Louis-Étienne Santais propose un premier projet solo en mode néoclassique.
Louis-Étienne Santais propose un premier projet solo en mode néoclassique.

Louis-Étienne Santais : Inspirations nocturnes

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
On l’a notamment connu au sein de Ghostly Kisses et de Fjord, des projets indie-pop nés à Québec, mais qui ont trouvé des oreilles bien au-delà des frontières canadiennes grâce aux plateformes de diffusion en continu. En explorant sa fibre néoclassique, Louis-Étienne Santais poursuit sur la même lancée. Avec des auditeurs en Europe, en Australie, à Singapour ou en Turquie, sa pièce Augustines a dépassé les 2,7 millions d’écoutes sur Spotify.

Au bout du fil, le jeune homme s’en réjouit, mais ne s’enfle pas la tête. Loin de là. «Ce qu’il faut savoir, malgré tout, c’est que ces plateformes de diffusion et surtout les curateurs et le choix de chansons qu’ils font pour leurs listes, ça demeure assez mystérieux, nuance-t-il. En tant qu’artiste, tout ce qu’on peut faire, c’est de leur soumettre.

«Après, la raison qui fait qu’une chanson plus qu’une autre se fait mettre sur une playlist éditoriale, personne ne peut le dire avec certitude, à part les curateurs eux-mêmes. Évidemment, ils ne sont pas joignables. Ce sont comme des fantômes, ces gens-là...»

Avec Ghostly Kisses, qu’il développe avec sa complice autrice-compositrice-interprète Margaux Sauvé, tout comme avec Fjord, un duo formé avec Thomas Casault, Louis-Étienne Santais pouvait déjà se vanter d’être millionnaire du Web (en clics, on s’entend…).

«J’avais peut-être un avantage du fait [que les gens chez Spotify] connaissaient mon nom parce que j’étais lié à ces projets-là, avance-t-il. Autrement, je ne suis pas en mesure de le dire. Ça c’est ramassé là, tant mieux. Après, comment on répète ça? Aucune idée!»

Sur plusieurs années

Le morceau Augustines et trois autres extraits avaient déjà bien mis la table pour Reflection I, l’album instrumental de Louis-Étienne Santais. La suite, une incursion intimiste dans l’imaginaire du musicien, a suivi ce vendredi.

«C’est issu de plusieurs années de composition, note-t-il. J’écrivais ici et là des pièces de piano sans trop savoir ce que j’allais faire avec. En 2018-2019, je me suis dit qu’il fallait que ces pièces sortent de leur dossier sur mon ordinateur et que je les laisse voir le jour. D’un point de vue extérieur, ça peut avoir l’air de sortir de nulle part. Mais ça fait quelques années que je compose du néoclassique comme ça.»

Au fil du temps, il y a vu une occasion d’explorer des formes moins accessibles dans un créneau plus pop. «D’autre part, les sonorités douces, organiques, avec des cordes, c’est quelque chose que j’utilisais parfois dans Ghostly Kisses, par exemple. Mais ce n’est pas des projets qui me permettaient de l’exploiter à fond», précise Santais, qui a bien étudié la musique au cégep, mais davantage du côté des percussions, lui qui se dit à la base batteur.

Les pièces de <em>Reflection I</em> ont d’abord meublé les insomnies de Louis-Étienne Santais avant d’être partagées avec les mélomanes.

Le piano, il l’a appris par lui-même à travers ses divers projets musicaux. Les pièces de Reflection I ont d’abord meublé ses insomnies avant d’être partagées avec les mélomanes.

«Naturellement, je m’installais au clavier et je laissais la musique m’emporter. C’est très spontané comme processus de création», raconte Santais.

Ledit clavier étant branché à son ordinateur, il enregistrait à peu près toutes ses inspirations nocturnes dans son studio maison. Quitte à les revisiter sur un vrai piano pour les versions finales qui se retrouvent sur l’album. Et il ne l’a pas fait seul.

«Il y a plusieurs pièces que j’ai enregistrées lors de sessions pour d’autres groupes, ajoute-t-il. Il y en a d’autres pour lesquelles j’ai fait appel à une pianiste professionnelle, Hélène Desjardins, qui est par la suite devenue ma professeure. Je jugeais que son interprétation était plus propice à révéler mes idées. Je jugeais qu’elle était mieux en mesure que moi de les rendre.»

Le résultat se déploie tout en délicatesse, conviant ici des cordes, là la voix aérienne de Margaux Sauvé. «J’ai pris des samples qu’on avait enregistrés pour Ghostly Kisses. Je les ai juste intégrés à une pièce, avec son accord, évidemment», décrit Louis-Étienne Santais.

Les morceaux prennent vie avec une vérité qui accepte quelques imperfections : toutes sortes de petits bruits fantômes se sont invités en studio et le compositeur n’a surtout pas voulu les gommer.

«Ça fait partie inhérente de la composition, assure-t-il. J’ai pensé les pièces pour qu’elles soient jouées sur un piano avec sourdine. C’est un feutre qu’on met et l’enregistrement se fait très, très proche des marteaux et de l’instrument. C’est ce qui donne toute cette vie-là. On peut entendre les craquements, les respirations, les bruits de pédales…»

Sur scène un jour

Louis-Étienne Santais a récemment eu l’occasion d’assurer la première partie de Ghostly Kisses le temps d’un concert virtuel au Palais Montcalm. Le musicien ne cache pas son ambition de porter son projet sur les planches, quand la situation le permettra. De là les leçons de piano qu’il a suivies avec Hélène Desjardins dans les derniers mois.

«Je me sentais confiant et entre bonnes mains avec Hélène, confie-t-il. Je les ai quand même composées, les pièces. J’étais capable de les jouer. Mais je n’avais pas le niveau d’interprétation que je souhaitais avoir.»

Avant un retour sur scène en bonne et due forme, reste la possibilité d’apporter un peu de douceur dans cette période d’isolement. «Je pense que les gens ont eu besoin de réconfort dans la dernière année, indique Louis-Étienne Santais. Je pense que ça aide à ce que cette musique qui est apaisante soit davantage écoutée.»