La jeune Mélodie Spear dit s’inspirer pour ses compositions des gens qui croisent sa route, avec «leur belle folie, leurs petits drames, leurs anecdotes».

Mélodie Spear: qui perd gagne

À l’image de la devise olympique du baron Pierre de Coubertin, voulant que l’important ne soit pas de gagner mais de participer, Mélodie Spear prend plaisir à participer à des compétitions musicales sans rêver de la victoire à tout prix. «Je ne suis pas une gagneuse de concours. Gagner, ça donne une certaine pression. Je crois que tu apprends plus en ne gagnant pas.»

Au jeu de Qui perd gagne, la jeune musicienne de 21 ans n’a pas joué de… chance, mardi, à Montréal,

alors que le jury du concours Ma première Place des Arts l’a déclarée lauréate dans la catégorie auteur-compositeur-interprète. Organisé sous l’égide de la SACEF (Société pour l’avancement de la chanson d’expression française), l’événement a déjà récompensé par le passé les Nicola Ciccone, Stéphanie Boulay, Philippe Bach et Alexandre Désilets.

«Pour ce concours, je croyais qu’il y avait un certain standard folk, qu’il ne fallait pas trop sortir du lot. Mais j’y suis allée à fond. J’ai rendu mes chansons comme elles me viennent et elles me viennent fort», avoue Mélodie, entre deux rires communicatifs.

«J’ai même fait un guitar jump, c’était cool...», renchérit la petite boule d’énergie à l’abondante chevelure, en s’envoyant la patte en l’air pour les besoins du photographe, chaussée de grosses pantoufles en forme de flamants roses...

Pas une «gagneuse de concours», ce n’est pas ce qu’on se dit en regardant sa feuille de route. La jeune musicienne a remporté la finale régionale de Secondaire en spectacle en 2015, la finale de son collège (FX Garneau) pour Cégeps en spectacle l’année suivante, avant de se rendre jusqu’en demi-finale au Festival international de la chanson de Granby, il y a deux ans.

Prévert et Baudelaire

Mélodie avait donné rendez-vous au Soleil au studio Pantoum, rue Saint-Vallier Ouest, où elle passe une bonne partie de son temps. C’est ici, dans de vastes locaux remplis d’instruments de musique, qu’elle vient pour créer et jammer avec les filles de son band, Frédérique-Anne, Elizabeth et Marie. Elle assume parfaitement sa personnalité Girl Power, comme en fait foi sa passion pour le groupe de punk rock Bikini Kill.

La jeune musicienne a mis sur la glace ses études collégiales en littérature pour se consacrer à sa carrière naissante. Prévert et Baudelaire l’ont d’ailleurs inspirée pour ses compositions à la sauce rock littéraire, Rester jeune et Anna, qui ont conquis le jury de Ma première Place des Arts. «Les textes sont au centre de tout ce que fais», dit celle qui a songé un moment devenir journaliste.

Dans son EP qui sortira à l’automne, une autre de ses compositions, Fabulation, revisitera les fables de La Fontaine. «C’est très imagée, avec une approche poétique. Je trouve important de mettre du rythme dans le parler québécois.»

Tracer sa propre voie

Née de parents musiciens (Randall Spear et la relationniste Dominique Lalande), Mélodie a non seulement un prénom prédestiné, mais aussi une idée bien arrêtée de ce qu’elle veut faire de sa musique. Elle veut en vivre, mais pas à n’importe quel prix. Et surtout créer dans le plaisir, avec son monde, «en dehors de la boîte».

La réussite et le succès ne sont pas synonymes à ses yeux. «La réussite c’est personnel; le succès ça vient des autres. Quand je regarde le monde qui a du succès, il y en a beaucoup qui ont pas l’air très bien.»

Comme beaucoup de jeunes qui aspirent à une carrière musicale, Mélodie a passé les auditions de La Voix, l’année dernière, avec son groupe Mel Orage, dissous depuis, mais uniquement dans le but «de dire mon nom (à la télé) et pour que les gens puissent liker ma page Facebook». Elle affirme haut et fort qu’ il était hors de question de demeurer dans la compétition si elle avait été retenue.

«C’est certain que je ne serais pas restée. Je ne voulais pas avoir l’étampe La Voix. Je ne veux personne pour me dire quoi faire. Je veux tracer ma propre voie et ce ne sera pas avec La Voix. Désolé, j’adore les jeux de mots poches...»

Sa victoire à Ma première Place des Arts donnera à la jeune musicienne l’opportunité de se produire en spectacle aux prochaines Francofolies de Montréal, en plus d’avoir été retenue, avec huit autres musiciens, pour faire partie du «road trip artistique» Destination Chanson Fleuve, du Festival en chanson de Petite-Vallée, destiné aux auteurs-compositeurs-interprètes de la relève.

Comme quoi la victoire ne vient pas toujours avec des inconvénients...