’impression que c’est le premier», assurait-il.

Dick Rivers à Paris, en mars 2006
Dick Rivers à Paris, en septembre 1983
Dick Rivers à Paris, en novembre 2018