Marjo, plus en demande que jamais, sera au Festif! de Baie-Saint-Paul le 20 juillet, en compagnie des Trois Accords et d'Alex Burger.

Marjo: Celle qui va... encore

À l’orée de ses 66 ans, le mois prochain, Marjo n’a pas perdu le feu sacré. La rockeuse consacre une bonne partie de son été à courir les festivals, enthousiaste de voir qu’elle est plus que jamais réclamée sur les scènes. «La demande est là, je refuse plein d’invitations.»

Cette semaine, c’est sur les Plaines, et deux fois plutôt qu’une qu’elle s’est produite. D’abord pour Rendez-vous doux, hommage à l’album de son regretté ami Gerry Boulet, puis, en seconde partie, pour le méga show d’Éric Lapointe. Ceux qui l’ont ratée pourront se reprendre le 20 juillet, dans le cadre du Festif! de Baie-Saint-Paul.

«J’avais dit non à Éric au début puisque j’avais accepté d’être au show de Justin (Boulet, le fils de Gerry), raconte-t-elle. Je ne voulais pas jouer dans les pattes de Gerry, je voulais être honnête. Je voulais pas faire deux shows le même soir. Finalement, son gérant m’a rappelé et j’ai fini par accepter.»

Interprète d’une longue liste de succès — qu’on pense seulement à Provocante, Y’a des matins, Chats sauvages, Doux et Bohémienne — Marjo, née Marjolène Morin, s’occupe elle-même de sa carrière depuis 2014, ce qui lui permet de mieux gérer son agenda, sans pression indue.

«Je n’ai pas de gérant, je gère ma business de A à Z. J’ai ramassé tout ce qui m’appartenait, le catalogue de Marjo et celui de Corbeau. Quand je ne suis pas sur une scène, je suis dans mon bureau, toujours en train de travailler ou de me reposer de mon show de la veille qui m’a jetée à terre...», lance-t-elle en riant.

Car, bien entendu, courir les scènes dans la soixantaine n’a plus rien à voir avec la façon de le faire dans ses folles années, l’adrénaline dans le plancher. Marjo avoue se donner à fond, au mieux que lui permet son âge. Elle veut surtout éviter de tomber du haut d’une caisse de son ou de la scène, comme c’est arrivé il y a une douzaine d’années, à Jonquière.

«Maintenant, je demande qu’on mette sur le bord de la scène un ruban adhésif blanc qui, sous la lumière, devient phosphorescent. J’ai tendance à m’avancer trop près pour tendre la main au public. C’est ça qui m’avait fait tomber. J’essaie de faire attention, mais je reste une acrobate, tu peux pas changer la fille.»

«Comme chanteuse de 65 ans, je ne peux plus faire trois-quatre shows en ligne comme avant, poursuit-elle. Oublie ça rendue à mon âge. J’en fais une soixantaine par année. Je fais de mon mieux pour être présente où je peux. C’est pas tellement la scène qui tue que la route et les voyages.»

D’une tristesse...

L’idée de produire un nouvel album — son dernier en solo, Turquoise, remonte à 2005 — n’est nullement dans ses projets, elle qui avoue «ne plus avoir aucune motivation pour l’écriture». Le temps réclamé pour s’acquitter de cette tâche lui pèserait trop. La situation qui prévaut dans l’écosystème musical la freine aussi. Elle se désole de voir le streaming prendre toute la place, les ventes de CD péricliter, les radios commerciales jouer encore et toujours les mêmes chansons.

«C’est d’une tristesse, je ne comprends rien. Comment font les artistes pour survivre, comment ils font?

Câline de bine, ça s’en va où ce métier-là? J’admire ceux qui continuent à fighter, les Ariane Moffatt, Louis-Jean Cormier, Safia Nolin.»

Et Marjo de s’en prendre par la bande à l’omniprésence de la langue de Madonna chez nos jeunes artistes.«À La voix, comment ça se fait qu’ils chantent tous en anglais? Ça me tue. C’est quoi ce jeu-là? Vouloir devenir un artiste international?

Chose certaine, les jeunes chanteuses rock de sa trempe, qui de donnent à 110 %, ne sont pas légion, constate-t-elle. «Y’en as-tu? Nomme-moi z’en. Y’en a pas.»

Et comptez sur Marjo pour tenir le flambeau encore bien haut. «Je suis en super shape. Je ne fais plus aucun abus. Quand mon corps va me dire, Morin, c’est assez, j’espère être assez intelligente pour faire (bruit de sifflet pour dire qu’on s’en va)...»

Marjo sera en spectacle au Festif! de Baie-Saint-Paul, le 20 juillet, en compagnie des Trois Accords et d’Alex Burger ainsi qu'à l'Anti, à Québec, le 27 septembre.