Guidé par Jean-Claude Picard, le son de l’Orchestre Symphonique de Québec, d’une profondeur sublime, semblait gagner en souplesse et en intensité.

L’Orgue, de Bach à Mendelssohn: de la messe à la fête

CRITIQUE / L’ambiance solennelle du concert L’orgue, de Bach à Mendelssohn seyait tout à fait au 1er novembre et à la fête des Morts… On avait l’impression que Benjamin Waterhouse, affairé à dompter l’instrument titanesque, tentait de réveiller les fantômes, alors que l’Orchestre Symphonique de Québec tissait des songes épiques entre les mains expertes du chef Jean-Claude Picard.

C’est du moins avec cette image en tête que l’on repense à la première partie du concert, où étaient présentées en alternance des pièces pour orgue seul et de courts morceaux pour orchestre. L’entrée des cuivres, de l’organiste et du chef s’est faite dans une pénombre presque complète. Un cercle de lumière a jailli pour mettre l’accent sur Waterhouse, qui s’est lancé dans un premier prélude choral de Bach qui aurait pu ouvrir une messe aux chandelles un soir de tempête dans une contrée brumeuse et isolée. 

Mutations from Bach de Samuel Barber a donné l’occasion aux cuivres de montrer leur savoir-faire, puis le premier mouvement de la Sonate pour orgue no 6 de Mendelssohn a fait abondamment résonner les entrailles de l’orgue.

L’organiste titulaire de la cathédrale Holy Trinity semble en pleine maîtrise de son instrument, que les claviers, pédaliers et boutons transforment en orchestre à lui seul. Je dois avouer toutefois que les sons nasillards, les fausses trompettes et la résonance d’outre-tombe de l’orgue m’irritent toujours un peu les tympans, surtout lors des déferlements plus tonitruants. Je l’apprécie davantage lorsqu’il se fait discret et enveloppe de son souffle les mélodies plus fines de l’orchestre.

Cela étant dit, l’entrelacement complexe des notes des préludes de choral de Bach a quelque chose de vertigineux et d’inimitable qui force l’admiration, à défaut d’une adhésion spontanée.

On le remarque chaque fois, le son de l’OSQ prend une rondeur et une profondeur sublime lorsqu’il résonne au cœur du Palais Montcalm. Guidé par Jean-Claude Picard, il semblait gagner en souplesse et en intensité. Le chef québécois a dirigé près de 90 fois l’Orchestre national royal d’Écosse, mais il aura fallu attendre cette saison-ci pour le voir faire ses débuts avec l’OSQ, l’OSM et l’Orchestre du Centre National des arts d’Ottawa. Élégant et enjoué, le chef nous emporte et nous fait goûter toutes les finesses, la tension dramatique et les éclats de la partition. 

La Symphonie no 5 «Réformation» de Mendelssohn a permis de terminer le concert sur une note magistrale. Les cordes et les vents se répondaient avec verve pour créer les ambiances tour à tour inquiétantes, grandioses ou mélancoliques. Des segments délicats répondaient aux montées implacables et la finale, marquée par le frémissement enthousiaste des timbales, donnait l’impression d’avoir transformé la messe solennelle en fête.

Le concert L’orgue de Bach à Mendelssohn était présenté mercredi soir au Palais Montcalm.