Une Lucienne Boyer plus vraie que vraie, une Safia Nolin irrésistible, une Mirelle Mathieu absolument tordante ou la Bolduc transformée en rappeuse, les chanteuses, une cinquantaine au total, se succèdent au fil du spectacle de Veronic Dicaire.

Les voix fabuleuses de Véronic Dicaire

CRITIQUE / Pour sa rentrée à Québec après trois ans d’absence, Véronic Dicaire a littéralement conquis le public du Capitole lundi soir. Dans un spectacle mené tambour battant, la chanteuse et imitatrice aux mille et une voix a démontré l’incroyable étendue d’un talent qui lui permet de se faire tour à tour Édith Piaf, Lady Gaga, Whitney Houston, Cœur de pirate et, bien entendu Céline Dion, avec un naturel sidérant.

Ne traînant, du moins en apparence, aucune séquelle de la sinusite qui l’a obligée à annuler un spectacle à Montréal, vendredi, la blonde artiste s’est donné corps et âme pendant presque deux heures, entourée de six danseurs et danseuses à l’énergie contagieuse, et d’un orchestre de quatre musiciens aguerris. À la clé, un show d’une qualité quasi irréprochable qui s’est déroulé à la vitesse de l’éclair, à l’affiche jusqu’à mercredi. Des supplémentaires ont été ajoutées en septembre.

Passer du ton éraillé de Janis Joplin («Je l’écoute et j’ai mal à la gorge») et de Kim Carnes, aux murmures de «petit chat» de Charlotte Cardin, requiert une souplesse de larynx qui n’est pas donnée à tout le monde. Qui sait, un jour, la science percera peut-être le grand mystère de cette voix à la fois unique et plurielle.

Vêtue d’un jump suit noir, juchée sur des talons aiguilles qui ne lui ont nullement nui dans un segment de chorégraphies endiablées (99 Luftballons, Walk Like a Egyptian, Voulez-vous, Gangnam Style...), la jeune quadragénaire a fait sienne des extraits de chansons du Who’s who du catalogue des vedettes de la scène québécoise, française et américaine, d’hier et d’aujourd’hui. Une Lucienne Boyer plus vraie que vraie dans Parlez-moi d’amour, une Safia Nolin irrésistible dans sa façon bien à elle de revisiter Y’a de la joie, une Mirelle Mathieu absolument tordante dans sa reprise de J’aime ta grand-mère, des Trois accords, ou La Bolduc transformée en rappeuse pour J’ai un bouton su’l bout d’la langue, toutes ces chanteuses, une cinquantaine au total, se sont succédé au fil de cette soirée follement magique. Du lot, seulement un chanteur : Hubert Lenoir. Girl Power!

L’artiste de 42 ans fait preuve d’une facilité déconcertante pour communiquer avec son public. Sans en mettre plus que le client en demande, elle sait moduler à la perfection ses interventions, souvent d’une drôlerie irrésistible. Ainsi en est-il de son nouveau concept de listes de chansons, baptisé Spotify-Dicaire, prétexte à se glisser dans la peau de Diana Krall (The Look of Love). «Messieurs, mettez ça à votre blonde pendant le souper et c’est sûr que vous avez du dessert...»

C’est avec un grain de folie désopilant qu’elle a proposé un amalgame de deux chanteuses, l’une dans le corps de l’autre. Ça donne, par exemple, Céline Dion abusant de ses tics de scène dans le succès de Vanessa Paradis Joe le taxi. On en rit encore.

La soirée n’aurait pas été complète sans que Véronic Dicaire ne réserve d’ailleurs un moment spécial pour sa grande amie Céline, dont elle a fait les premières parties des spectacles à Las Vegas. Dans Céline — The Musical, l’imitatrice s’est gentiment payé sa tête en reprenant sous forme chantée et théâtrale les grands moments de sa vie professionnelle et privée. Du bonbon pour les afficionados de la diva de Charlemagne.