Lou-Adriane et Paule-Andrée Cassidy

Lou-Adriane et Paule-Andrée Cassidy: le gène de la chanson

Grosse semaine chez les Cassidy… Alors que Paule-Andrée s’apprête à présenter au Mois Multi Chansons chuchotées, singulier — et on ne peut plus intime — concept de spectacle mettant à profit une quinzaine d’interprètes en tous genres, sa fille Lou-Adriane lance sous étiquette Grosse Boîte un premier album, C’est la fin du monde à tous les jours. Discussion croisée entre deux artistes dans une famille où la pomme n’est vraiment pas tombée loin de l’arbre...

Avant de devenir la choriste de sa mère, Lou-Adriane a pratiquement grandi dans les coulisses des théâtres où Paule-Andrée s’est produite, de part et d’autre de l’Atlantique. Sa mignonne bouille de bambine s’est même retrouvée sur la pochette de l’album Méli-mélodies, l’hommage de Cassidy à Boby Lapointe. 

«J’ai toujours été dans ce milieu-là. Moi, le 9 à 5, je n’ai jamais vu ça», note Lou-Adriane, pour qui la musique a toujours été «la trame de fond» de sa vie. 

Et ça s’est déclaré très tôt. «Elle a demandé à jouer du violon à trois ans. Je la trouvais un peu petite. J’ai dit : “on va attendre que tu aies quatre ans”.»

Lou-Adriane en rigole aujour­d’hui : «Le violon, ça n’a pas marché parce que j’étais vraiment poche! juge-t-elle. J’en ai fait pendant sept ans, mais on dirait que j’en ai fait pendant une minute et demie!»

L’amour du chant, lui, s’est développé, notamment à la Maîtrise des petits chanteurs de Québec. Si bien que mère et fille en sont venues à collaborer plus directement. «Assez tôt, elle est devenue vraiment bonne pour faire des chœurs, raconte Paule-Andrée. Quand j’enregistrais l’album Libre échange, elle disait : “j’entendrais des voix là-dessus”. C’était une excellente idée et je l’ai amenée en studio. On avait priorisé des chansons en disant qu’on n’aurait peut-être pas le temps de faire tout ce qu’elle entendait. Mais elle était tellement solide qu’on a pu tout enregistrer. Elle avait 16 ans.»

Projet en parallèle

Devenue choriste pour sa mère, Lou-Adriane développait en parallèle son propre projet (lire l’autre texte). «On a une belle relation là-dessus, affirme la fille. Elle ne m’a jamais dit quoi faire. Et les conseils qu’elle me donne ne sont jamais artistiques. Elle m’a aidée à gérer des trucs du milieu artistique, mais en me laissant découvrir la dimension créative ou sociale», note Lou-Adriane. 

«Il y a plein de gens qui sont les prodiges de leurs parents, ajoute-t-elle. Ma mère croit en moi, mais elle a plus une vision carrée de ça. Elle ne m’a jamais dit : “crois en tes rêves, ça va bien aller”. Ça ne marche pas de même et c’est parfait.»

Paule-Andrée seconde : au rayon de la création, la confiance règne — «elle a toujours eu un bon jugement» — et elle peut enlever ses «oreilles de mère» pour se laisser porter par la découverte. «Je ne suis pas pâmée, mais je ne suis pas non plus dans l’analyse»,indique-t-elle. 

La mère envisage de voir le travail en famille se poursuivre, mais différemment. «Avec son projet qui lève, je ne peux plus dire que je vais faire un show avec elle comme choriste, observe-t-elle. Mais on aime collaborer, alors on le fait plus sur l’écriture. Ça évolue.»

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PAUL-ANDRÉ CASSIDY: CHANTER TOUT BAS

Parfois, il suffit d’un imprévu pour lancer un élan de créativité. Parlez-en à la chanteuse Paule-Andrée Cassidy et au pianiste Vincent Gagnon, qui ont vu un pépin technique évoluer pour devenir un spectacle inédit, attendu cette semaine au Mois Multi. 

