Marie-Hélène Fortin, Frédéric Giroux, Stéphane et Benoît Archambault du groupe Mes Aïeux s’apprêtent à prendre la route pour une tournée estivale.

Mes Aïeux : L'art de faire la fête... et d'en faire à sa tête

En deux décennies de carrière, la formation Mes Aïeux a toujours fait à sa tête. Quand la locomotive «Dégénérations» est finalement devenue un succès radio — deux ans après la parution de l’album «En famille» —, le groupe en fin de tournée a choisi de ne pas surfer sur la vague. Et quand il a remporté pour la énième fois le Félix du groupe de l’année, en 2013, il a aussi choisi de rentrer dans ses terres.

«On n’est pas très carriériste», laissera tomber au fil de l’entrevue le multi-instrumentiste Benoît Archambault, qui reprendra sous peu la route avec ses complices pour une tournée prévoyant notamment des escales au Festival de la chanson de Tadoussac et au Festival d’été de Québec. L’objectif : offrir à leurs fans — ainsi qu’à eux-mêmes — une rétrospective... Et voir où ils se dirigeront ensuite.

«À date, je peux dire que la rencontre entre nous, humainement et musicalement, se passe très bien, avance Archambault. La deuxième étape va être de rencontrer le public. On espère que ça va bien se passer! À la fin de l’été, on va faire ce qu’on fait toujours, c’est-à-dire un bilan.»

L’idée de leurs retrouvailles estivales avec le public québécois, les membres de Mes Aïeux l’ont eue au froid (on n’hésite pas ici à parler de «-1000 oC»!), alors qu’ils prenaient part à un concert de fin d’année à Montréal, en 2017.

«Ça nous tentait depuis un bon bout de temps : “on revient-tu? On revient-tu pas?” relate Benoît Archambault. Finalement, cette occasion-là s’est présentée. On a accepté, on a fait deux mois de répétitions pour se remettre en forme, parce que ça faisait longtemps qu’on n’avait pas joué. Puis, est arrivé ce spectacle-là où c’était presque inhumain de jouer! Mais les mois de répétitions ont été vraiment agréables. Et la rencontre avec le public aussi, même si ç’a été difficile côté technique.»

Pour Mes Aïeux, la porte était rouverte… Mais pas nécessairement celles des festivals, dont la grille 2018 était déjà bien remplie.

«On a dû attendre et retenir notre fun pour mieux revenir cet été!» lance le musicien, que les tout-petits ont appris à connaître par son seul prénom dans son projet jeunesse.

«Revoyure» plutôt que «retour»

Quand on mentionne à Benoît Archambault que son groupe semble avoir le pied sur le frein quand vient le temps de parler du «retour» de Mes Aïeux (la tournée s’intitule plutôt La revoyure), le rouquin nuance.

«Si on hésite pour annoncer un grand retour, c’est juste parce qu’on est étapiste, précise-t-il. On a envie de voir ce qu’on veut faire. On retourne sur scène. Oui, on a le goût de jouer ensemble et de se retrouver. On verra par la suite. Je pense que Mes Aïeux, on a toujours fait ça. Chaque fois qu’on finissait une tournée ou un album, on se posait la question : “c’est quoi la suite?”»

Les musiciens du groupe ont pris l’habitude de s’écouter les uns les autres, ajoute Archambault. C’est ce qu’ils ont fait, fin 2013, en prenant une pause au terme de la tournée de l’album À l’aube du printemps, alors que le public du Québec venait une nouvelle fois de les sacrer «groupe de l’année» au gala de l’ADISQ.

«On a senti le besoin de souffler un peu, confie Benoît Archambault. Ça faisait quelques années qu’on tournait et je pense qu’on avait besoin de se retrouver. Mes Aïeux, ça demeure quelque chose qui est une entité. On est très heureux et privilégié de vivre tout ce qu’on vit à travers ce véhicule. Mais peut-être qu’on éprouvait le besoin de se trouver à travers différents projets. Chacun est allé de son côté voir un peu qui il était. Ça donne aujourd’hui des gens qui se sont trouvés, qui sont épanouis. Et ça rend notre rencontre d’autant plus riche.»

Dans le contexte de sa tournée La revoyure, le groupe Mes Aïeux se produira notamment à l’église de Tadoussac le 30 juin et à la Place George-V de Québec le 14 juillet.

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DES AÏEUX QUI N'ONT PAS CHÔMÉ

S’ils se sont tenus plus loin des planches dans les dernières années, les membres de Mes Aïeux ne se sont pas tourné les pouces pour autant. Alors que le chanteur Stéphane Archambault s’est notamment fait entendre à la radio d’ICI Musique, le guitariste Frédéric Giroux a de son côté développé un projet solo en plus de suivre un cours de sommellerie. Benoît Archambault a poussé son travail destiné au jeune public dans le domaine de l’édition : avec l’historien Éric Bédard, il a fait paraître le livre Quand est-ce qu’on arrive?, qui sera sous peu réédité. Un recueil de contes est aussi attendu à l’automne. Quant à la violoniste Marie-Hélène Fortin, elle est devenue conseillère municipale à Rosemère.

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«ON FAIT TOUS PARTIE DU MÊME PARTY»

Expert dans l’art de métisser tradition et musique pop (ou rock, disco, country, etc.!), Mes Aïeux a souvent convié dans ses chansons des personnages issus du folklore qui faisaient aussi partie de l’imagerie du groupe : yâbe, ange, curé, trappeur et on en passe… Dans la prochaine tournée des festivals, «on sera costumés!» confirme Benoît Archambault. «Ce qui explique peut-être une partie de notre succès auprès du public, c’est qu’on joue très peu la carte de la rock star, reprend-il. On s’éclate, mais il y a un certain regard sur ce qu’on est en train de faire. Même si on y va à grands coups de chorégraphies, on y va dans le plaisir et dans l’humilité. On a un rapport très simple avec le public, qui se veut participatif et qui dit qu’on fait tous partie du même gros party.»

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PAS DE NOUVELLES CHANSONS, MAIS...

La tournée estivale de Mes Aïeux n’offrira pas aux fans de nouvelles chansons à se mettre sous la dent. «Mais en ouverture du spectacle, on a un reel qu’on n’a pas souvent fait sur un texte de Stéphane qui est très porteur et très beau, annonce Benoît Archambault. Quelque part, c’est une création. Et il y a quand même ce désir de se renouveler. Il y a plusieurs nouvelles versions. On revisite des chansons avec un recul, parce que ça fait des années qu’on ne les a pas jouées.» 

Le public peut s’attendre à des pièces dont le thème est «malheureusement» toujours bien actuel. «C’est drôle de refaire des chansons comme Le déni de l’évidence et de penser qu’elle a été écrite en 2008. Elle est encore très pertinente. En chantant ces chansons-là en répétitions, on se rend compte qu’elles sont teintées de nouvelles actualités.»

Dans le festif comme dans le plus engagé, l’ancrage demeure le même pour le groupe : 

«Je pense que ce que Mes Aïeux prône, ç’a toujours été la force du collectif, résume Benoît Archambault. La chanson Les oies sauvages, ça illustre bien notre parcours et notre propos. C’est ce désir et cette volonté de dire : “en gang, peut-être que ça se peut”. C’est la force du groupe. Et c’est ce qu’on représente sur scène.»