Semper Femina, de Laura Marling

Les meilleurs disques anglophones

1) Semper Femina, de Laura Marling

C’est un magnifique album que signe Laura Marling avec Semper Femina, le genre d’oeuvre qui se fait de plus en plus rare dans la musique populaire. Du haut de ses 27 ans, la Britannique célèbre la féminité sous toutes ses formes, avec une profondeur et une densité remarquables dans ses textes et ses référents culturels, tout en demeurant accessible. Le charme opère dès la première écoute, notamment parce que les mélodies de Marling, ses musiques folk et ses arrangements sont de calibre aussi élevé que sa poésie. Tout ça sans compter la qualité des interprétations. Du grand art.

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2) Planets + Persona, de Richard Barbieri

L’ex-Japan et ex-Porcupine Tree a sans doute accouché ici de son oeuvre la plus réussie en carrière. Planets + Persona est une aventure à mi-chemin entre l’électro et le jazz, avec un fond d’expérimentation qui ne rend jamais la proposition hermétique. Barbieri rappelle qu’il est un sculpteur sonore d’exception, doublé d’un compositeur méticuleux et inspiré. Il oppose les sonorités électroniques et acoustiques, les mélodies aux rythmes, les segments touffus aux passages dénudés, comme en témoigne, à elle seule, la saisissante Night Of The Hunter.

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3) Revolution Come... Revolution Go, de Gov’t Mule

Avec ce Revolution Come... Revolution Go, qui se veut bien de son temps dans le contenu de certains titres, Warren Haynes et ses complices démontrent à quel point leur formation a bien mûri, affichant une cohésion exceptionnelle et un son pleinement maîtrisé. On se retrouve avec des titres épiques (Thorns of Life), des pistes qui font honneur aux racines rock sudistes du band, une relecture audacieuse du mythique Dark Was The Night, Cold Was The Ground et d’autres, comme la soul Sarah, Surrender, qui sont de nouvelles explorations.

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4) Planetarium, de Sufjan Stevens, Nico Muhly, Bryce Dessner et James McAlister

Fascinante aventure que ce Planetarium, qui est ni plus ni moins qu’une rencontre entre la musique orchestrale, la pop, le rock et l’électronique dans un concept articulé autour du système solaire. Sufjan Stevens, Nico Muhly, Bryce Dessner et James McAlister ont eu la chance d’étrenner leur matériel sur scène et donc d’arriver avec quelque chose d’achevé. On se retrouve avec des titres exploratoires (Earth, Mars), des envolées vocales angéliques (Uranus) de superbes passages aériens (Pluto) ou des segments électroniques plus mordants (Jupiter). 

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5) As You Were, de Liam Gallagher, et Who Built The Moon?, de Noel Gallagher’s High Flying Birds 

Pas grand monde ne s’ennuyait de cette tête à claques de Liam Gallagher, or cet automne, il a lancé un étonnant premier album solo, pétri d’influences classic rock. À l’écouter livrer ses excuses dans l’accrocheuse For What It’s Worth, on croyait presque qu’il cesserait d’haranguer son frérot. Nullement déstabilisé, Noel Gallagher, lui, a rebondi avec le pertinent troisième album de ses High Flying Birds, affichant une liberté nouvelle en pigeant dans les airs rétro 60s, le psychédélisme ou le glam rock. Après ça, qui s’ennuie d’Oasis, hormis Liam?

Who Built The Moon?, de Noel Gallagher’s High Flying Birds

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6) I See You, de The XX

The XX poursuit son évolution de belle façon avec I See You. Sans omettre la retenue et cette belle interaction entre Romy Madley Croft et Oliver Sim au chant, le trio met de l’avant des sonorités plus électroniques, de même que des interprétations davantage lumineuses et extraverties.

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7) Prisoner, de Ryan Adams

C’est quand il a le coeur brisé et qu’il évolue dans une folk qui emprunte autant au rock qu’à la country que Ryan Adams est à son meilleur, comme le souligne Prisoner. Ici, Adams n’a pas besoin de réinventer quoi que ce soit pour faire mouche.

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8) Waiting On A Song, de Dan Auerbach

Mon album de l’été. Des airs acoustiques ensoleillés dans des habillages vintages, servis sans prétention et avec un plaisir évident par la moitié chantante des Black Keys.

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9) Masseduction, de St. Vincent

Poursuivant dans la veine électro-pop qu’on lui connaît, qu’elle teinte tantôt de portions audacieuse, tantôt de segments hautement mélodiques, Vincent pond un solide album, qui oscille entre critique sociale et désamour.

Masseduction, de St. Vincent

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10. Process, de Sampha

Un premier album introspectif et subtil pour ce collaborateur des Solange et autres Kanye West. Si les manipulations et les sonorités électroniques sont présentes, Sampha peut tout autant privilégier le piano, les samples de kora africaine ou même de cornemuse.

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Au revoir!

C'était la dernière fois, chers lecteurs, que je vous partageais ma sélection annuelle d'albums et de spectacles. J'ai en effet décidé, un peu plus tôt en 2017, qu'après 15 ans de loyaux services au Soleil, le temps était venu pour moi de relever de nouveaux défis. Ç'a été un grand plaisir et un immense privilège de couvrir des événements culturels ou autres, ici et à l'étranger, de mener des entrevues avec des personnalités de tous horizons, de dénicher des scoops, d'élaborer différents dossiers et, bien sûr, d'interagir avec vous. On saura se recroiser au détour d'un concert... Nicolas Houle