Michel Fugain est récemment venu faire un «saut de puce» à la Place des Arts, à Montréal, pour présenter sa «causerie musicale».

Michel Fugain, le chanteur volubile

Michel Fugain aime chanter mais il adore aussi parler. D’où l’idée de proposer une «causerie musicale» où il fait la jasette au public, entre deux chansons de son imposant répertoire. «Je suis un “tchatcheur” [un bavard]. C’est trop le pied…»

Ce n’est que l’hiver prochain que le chanteur français viendra présenter sa «causerie musicale» à Québec, mais c’est presque un an avant qu’il en discute avec Le Soleil, marketing oblige.

À l’autre bout du fil, depuis Montréal, où il est récemment venu faire «un saut de puce» pour présenter son numéro à la Place des Arts, Michel Fugain est fidèle à l’homme qu’il est sur la scène. Sympathique, courtois et… volubile, il va de soi.

«Le premier truc que je dis au début, c’est que ce n’est pas un spectacle, ce n’est pas le ton d’un spectacle. Je fais comme si je les recevais chez moi, explique-t-il. Je m’ennuie profondément si je ne peux pas parler aux gens. La plupart des chanteurs ne parlent pas sur la scène. Ils disent “bonsoir” suivi du nom de la ville où il se trouve, et c’est tout. Mais ce sont des êtres humains qui sont devant vous, bordel.»

Au programme de la soirée, donc, beaucoup de jasette, mais aussi des chansons, une trentaine au total. La soirée est aussi l’occasion de rendre hommage à leurs auteurs, comme Pierre Delanoë (Je n’aurai pas le temps, son premier grand succès, en 1967), Maurice Vidalin (La fête), Claude Lemesle (La bête immonde) et Brice Homs (Les ronciers).

«Je parle de la façon dont ces chansons ont été composées, comment j’ai pu déconner avec leurs auteurs. On ne parle jamais d’eux. Pourtant, une chanson ce n’est pas magique, il y a du boulot, de la réflexion, de la sueur derrière.»

On sent dans la voix de Fugain un plaisir évident à partager son art. Les années n’ont pas altéré sa passion. «En novembre et décembre, je fais des petites salles en France, dans des villes où je ne suis jamais allé. Je vois arriver tout cela avec un plaisir que vous n’imaginez pas.

«C’est tellement simple de s’adresser à une salle, poursuit-il. Les spectateurs sont aussi généreux que vous pouvez l’être. J’ai souvent dit dans mes master class que le dieu de notre métier, c’est le public. Il rend au centuple ce qu’on lui donne.»

De Michel Fugain, le public se souvient encore de son aventure triomphale avec le Big Bazar, au début des années 70. Le principal intéressé a tourné la page depuis un bon moment, sans amertume. «Pour moi, le Big Bazar n’a pas été le moment le plus exaltant de ma vie professionnelle. Ç’a été cinq ans de boulot. On n’a pas géré la célébrité, on bossait tout le temps. Quand ça s’est arrêté [en décembre 1976], j’ai eu comme l’impression de partir en récréation.»

Aujourd’hui, les membres de la troupe n’ont presque plus aucun contact entre eux. «Il y a très peu de liens. On s’est dispersés complètement. Il y a eu aussi des morts.»

Le moment le plus excitant de sa carrière, c’est maintenant que ça se passe, insiste-t-il, en référence à son Atelier de comédie musicale, à Nice, lieu de formation de jeunes artistes. «Je passe le témoin à la prochaine génération qui fait de la musique et des chansons. Je vis des moments d’émotion très forts. J’ai l’impression d’être très utile.»

Médiocrité ambiante

Si Fugain adore parler de son art, il se fait également volubile quand vient le temps de prendre position sur l’état de la planète. Disons que son discours est loin de Bravo, Monsieur le monde

«Il y a une espèce de médiocrité ambiante chez nos dirigeants. Il y a de plus en plus de crétins qui peuvent être aussi très méchants. L’époque des grands hommes, celle des hommes exceptionnels, avec une vision pour leur pays, c’est fini, terminé. Ce sont tous des marchands. L’argent a remplacé Dieu. Ça me désole de constater qu’on laisse à nos mômes des sociétés d’une vulgarité crasse. Les pots cassés, ce sera pour nos enfants et nos petits-enfants. Ce sont eux qui vont se faire chier.»

Dans 100 ans peut-être…

Pour l’artiste de 76 ans, la retraite n’a pas encore sonné. Il dit éprouver encore «trop de plaisir» à exercer son métier. «Dans 100 ans peut-être, glisse-t-il, un rire dans la voix, en songeant à l’une de ses chansons. Mais je ne me fais pas d’illusions, arrive un moment où on n’est plus montrable, où on n’est plus performant. Il faut alors arrêter.»

D’ici là, Fugain veut continuer à chanter, comme s’il devait mourir demain, un autre air connu. «Je ne veux pas rater la préparation de ma sortie, mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour, même si je sais que tout peut s’arrêter comme ça, même la voix. Alors vivons au jour le jour, les mecs…»

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VOUS VOULEZ Y ALLER?

Qui : Michel Fugain – La causerie musicale

Quand : 15 et 16 février 2019, 20h

Où : Grand Théâtre

Billets : 69 $

Info : grandtheatre.qc.ca