Catherine Saint-Arnaud (Susanna) et Marie-Andrée Mathieu (Cherubino)

«Les Noces de Figaro»: convoler sur un air connu

CRITIQUE / Opéra léger conçu pour la tournée, «Les Noces de Figaro» des Jeunesses musicales du Canada propose de concentrer le célèbre opéra de Mozart autour des cinq personnages principaux et de troquer l’orchestre pour un pianiste. Une formule qui avait donné un résultat éclatant l’an dernier avec «La belle Hélène», mais qui est d’une fantaisie convenue pour cette nouvelle création.

Le metteur en scène Alain Gauthier et l’équipe de concepteurs avaient visiblement trouvé davantage d’éléments inspirants dans l’opérette d’Offenbach. Les chorégraphies déjantées n’auraient certes pas trouvé leur place dans l’opéra de Mozart, mais on s’ennuyait des mimiques et du jeu réglés au quart de tour qui faisait toute l’efficacité de La belle Hélène pendant les cinq actes des Noces de Figaro.

Le chassé-croisé amoureux n’est pourtant pas dépourvu de drôlerie. Quelques clins d’oeil complices ont suscité des rires à la première lundi, où la salle était comble, mais on aurait espéré un peu plus d’audace, d’assurance et d’espièglerie dans la livraison. Certaines intentions et des détails de l’intrigue semblaient confus.

L’intérêt du spectacle repose surtout dans le fait qu’il permet de découvrir cinq jeunes artistes lyriques. Catherine Saint-Arnaud est charmante en Susanna et livre ses airs avec une voix mélodieuse et assurée. Si Marie-Andrée Mathieu réussit avec souplesse à passer du gamin farceur à l’amoureux transi lorsqu’elle incarne Cherubino, c’est surtout sa voix claire qui ravit. Odéi Bilodeau, en Contesse Almavira, chante fort bien la partition qui lui est attribuée, mais peine à se départir de son air affligé, même lorsqu’elle complote pour surprendre son époux infidèle.

La soprano Catherine Saint-Arnaud dans le rôle de Susanna et le baryton Scott Brooks dans celui de Figaro

On aurait parfois eu envie de chanter le refrain Ouvre tes yeux... des Trois Accords, à Scott Brooks, qui incarnait Figaro en jouant du sourcil et avait la manie de fermer les yeux en livrant certains airs. Il chantait toutefois juste et sortait parfois des mimiques impayables, surtout vers la fin de la représentation. Stephen Duncan en Comte Almavira manquait parfois un peu de coffre et de fougue dans son jeu, mais tout passait dans sa voix. Vocalement, il y a eu plusieurs duos joliment réussis.

Les Noces de Figaro des Jeunesses musicales du Canada

Le décor de Pierre-Luc Boudreau campe l’action dans une série de lieux suggérés par des portes blanches, serties de dorures et décorées de fleurs roses (ou de feuilles vertes, pour le dernier acte qui se déroule au jardin). Léger et pratique, mais un peu redondant, voire précaire lorsqu’il fallait que les interprètes fassent glisser des portes pour accéder à des placards invisibles. Les éclairages auraient aussi pu être plus doux et mieux dirigés. Lorsqu’ils se déplaçaient à l’avant-scène, les chanteurs se retrouvaient malheureusement parfois dans l’ombre. 

L’ensemble est sympathique, intéressant pour le côté lyrique, mais convenu et un peu plat pour ce qui est du reste.

Les Noces de Figaro, vu le 29 juillet dans le cadre du Festival d’opéra de Québec, sera à nouveau présenté le mercredi 31 juillet et le vendredi 2 août à 20h, au théâtre La Bordée. Il partira ensuite en tournée au Québec et dans les Maritimes.