En 2012, les deux complices se retrouvent à Long Island pour livrer un concert. À cause d’un malentendu, les voilà confrontés à une salle qui ne dispose pas d’appareils de sonorisation. Pas de micro? Pas grave, ils ont décidé de faire les choses autrement. 

«On a rapproché les chaises, on a créé une proximité et Vincent a fait attention dans son jeu. On est sorti de là en se disant que ça serait drôle d’aller encore plus loin.» 

Cet «encore plus loin» arrive à une forme d’aboutissement au Mois Multi avec ces bien nommées Chansons chuchotées. Au programme : une quinzaine d’interprètes qui livreront tout bas des chansons aux thèmes et tons divers dans les oreilles d’autant de spectateurs. Difficile de faire plus intime comme expérience musicale. 

«Tout au long de la rencontre, on va travailler sur le chuchotement avec les spectateurs. Il y a une forme d’apprivoisement, on n’entre pas dans leur bulle tout de suite. Tout le dosage est là», précise Cassidy, soulignant qu’il y a plusieurs manières de chuchoter. 

L’équipe a testé son concept il y a deux ans, lors d’un laboratoire. «On est tous sortis bouleversés. Tout le monde parlait du côté humain de l’expérience, du privilège. On savait qu’on tenait quelque chose», avance l’auteure-compositrice-interprète, qui a passé trois mois en France l’automne dernier dans une résidence d’écriture qui jettera les bases de son prochain spectacle, puis d’un nouvel album. 

Chansons chuchotées est présenté au Studio d’essai de Méduse les 4 et 5 février. Avec Sonia Brochet, Paule-Andrée Cassidy, Émilie Clepper, Nicolas Gemus, Flavia Nascimento, Danya Ortman, Gab Paquet, Juste Robert, Patric Saucier, Lily Thibodeau, Lousnak, Jérome Casabon, Ariane Roy, Mike Paul et Benoît Fortier. Musique : Vincent Gagnon, Étienne Lafrance, Pierre Tanguay. Mise en scène : Agnès Zacharie 

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LOU-ADRIANE CASSIDY: UN PREMIER ALBUM AUX ALLURE DE DEUXIÈME

Lou-Adriane Cassidy présente vendredi C’est la fin du monde à tous les jours, son tout premier album. Mais à voir la démarche qui l’a menée à prendre la plume, elle a presque l’impression d’en être à son deuxième. 

«Pour beaucoup de gens, le premier album est fait de chansons qu’ils ont accumulées à partir de l’adolescence. Pour moi, ce n’est vraiment pas ça. Ça ressemble plus au processus de création d’un deuxiè­me. Ç’a été fait dans une période vraiment restreinte où je me suis dit : “j’écris un album”...»

La jeune femme de 21 ans a notamment fait ses classes dans divers concours, dont La voix, où elle s’est fait découvrir d’un plus grand public. Grâce à cette imposante vitrine, elle a notamment rencontré son collaborateur Simon Pedneault, avec qui elle réalise son album. Le parcours a été formateur. «Mais je suis contente d’avoir fini, par contre. À un moment donné, tu viens tanné de te sentir en examen tout le temps», note l’artiste, qui chante notamment les mots de Philémon Cimon, de Tire le Coyote et de Stéphanie Boulay… Mais qui s’est vite découvert un attrait pour l’écriture et la composition. 

«J’avais vraiment la volonté, et ça me vient sûrement de ma mère, d’être interprète et de défendre ça, analyse-t-elle. Mais finalement, [l’écriture] est venue et je suis vraiment contente.»

Dualités

Petite, Lou-Adriane Cassidy écoutait les airs sucrés de Lorie et de Shakira. Ado, elle a craqué pour la musique de Louis-Jean Cormier, Klô Pelgag ou Philippe Brach. Du côté de sa mère, ce sont les grandes chansons d’Anne Sylvestre, de Barbara ou de Gilles Vigneault qui résonnaient. Chez son père, c’était le pop et le rock anglophone qui étaient de mise. 

«On dirait que le mix chanson et pop s’est fait tôt, confirme-t-elle. J’ai concilié les deux et on dirait que c’est ce que j’ai voulu faire avec l’album : un mix de chanson française et de pop seventies.»

