Scénographe de formation, Maude Audet forge depuis quelques années un folk-rock mettant de l'avant un savant dosage de douceur et d'abrasif (elle a poussé en écoutant grunge et ne s'en cache pas).

Maude Audet: parfum de femmes

À un moment où la place des femmes dans l'industrie musicale soulève maintes discussions, le troisième album de Maude Audet, Comme une odeur de déclin, attire l'attention. L'auteure-compositrice-interprète a choisi de confier à une consoeur, Ariane Moffatt, le rôle typiquement masculin de la réalisation. Un fait rarissime dans le paysage culturel d'ici.
Au printemps dernier, plusieurs noms connus de la scène québécoise (dont Ariane Moffat) ont fait front commun en adhérant au Regroupement Femmes en musique, qui vise à dénoncer les inégalités hommes-femmes dans le milieu et la sous-représentation des artistes féminines dans certaines programmations. Dans ce contexte, l'absence de réalisatrices dans les studios d'enregistrement - pour des projets qui ne sont pas les leurs, on s'entend... - résonne aussi. Maude Audet n'a pas voulu faire «un coup d'éclat» en brisant les habitudes. Elle avait néanmoins la volonté de s'entourer de davantage de collègues féminines sur son nouvel album. 
«Avant tout, je défends mon projet musical. C'est ce que je fais, c'est ce qui m'intéresse. Mais je trouve qu'il se passe quand même quelque chose dans le milieu de la musique. C'est sûr que ça m'interpelle, ce débat-là. Je trouvais important d'avancer là-dedans et de dire : "moi aussi je pose des gestes et j'intègre plus de femmes". Parce qu'honnêtement, je n'avais pas travaillé beaucoup avec des femmes avant, dans mon projet musical», détaille-t-elle.
«Band éphémère»
Scénographe de formation - son travail a été vu sur plusieurs scènes de la capitale -, Maude Audet forge depuis quelques années un folk-rock mettant de l'avant un savant dosage de douceur et d'abrasif (elle a poussé en écoutant du grunge et ne s'en cache pas). Pour ses nouvelles pièces, elle a requis l'oeil de l'écrivaine Erika Soucy en soutien à l'écriture. Et au moment de les immortaliser en studio, elle a pu compter sur le carnet d'adresses bien garni de sa réalisatrice, qui a rapaillé un «band éphémère» composé notamment de quelques complices de Patrick Watson, du «choriste» Antoine Corriveau et de Marie-Pierre Arthur, qui lui prête sa basse et sa voix. 
«Ça aurait pu être désastreux! rigole Maude Audet. C'était d'arriver avec des gens que tu ne connais pas. On a fait trois jours de préproduction. Et en studio, c'est allé vite parce qu'on avait seulement quatre jours en band. Mais on voulait garder un esprit très live, très spontané. Et c'était toutes de belles personnes...»
Recrutée par l'étiquette Grosse Boîte (Les Soeurs Boulay, Coeur de pirate, Bernard Adamus, etc.), l'artiste qui résidait jusqu'à récemment à Québec se réjouit de voir ses chansons trouver un nombre grandissant d'oreilles. «Je suis comme toute surprise de ça, avoue-t-elle. Pas dans le sens que je ne le mérite pas. Je travaille sur mon projet depuis quelques années avec la même énergie et le même désir de faire des chansons qui me ressemblent. On dirait que là, subitement, plein de gens découvrent mon travail.»
Si bien que Maude Audet s'apprête à mettre un terme à sa double vie artistique. Elle revêtira son chapeau de conceptrice de costumes pour la pièce Chaloupe de Sylvianne Rivest-Beauséjour, présentée en janvier à La licorne dans une mise en scène de Steve Gagnon. Elle signera aussi la musique du spectacle, qui sera son dernier engagement au théâtre pour le moment. 
«Je vais toujours aimer le théâtre et suivre ce qui se passe, assure-t-elle. Mais je pense que j'ai fait mon bout en tant que scénographe. Peut-être que ça va revenir... Mais la chanson me nourrit beaucoup plus et me permet de m'exprimer davantage.»
Note : Maude Audet se produira en première partie de Saratoga au Cercle le 9 décembre
En trois chansons
L'absente: Comme une odeur de déclin
Il y a un an, Maude Audet a mis en ligne une adaptation francophone très personnelle de la chanson Smells Like Teen Spirit de Nirvana, rebaptisée Comme une odeur de déclin. C'est ce titre qui coiffe maintenant son album, même si sa relecture n'y figure pas. «Je n'ai pas eu les droits, tout simplement. On l'a envoyée et ça n'a même pas pris 24 heures pour recevoir la réponse», évoque la musicienne, qui n'a pas reçu de justification au refus. «Chez [la compagnie de disques] Grosse Boîte, ils ont l'habitude et ils m'avaient dit de ne pas trop avoir d'attentes, ajoute-t-elle. Souvent, quand c'est une adaptation, le refus est systématique parce qu'on modifie l'oeuvre.»
La «biblique»: Dans le ruisseau
Une ambiance douce et mystérieuse, un dialogue fantomatique avec Antoine Corriveau et une mélodie qui nous happe... et nous hante! La pièce Dans le ruisseau se démarque sur l'album de Maude Audet. «C'est vrai qu'elle a quelque chose d'un peu biblique, lance son auteure. Je ne sais pas, c'est vraiment venu comme ça. C'est une chanson qui parle de deuil. Les gens peuvent la voir de l'angle de la rupture amoureuse, parce qu'il y a un duo homme-femme. Mais moi, quand je l'écrivais, je pensais à la perte, au fait de ne plus jamais voir quelqu'un. À la base, la voix d'Antoine, c'était un canon que je faisais avec moi-même. Il y avait peut-être quelque chose de folklorique, dans un sens...» 
L'actuelle: Mirage
Maude Audet a écrit la pièce Mirage au moment où les réfugiés syriens étaient au coeur de l'actualité, alors que la photo du petit Aylan Kurdi échoué sur une plage de Turquie bouleversait la planète. Elle nous arrive plus d'actualité que jamais, tandis que les groupes prônant un discours anti-immigration se font entendre fortement. «C'est une chanson qui a été inspirée de l'air du temps, de tout ce qui se passe avec les migrants, de notre ouverture face aux autres qui n'est pas toujours exemplaire. Je n'aime pas cibler précisément l'actualité dans mes chansons. J'aime que ça reste un peu intemporel. Mais il reste que c'est un questionnement qui est là depuis un certain temps et qui va être là encore longtemps.»