L’orchestre d’hommes-orchestres

L’orchestre d’hommes-orchestres, une anthologie d’explorations

Depuis 15 ans qu’il s’amuse à sortir la musique du cadre, L’orchestre d’hommes-orchestres (L’ODHO) ne s’était jamais commis sur un album. C’est maintenant chose faite. Fidèle à ses habitudes, le collectif de Québec ne fait pas les choses comme les autres avec «Bile automobile», sorte d’«anthologie» éclectique de ses explorations sonores.

L’étiquette P572, chez qui paraît ce premier album, place la collection de L’ODHO sous le genre «fanfare-folk-expérimental». Le qualificatif colle plutôt bien à l’ensemble, qui se déploie en deux pôles: d’un côté des chansons plus classiques, de l’autre une poignée d’ovnis musicaux ou de «poèmes sonores», selon les mots de Gabrielle Bouthillier, qui forme le noyau du groupe avec Bruno Bouchard, Jasmin Cloutier, Simon Drouin, Simon Elmaleh et Danya Ortmann. 

Depuis sa formation, en 2002, L’ODHO a articulé divers spectacles et performances artistiques autour de l’idée de voir la musique. Empruntant à d’autres (Tom Waits ou Kurt Weill, notamment) ou créant leurs propres airs, ils ont développé un langage scénique dans lequel la musique prend vie sous les yeux des spectateurs, grâce à divers objets, machines, bricolages ou inventions. Se disant peu porté sur le produit dérivé, le groupe d’artistes n’a pas voulu associer son premier album à un spectacle en particulier, mais plutôt piger dans plusieurs d’entre eux — ou des projets parallèles de ses membres — afin de produire un objet artistique à part entière, pouvant vivre indépendamment de ses créateurs. 

«On a aimé l’idée de faire une sorte de rétrospective, une anthologie de notre rapport au son dans notre histoire de création commune, évoque Gabrielle Bouthillier. On retrouve des petits morceaux de spectacles qu’on a faits depuis très longtemps.»

Résister au disque

Si L’orchestre d’hommes-orchestres a attendu avant de lancer son premier album, ce n’est pas parce que l’idée ne s’était pas présentée avant. Même que le groupe dit avoir «résisté» avant de finalement répondre à l’appel du studio, où les pièces de Bile automobile ont été réenregistrées, voire actualisées. 

«On s’est posé la question à plein de moments, confirme Simon Drouin. Ça fait plus que 15 ans qu’on travaille ensemble, on a fait beaucoup de spectacles. Mais plusieurs étaient montés à partir de répertoires qui existaient et qu’on utilisait. Et on travaillait à partir d’enregistrements qu’on aimait comme ça. Si vous voulez écouter du Tom Waits, écoutez du Tom Waits! Nous, on le prend et on le met en scène, notre langage est sur scène.»

Gabrielle Bouthillier évoque de son côté une transformation dans la pratique de L’ODHO, qui a au fil du temps écrit et composé davantage. «On a toujours été intéressés par l’indiscipline donc nécessairement, on allait chercher plusieurs langages dans nos spectacles. Tranquillement, on s’est mis à écrire plus. Les projets plus récents reposent plus sur des créations originales des membres de L’orchestre. Il y a une matière qui continue de se générer.»

Un peu à contre-courant en cette époque numérique, L’ODHO a porté un soin tout particulier à l’objet (lancé en CD et vinyles numérotés) qu’est Bile automobile, en collaboration avec Sam Murdock de l’étiquette P572. «On se comprenait bien sur ce principe-là. Lui aussi, c’est un fan de l’objet disque. C’est une passion pour lui», note Simon Drouin. 

«Il travaille la production de disques comme on travaille l’artistique, ajoute Gabrielle Bouthillier. C’est à échelle humaine et toute l’énergie qui est nécessaire pour se rendre à un résultat est mise. Ce n’est pas institutionnel, ce n’est pas industriel. C’est fait à la main, avec amour!»

Ce premier album de L’ODHO, qui fera l’objet d’un double lancement samedi risque de ne pas être le dernier. À entendre Drouin et Bouthillier, le groupe y a de toute évidence pris goût. Une bonne façon selon eux de prolonger la vie de musiques créées à l’occasion d’événements passés. Comme celle née pendant le parcours Où tu vas quand tu dors en marchant…? à l’îlot des Palais en 2015 et 2016. Ou celle que les festivaliers ont pu découvrir l’été dernier au parc de l’Amérique-Française pendant le spectacle 150 cabanes. «Elles ne trouveront pas d’autres tribunes, observe Gabrielle Bouthillier. Ç’a servi, c’est passé, ce sont de petites étoiles filantes. Ça pourrait être une façon de pérenniser cette musique-là, de la rendre accessible…»

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Double lancement dans Limoilou

Soupe, vin chaud, feux de joie et installation sonore… L’orchestre d’hommes-orchestres (L’ODHO) s’offre un lancement d’album à son image samedi, lors d’un cinq à sept à l’Espace parvis (500, 8e avenue). «On y va à l’extérieur avec notre camion. L’album s’appelle Bile automobile, on va y aller encore dans les chars! Ça va être une petite installation sonore. Les gens vont pouvoir aller au chaud dans le camion, prendre une soupe et écouter le disque qui va sortir de cette installation, qui va le diffuser», décrit Simon Drouin. À cette occasion, deux collaboratrices de L’ODHO, Laurence Brunelle-Côté et Chloé Surprenant, seront aussi de la partie pour présenter Pas encore mort, le chouette petit recueil qu’elles signent ensemble, la première aux textes et la seconde aux images.
Le bouquin publié aux Éditions Rodrigol découle d’un autre projet de L’ODHO, Convoi, sorte de petit musée ambulant qui fait son chemin depuis 2015.