Martin Fröst sera lundi soir au Club musical de Québec au Palais Montcalm.

Martin Fröst, le clarinettiste venu du froid

Un quatuor d’exception s’amène au Club musical lundi. La violoniste néerlandaise Janine Jansen, le violoncelliste suédois Torleif Thedéen, le pianiste français Lucas Debargue et le clarinettiste suédois Martin Fröst viennent nous interpréter une pièce particulière de Messiaen, composée dans un camp de travail pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le Quatuor pour la fin du Temps est la première pièce que Jansen, Thedéen et Fröst ont jouée ensemble, il y a une vingtaine d’années. Elle permet à chaque instrumentiste de briller, mais exige aussi qu’ils écoutent et participent, par leurs silences, à une histoire plus grande qu’eux-mêmes.

Nous nous sommes entretenus avec le clarinettiste Martin Fröst.

Q Vous connaissez très bien ceux qui sont à vos côtés pour cette tournée, qui vous mènera à Québec, à Toronto, puis à New York. Comment sont-ils dans la vie et comme musiciens?

C’est une belle famille avec qui voyager. Janine est quelqu’un de très généreux. C’est électrisant de jouer avec elle. Nous nous comprenons complètement sur scène et nous arrivons à jouer avec une multitude de détails, avec beaucoup d’énergie. J’aime beaucoup cette manière, remplie de subtilités, de faire de la musique. Torleif est aussi quelqu’un de chaleureux, qui peut accomplir de grandes choses sur scène et jouer brillamment avec les sons. Lucas a une folie que j’adore. Je ne le connais pas encore beaucoup, il a commencé à jouer avec nous il y a un an, mais il amène une fulgurante dose d’énergie à notre ensemble.

Q Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen porte une grande charge émotive, à cause des circonstances particulières ayant entouré sa création. En tenez-vous compte pendant les concerts?

Nous avons toujours en tête les circonstances particulières ayant entouré la composition de cette pièce lorsque nous la jouons. Elle est très chère à nos cœurs. Musicalement et historiquement, je crois que c’est la composition la plus importante du XXe siècle, avec Le sacre du printemps de Stravinski.

Q Techniquement, pour la clarinette, il y a des moments très lents, quelques difficultés techniques et des segments plus magiques, pouvez-vous nous en parler?

R Cette pièce contient tout. Il y a beaucoup de moments en solo qui comportent des difficultés techniques, des sonorités, des moments calmes et des silences. C’est un environnement de musique de chambre très spécial, les intonations et les sons se mélangent avec un haut niveau de complexité. Il y a de longs moments où les musiciens doivent écouter les autres, à cause des solos, neuf minutes de violon, neuf minutes de violoncelle, neuf minutes de clarinette, il n’y a que le piano qui joue la plupart du temps. Ça n’arrive presque jamais en musique de chambre qu’un instrumentiste arrête de jouer et passe de longues minutes à écouter. À ces moments-là, nous avons un peu l’impression de faire partie du public, de faire partie de quelque chose de plus grand. Nos silences créent aussi, d’une certaine manière, de la musique.

Q Deux autres pièces complèteront le programme, Mythes : trois poèmes de Szymanowski (pour violon et piano) et Contrastes de Bartók, où vous jouerez. Que pouvez-vous en dire?

La pièce de Messiaen constitue presque un concert à elle seule, puisqu’elle dure autour de 50 minutes. Nous y avons ajouté les deux autres pour ouvrir le concert. La clarinette est très importante dans la pièce de Bartók, qui a été créée avec Benny Goodman. Elle montre très bien qu’il était non seulement un bon clarinettiste de jazz, mais un excellent clarinettiste tout court. Le morceau a été très important pour l’évolution de l’instrument.

Q Qu’est-ce qui vous a incité à choisir la clarinette comme instrument?

R À 5 ans, j’ai commencé à jouer du violon. J’ai changé pour la clarinette lorsque j’ai entendu un enregistrement du Concerto pour clarinette de Mozart que m’avait donné mon père. Je peux dire que je dois mon choix à Mozart.

Q Vous avez créé plusieurs projets spéciaux où vous insufflez un peu de théâtralité à la musique classique, notamment avec Peacock Tales, où vous jouiez avec un masque, tout en participant à une chorégraphie de danse contemporaine. Qu’avez-vous d’autre dans vos cartons?

R Il y a eu Dollhouse [avec deux jeunes clarinettistes, une fable sur la libération, sur les traces de Petrushka et Pinocchio] et Genesis, où je revenais aux débuts de l’histoire de la musique et où je parlais entre les pièces, pour tout amener ensemble. Au printemps, je présenterai Retrotopia. Je fais ce genre de projet pour éclater la forme du concert. Ça fait partie du métier de musicien de ne pas seulement se soucier de ce qui a été fait dans le passé, mais de voir ce qu’on peut faire maintenant. 

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UN TÉMOIN PRIVILÉGIÉ

L’œuvre centrale du concert qui sera présenté par le Club musical le 4 décembre, Quatuor pour la fin du Temps, a toute une histoire. La pièce en huit mouvements pour piano, violon, violoncelle et clarinette a été composée par Olivier Messiaen pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il était dans le camp de travail du Stalag de Görlitz. Elle a été interprétée pour la première fois dans ce camp par Jean Le Boulaire au violon, Henri Akoka à la clarinette, Étienne Pasquier au violoncelle et le compositeur lui-même au piano. Or, il se trouve que Pasquier avait deux frères, eux aussi musiciens. Étienne Pasquier a ainsi réalisé un enregistrement de l’œuvre en 1956, avec Messiaen et son frère Jean. Par un hasard plutôt incroyable, le fils de Jean Pasquier, Joël, habite dans la région de Québec. Ce témoin privilégié est retraité de la Faculté de musique de l’Université Laval, où il enseignait le piano. Il a accepté de venir raconter cette histoire de famille en prélude du concert, aux côtés du musicologue Benjamin René, à 19h dans la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm.  

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VOUS VOULEZ Y ALLER?

  • Quoi: Janine Jansen et ses invités au Club musical de Québec
  • Quand: lundi 4 décembre à 20h
  • : Palais Montcalm
  • Billet: de 23 $ à 86 $
  • Info: 418 643-8131 et clubmusicaldequebec.com