Les temps sont durs pour les petites salles de musique canadiennes et leur avenir est incertain, elles qui n'ont aucun revenu. 
Les temps sont durs pour les petites salles de musique canadiennes et leur avenir est incertain, elles qui n'ont aucun revenu. 

Les salles de concert toujours dans le pétrin malgré le soutien d’Ottawa

David Friend
La Presse Canadienne
TORONTO — Jeff Cohen veut simplement que sa célèbre Horseshoe Tavern, à Toronto, survive à la pandémie de COVID-19.

Depuis les derniers mois, les rideaux de la scène légendaire qui a accueilli des groupes comme les Rolling Stones et The Police sont fermés, et ses célèbres planchers en damier immortalisés dans le clip Bobcaygeon de Tragically Hip sont vides.

Comme la plupart des petites salles de musique canadiennes, l’avenir est incertain pour la Horseshoe Tavern.

«L’industrie des salles de spectacles en ce moment au Canada est au bord de la faillite», a déclaré Jeff Cohen.

«Nous n’ouvrirons probablement pas avant la fin de cette année - peut-être l’année prochaine ... Nous n’avons aucun revenu à venir. C’est un sombre portrait.»

Avec plusieurs autres propriétaires de salles de concert indépendantes, Jeff Cohen a tenté de faire du bruit pour alerter le gouvernement au sujet des années troublantes à venir pour la scène musicale canadienne dans l’espoir que le gouvernement fédéral prenne plus de mesures.

Il y avait une lueur d’espoir mardi lorsque le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, a expliqué les détails d’un programme qui permet aux propriétaires de lieux à but lucratif de demander une part du 20 millions de dollars promis pour soutenir le secteur de la musique devant public.

L’argent sera réparti entre de nombreux joueurs de l’industrie, y compris les propriétaires de salles de spectacle, les promoteurs de concerts, les agents de réservation, les gestionnaires et les festivals de musique. Le financement fait partie de la deuxième phase du Fonds d’urgence relatif à la COVID-19 pour l’industrie culturelle de 500 millions de dollars introduits en mai.

Quiconque qui obtient l’approbation recevra une contribution minimale de 5 000 $ qui devrait durer jusqu’à la fin septembre.

Au-delà du secteur de la musique devant public, le gouvernement fédéral a affecté 5 millions de dollars à l’industrie du disque qui sera administrée par Musicaction et FACTOR, qui se spécialisent dans le développement et le soutien des talents musicaux canadiens.


« L’industrie des salles de spectacles en ce moment au Canada est au bord de la faillite »
Jeff Cohen, Horseshoe Tavern

Erin Benjamin, présidente de l’Association canadienne de musique sur scène, qui défend l’industrie, a qualifié la décision de Patrimoine canadien de soutenir les lieux de «bon départ» sur lequel il faut s’appuyer rapidement.

«C’est mieux que rien», a-t-elle déclaré.

«Cela va aider certaines entreprises pendant très peu de temps ... mais ça ne peut être seulement que cela»

Bien que Jeff Cohen ne sache pas s’il se qualifiera pour une partie du financement réservé aux salles de spectacle, il est sceptique quant à combien cela aiderait réellement le Horseshoe Tavern.

«Je pourrai payer deux semaines de loyer», a déclaré Jeff Cohen, soulignant qu’il s’agissait d’environ 40 000 $ par mois au centre-ville de Toronto.

«Cela représente quelque chose, et nous vous en serons reconnaissants ... mais je suis sceptique jusqu’à ce que je voie les paiements.»

Il soupçonne que sa salle de spectacle pourrait également ne pas répondre à certaines des exigences décrites sur le site Web de Factor. Parmi elles, un lieu doit avoir réservé au moins 50% de musiciens canadiens sur son site l’an dernier pour être admissible.

«Le Horseshoe Tavern était ouvert 360 jours l’année dernière, je ne pense pas que nous ayons écrit quels groupes étaient canadiens et lesquels ne l’étaient pas. Je ne pense pas que nous le sachions», a déclaré Jeff Cohen.

«Les critères d’admissibilité n’ont aucun sens.»

À Toronto, le conseil municipal a récemment adopté une loi qui permet aux propriétaires fonciers de demander un allégement fiscal de 50% sur les espaces qui fonctionnent principalement comme des lieux de musique devant public. L’intention est que ces économies se répercutent sur les locataires qui ne sont toujours pas autorisés à rouvrir.

Les lieux de musique devant public dans d’autres villes canadiennes en sont à différentes étapes d’un processus qui, selon plusieurs, pourrait s’étendre jusqu’à l’année prochaine.

Les bars de Vancouver ont été parmi les premiers à rouvrir, bien que plusieurs clubs de la ville aient averti que les clients pouvaient avoir été exposés à la COVID-19 au cours des dernières semaines.

Les salles de concert de Montréal ont été autorisées à rouvrir légalement à la fin juin, mais les spectateurs doivent rester assis et la danse est interdite.

À Halifax, Karen Spaulding a rouvert le Carleton Music Bar and Grill dans les derniers jours de juin, mais l’endroit n’est plus comme avant.

«Il est à mi-capacité trois jours par semaine, au lieu de cinq à sept normalement, et ce ne sont que des spectacles acoustiques», a-t-elle déclaré.

«Le monde, le public et les invités, tous se sentent différents.»

Le Carleton fonctionne comme un restaurant, ce qui a aidé Karen Spaulding à relancer l’entreprise, bien qu’elle ait déclaré que les revenus globaux avaient chuté de 50 à 75%.

Mais autant qu’elle est préoccupée par son entreprise, elle s’inquiète également des musiciens canadiens locaux qui comptent sur ces lieux pour gagner leur vie. Cela l’a motivée à chercher des solutions alors qu’elle appréhende un long hiver qui apporte une toute nouvelle série de questions.

Karen Spaulding a déclaré qu’elle avait eu des conversations avec des prêteurs, tout en ayant recours à d’autres programmes gouvernementaux qui aident à soutenir son personnel. Elle cherche également à savoir s’il serait intéressant de lancer des concerts en ligne qui «mettraient plus d’argent dans les poches des artistes» au cours des prochains mois.

«Je vais personnellement m’efforcer de maintenir le site», a-t-elle déclaré.

«Nous croyons énormément à la musique devant public».