Michel Robidoux (à droite) et le «fils qu'il n'aura jamais», Pierre Lapointe. Ce dernier a un peu servi de pont avec l'étiquette Audiogram quand le projet de faire l'album a fait son chemin.

Michel Robidoux de l'ombre à la lumière

Des nostalgiques de L'Osstidcho aux plus jeunes poussinots (il a contribué à forger l'univers musical de Passe-Partout), nombreux sont ceux qui doivent connaître sans le savoir Michel Robidoux. Précieux collaborateur de Robert Charlebois ou de Jean-Pierre Ferland (on lui doit plusieurs classiques du mythique Jaune), le compositeur a signé la musique de plus de 300 chansons en quelque 50 ans de carrière. Il n'avait pourtant jamais eu d'album à son nom. Bien accompagné des Pierre Lapointe, Ariane Moffatt, Catherine Major, Bïa, Pierre Flynn, Alex Nevsky et Daniel Bélanger, voilà qu'il remédie à la situation avec Robidoux premier, sur lequel il revisite quelques pièces qui ont marqué son parcours. Gros plan sur quatre d'entre elles.
1. Le petit roi
Si Michel Robidoux s'offre une petite revanche sur son disque, c'est bien avec Le petit roi, originellement immortalisé sur le mythique album Jaune de Jean-Pierre Ferland et reprise ici par Pierre Flynn. «La musique de Jaune, à toutes fins pratiques, c'était à 70 % de moi, raconte le compositeur. On a eu un plaisir fou à faire ça. Jamais on n'aurait pu imaginer que 40 ans plus tard, les gens auraient encore du plaisir à les chanter, ces chansons-là.» 
Ladite revanche se trouve dans les premières mesures de la chanson, modifiées dans la première version par les arrangeurs Buddy Fasano et Art Phillips. «On parle de deux super musiciens, on a eu la crème de la crème, ajoute Robidoux. Mais dans le processus, ces mausus-là, ils en ont profité au max pour mettre leur signature. Ils avaient carte blanche... L'intro qu'ils ont faite, c'est un méchant bon flash. On reconnaît la chanson dès les trois ou quatre premières notes. Moi, j'avais composé une intro plus mélodique et moins rythmique, une intro qu'on pouvait chanter. L'autre est pianistique, elle ne se chante pas bien. Depuis 1970 que je veux l'entendre, mon intro... Là, c'est mon tour!»
2. Ce soir, je fais l'amour avec toi
Cette chanson popularisée par Renée Claude et dont les paroles sont signées Luc Plamondon trouve une nouvelle vie dans la voix et le piano de Catherine Major. Et c'est justement l'auteur qui a suggéré à Michel Robidoux le nom de l'intense musicienne après l'avoir vue dans un spectacle hommage à Renée Claude. «Il était tombé sur le dos, relate le compositeur. Il m'a dit : "Robidoux, c'est tellement beau sa manière de la faire, tellement sexy!" Renée a fait une super job. Mais c'était une version country, avec une steel guitar. C'était vraiment Nashville. Catherine, elle, avec sa petite bedaine de femme enceinte, elle est venue nous faire ça avec une sensualité dont elle seule est capable. Je peux vous dire que les gars en studio, on était vachement impressionnés!»
3. Le chat du café des artistes
Ce classique coécrit avec Jean-Pierre Ferland et immortalisé sur l'album Jaune est repris pas une, mais bien deux fois sur Robidoux premier. «On n'a pas eu le choix», résume son compositeur. D'abord à cause d'une confidence de Pierre Lapointe, que Michel Robidoux décrit comme «le fils [qu'il n'aura] jamais». «J'ai rencontré Pierre Lapointe dans un lancement. Il m'a dit que quand il était ado, il a entendu Le chat du café des artistes à la radio et que ça l'avait tellement allumé qu'il s'était dit que c'est ce qu'il voulait faire dans la vie. Il m'a dit que cette chanson-là a été l'étincelle.»
Les deux artistes sont devenus amis dans la création de la chanson Les enfants du diable de Lapointe (qui se trouve d'ailleurs sur le disque de Robidoux dans une version portugaise signée Bïa). Et Lapointe a un peu servi de pont avec l'étiquette Audiogram quand le projet de faire cet album a fait son chemin. 
L'idée que Lapointe revisite la pièce était donc ici incontournable et Ariane Moffatt a été invitée à broder des arrangements. Au moment de présenter son ouvrage, Moffatt s'est à son tour imposée. «On est tombés sur le dos!» lance Michel Robidoux, avant de préciser : «c'était bon, mais c'était bon avec elle». Pierre Lapointe a finalement eu droit à des arrangements d'Alex McMahon et Ariane Moffatt a gardé les siens.
4. Je rêve à Rio
Parue en 1974 sur l'album éponyme de Robert Charlebois, Je rêve à Rio n'aura sans doute jamais été aussi brésilienne que dans la reprise imaginée par Michel Robidoux. La chanteuse Bïa se glisse dans les mots de Charlebois, alors que son cousin et un ami accordéoniste (tous deux Brésiliens) revisitent la musique avec Michel Robidoux. «On a fait ça en deux ou trois prises, raconte ce dernier. Ç'a été spontané, comme si on avait toujours joué ensemble. Moi, j'ai composé cette musique-là quand j'avais 19 ans. J'avais eu un album de João Gilberto et j'avais vraiment cliqué sur la bossa-nova. Charlebois, il l'a faite en samba, lui. Il l'a brassée au max. Mais cette chanson-là avait été composée toute en douceur. Bïa lui donne toute une saveur... Et on redécouvre le texte. Même si j'ai trouvé un peu bizarre de lui faire chanter des mots comme "gros comme Lise Payette"!»