Le Français Lomepal, Antoine Valentinelli de son vrai nom, s'est inspiré de sa grand-mère pour la création de son deuxième album, «Jeannine», paru fin 2018.

Lomepal : «Beau la folie...»

Au moment de donner une suite à «Flip», disque certifié platine qui l’a consacré comme véritable phénomène de la scène rap française, Lomepal n’a pas tenté de reproduire le succès passé. Choisissant sa grand-mère — et sa maladie mentale — comme fil conducteur à ses nouvelles pièces, le chanteur et rappeur a joué la carte de la transparence jusqu’à l’impudeur sur «Jeannine», qu’il portera cette semaine devant le public québécois.

«Ma grand-mère était folle et elle m’a transmis son pouvoir», chante Lomepal sur Ne me ramène pas, qui ouvre son deuxième album. Il voit cette ligne comme une boutade, mais elle donne néanmoins le ton à cette collection de pièces très personnelles. De fil en aiguille, le personnage de cette aïeule ayant souffert de schizophrénie s’est imposé dans sa création. Il la prend un peu à témoin tout au long de son album, paru fin 2018.

«J’ai accroché sur cette phrase, “beau la folie”, que je disais en concert, en fait. Je me suis dit que j’allais faire un morceau là-dessus et ça m’a fait penser à ma grand-mère. Du coup, j’ai commencé à parler un peu de ça et de cette dynamique familiale un peu compliquée», explique le Français, qui évoquera au détour de ce titre que «tout le monde est zinzin dans ma famille»...

«Je m’amuse avec ça, comme si c’était héréditaire, illustre-t-il. Je me dis que si ma grand-mère était à 100% folle, ma mère est folle à 50% et je le suis à 25%. Je m’amuse avec ça en me disant que c’est un don. Mais en vrai, ma grand-mère a beaucoup souffert», détaille le musicien d’une voix posée. Il ajoute ne pas avoir voulu aborder les aspects négatifs de cette «folie», mais bien la liberté qui y était associée.

«Je voulais parler du contraste avec la société, du fait que tout le monde est conformiste et qu’on est tous un peu dans des cases, observe Lomepal. Quand arrive quelqu’un de fou, c’est aussi une preuve que ça peut être différent. De ne suivre aucune règle, c’est super attirant. Ma grand-mère, c’est quelqu’un qui arrivait beaucoup à convaincre les gens. Elle avait plein de projets, elle était très déterminée, elle n’avait rien à faire de toutes les normes. Ça, c’est quelque chose qui est enivrant pour moi.»

Du skate au rap

Né à Paris en 1991, Antoine Valentinelli est venu à la musique par la voie du skate. Choisissant un pseudonyme inspiré par la blancheur de son teint, Lomepal n’a pas mis de temps à prouver qu’il n’avait pas la langue dans sa poche. Entre 2011 et 2016, il fera paraître cinq minialbums avant de lancer le très remarqué Flip en 2017. Tiré notamment par la locomotive Yeux disent — vue quelque 52 millions de fois sur YouTube —, ce premier album complet lui vaudra notamment d’être nommé au gala des Victoires de la musique. Le suivant, Jeannine, a été créé alors que le tourbillon de Flip n’avait pas encore eu le temps de s’essouffler.

«Ç’a été super dur au début. J’avais vachement peur de n’avoir rien à dire. J’ai galéré longtemps, juste à essayer de faire des morceaux. J’avais l’impression que je n’avais pas de pilier, de morceau porteur. Et à un moment, j’ai fait la méga-erreur de tour réécouter», raconte le Français. Sa priorité? «Ne pas faire un Flip 2», résume-t-il. «C’est peut-être ce à quoi les gens se seraient attendus, parce que l’écart était court, reprend-il. Mais je voulais que ce soit différent. J’avais envie de parler de ma vie de maintenant, en fait. Je voulais parler de l’après succès, de la désillusion et tout ça...»

Dans son processus créatif, Lomepal se mouille et ne craint pas de dévoiler une certaine vulnérabilité. Comme dans ce titre, Plus de larmes, où il dit trop idéaliser les rock stars et avoir «peur de vouloir rejoindre le club des 27», en référence à ces vedettes de la musique (de Jimi Hendrix à Janis Joplin en passant par Kurt Cobain) décédées à 27 ans, l’âge qu’il a actuellement.

«Je me suis habitué à être complètement impudique et à raconter sans filtre les choses qui m’arrivaient, évoque-t-il. Quand j’écris un album, maintenant, ça ne sert à rien de me prendre pour quelqu’un d’autre. De toute façon, c’est trop tard! Les gens connaissent ma vie par cœur, autant parler des choses qui me sont vraiment arrivées.»

Sur un ton plus léger, Lomepal croise le fer avec son confrère Orelsan dans une sorte de défouloir inspiré de l’industrie, «mais qui ne vise personne», précise celui qui s’offre aussi un duo avec Katerine dans l’ode à l’amitié un brin décalée Cinq doigts. Lomepal puise chez Marvel avec le Belge JeanJass — «t’es pas un X-Men, t’es pas Logan, t’es pas Wolverine», rappent-ils en somme — et assume son goût du rock jusque dans ses figures de style : «Quand j’y repense mon cœur bat comme Dave Grohl» laisse-t-il tomber dans cette chanson portant le nom du leader des Foo Fighters et ex-batteur de Nirvana.

«J’écoute vraiment de tout, explique Lomepal. Je me suis décomplexé il y a quelques années. À un moment, j’écoutais beaucoup de rap. C’était comme une drogue. Aujourd’hui, j’écoute plus de rock que de rap, par exemple...»

Lomepal se produira à guichets fermés à l’Impérial jeudi et au MTelus de Montréal vendredi.