Même après une décennie, les billets continuent à s’envoler pour le spectacle hommage à Phil Collins, personnifié par le chanteur québécois Martin Levac.

Martin Levac dit au revoir à Phil Collins

Phil Collins sera à jamais indissociable de la vie de Martin Levac. Depuis son adolescence, le chanteur québécois ne fait qu’un avec son idole. Mais après dix ans de son spectacle hommage «Dance into the Light», le moment est arrivé pour lui de mettre un terme à l’aventure.

Le chanteur de 48 ans aurait pu continuer sur son erre d’aller. Même après une décennie, les billets continuaient à s’envoler, plus de 350 000 au total. Or, la dernière chose que désire Levac, c’est bien que le spectacle devienne un «freak show».

«Je n’avais pas envie que le spectacle vieillisse mal. Je le veux pas, le show de trop», explique-t-il en entrevue au Soleil, à quelques jours de la dernière représentation, samedi, au Capitole.

La nostalgie sera évidemment au rendez-vous pour cette ultime soirée. L’interprétation de Take Me Home, qui clôt chaque spectacle, se déclinera sans doute avec quelques trémolos dans la voix. «C’est une chanson qui me touche beaucoup. Elle a un petit côté spirituel.»

Vivre de ses compositions

Jeune, Martin Levac ne se destinait pas à devenir l’alter ego de Phil Collins. Même s’il avait été envoûté lorsqu’il avait entendu pour la première fois You Can’t Hurry Love, à l’âge de 13 ans, à la roulathèque de Longueuil, et qu’il avait appris à jouer de la batterie comme lui, son rêve ultime était de vivre de sa propre musique.

À deux reprises, en 1996 et 1998, ses compositions l’ont mené en finale du Festival international de la chanson de Granby. «Michel Rivard est venu me dire que j’avais de bonnes tounes. J’étais ben encouragé à faire ça dans la vie.»

Son premier album, paru en 2000, n’a pas connu le succès attendu. De guerre lasse, le musicien a décidé de se faire batteur au sein de quelques formations, tout en conservant son emploi d’enseignant en carrosserie automobile.

En 2007, le groupe hommage à Genesis, The Musical Box, lui fait signe pour devenir le personnificateur de Phil Collins au sein du band. La création du spectacle Dance into the Light suivra deux ans plus tard.

Son idole en déclin

Une certaine part de snobisme a souvent cours dans le monde de la musique à l’égard des personnificateurs. Martin Levac avoue être «le premier à juger sévèrement» le métier. 

«C’est peut-être moins valeureux qu’un auteur-compositeur interprète qui a une démarche artistique plus profonde, mais ça n’enlève pas le travail qu’il y a derrière», confie-t-il, donnant en exemple le soin méticuleux avec lequel Benoît Brière a fait sien le personnage d’Olivier Guimond, dans la télésérie Olivier.

«Mon personnage (de Phil Collins), ça fait 30 ans que je le travaille pour que ce soit bluffant pour le public. Pour qu’il le reconnaisse, lui, et qu’il m’oublie, moi.»

À deux reprises, Martin Levac a rencontré son idole en personne. La première fois, c’était avant une entrevue du chanteur à la station CKOI. «C’est surtout lui qui me posait des questions. Ce n’est pas quelqu’un qui aime se mettre en évidence. Il est très humble.» Plus tard, à la faveur d’un autre passage de la star à Montréal, il a pu passer plus de temps en sa compagnie. «On a parlé beaucoup de technique. Une vraie conversation de geeks...»

Depuis quelques années, Collins, 68 ans, n’est plus que l’ombre de lui-même. Diminué physiquement, confiné à un fauteuil roulant, le musicien ne peut plus jouer de batterie. Il éprouve aussi des problèmes de surdité. «Ça me fait beaucoup de peine. Ça me rend triste. C’est une raison supplémentaire pour ne plus vouloir personnifier quelqu’un de vieillissant.»

Qu’importe, Phil Collins ne sera jamais très loin pour la suite des choses. En novembre 2020, Levac reviendra sur la scène du Capitole avec un nouveau spectacle, Phil Collins & Genesis. «Je vais cesser la personnification. Entre les chansons, ce sera désormais Martin qui va s’adresser au public. Mais c’est sûr que Phil Collins ne sera jamais très loin.»

Le spectacle «Dance into the Light» est présenté les 21, 22 et 23 novembre, à 20h, au Capitole.