Et ce n’est pas seulement à ce chapitre que sa dualité s’exprime. Plus introspective en solo, Lou-Adriane Cassidy lâche son fou au sein de la formation du phénomène Hubert Lenoir au Québec et en Europe francophone. «Le fait de jouer avec Hubert exploite tellement de quoi de différent, indique-t-elle. L’un nourrit l’autre. J’aurais de la misère à faire juste du Hubert, parce qu’il me manquerait ce côté plus intérieur, plus sobre, plus posé. Et à faire juste mon projet, il me manquerait cette espèce d’explosion.» 

Lou-Adriane Cassidy offrira une vitrine à RIDEAU le 19 février au D’auteuil de Québec. Son spectacle complet sera présenté au Grand Théâtre le 3 avril. Elle doit aussi notamment se produire le 1er mai à Trois-Rivières (salle Louis-Philippe-Poisson) et le 10 mai à Gatineau (La Basoche). 

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EN RAFALES

Comment décririez-vous votre fille ou votre mère comme artiste?

Paule-Andrée : Moi, dans mon rapport à elle, ça fait longtemps que je la trouve inspirante. [...] J’ai une grande confiance en son jugement artistique. Je pense qu’elle a beaucoup de courage, elle affirme des choses, elle a une belle audace. Mais ce n’est pas une audace qui dit : «à go, on fait n’importe quoi». C’est une audace sensible.

Lou-Adriane : Avant tout, c’est la justesse et l’équilibre. C’est vraiment un fil entre la théâtralité et la sobriété. C’est difficile de ne pas traverser d’un bord ou de l’autre. Je trouve qu’elle réussit à être tout le temps juste, malgré le fait qu’elle soit [grandiose]. Être dans une sorte d’explosion d’intensité et de théâtralité, c’est vraiment difficile.


Qu’elle est la première chanson que vous avez chantée sur scène?

P.-A. : J’entends j’entends d’Aragon et Jean Ferrat. C’était dans un exercice public du Conservatoire d’art dramatique en deuxième année. On faisait des récitals de poésie où on pouvait chanter. Cette fois, on travaillait sur le désir. J’avais choisi cette chanson-là, je la faisais a cappella en partant du fond de la salle. Elle n’est pas dans mon spectacle actuellement, mais c’est une chanson qui m’est restée. 

L.-A. : À 13 ans, j’ai chanté La voix humaine de Catherine Major. J’étais à l’école en arts-études et on faisait des concerts où on s’entre-accompagnait. J’avais choisi cette chanson parce que je l’aimais beaucoup et finalement, elle m’a suivie longtemps. Mais pour tout dire, la vraie première chanson que j’ai chantée, c’était I Love You de Lorie. C’était dans un concours où mon père m’avait inscrite à L’Ange-Gardien. Je ne voulais pas y aller, mais j’ai écouté les autres et je les ai trouvés poches. Alors je me suis dit que je pouvais y aller. Je n’avais sûrement pas gagné : j’avais sept ans, je chantais mal!


Avez-vous une chanson préférée dans le répertoire de l’autre?

P.-A. : Non, je ne peux pas choisir. Ça ne fait pas si longtemps que j’ai l’album, je le découvre encore. Avant, je la découvrais quand je la voyais sur scène. Je pouvais dire : «Ah! Ça j’aime ça!» Et la fois d’après redécouvrir telle image de telle chanson. Ou j’allais dans un spectacle et je voyais qu’elle en avait une nouvelle. Je n’ai pas vécu avec ses chansons en boucle. J’ai vu ces choses-là arriver comme ça. Je suis encore dans la découverte et j’aime ça.

L.-A. : Il y a plein de chansons que j’aime. Mais une qui me fait brailler chaque fois, indépendamment du fait que c’est ma mère qui chante, c’est La petite Kurde, qu’elle a fait sur l’album Lever du jour (2002). Ça me fait capoter. Je pleure à tout coup. À un moment, je suis retombée dessus. Mon iPod était en mode aléatoire et ça m’a fait pleurer.