Arthur H. signe avec Amour Chien Fou l’un de ses projets les plus ambitieux.

Les deux faces d'Arthur H.

Arthur H. amorce 2018 en enrichissant sa discographie d’une costaude parution, où il évoque Lhasa autant que Nosferatu, La Dame du Lac ou Lily Dale. Né au fil de séjours à l’étranger, la nouvelle offrande de l’artiste français est un album double en deux temps, atmosphérique, puis fougueux, d’où son titre : Amour Chien Fou.

L’inimitable voix grave d’Arthur Higelin résonne dans le combiné. Avec ces images dont il a le secret, il lève le voile sur l’un de ses projets les plus ambitieux, qui témoigne à la fois de sa créativité et de son affection pour une approche musicale nullement soumise aux lois de l’écoute aléatoire, propre au streaming. Le musicien de 51 ans a façonné son 10e enregistrement studio avec sa reine de cœur, la plasticienne sonore Léonore Mercier, de même qu’avec son complice de longue date, Nicolas Repac.

Q Un album double en 2018, c’est une prise de position artistique... Vous vouliez envoyer un signal du genre «si vous plongez dans mon univers, vous le faites pour vrai»?

R J’ai toujours l’idée utopique, cette nostalgie de l’utopie ou nostalgie utopique, qu’un album est une histoire, un film, quelque chose dans lequel on se plonge, on s’abandonne et pas juste une collection de chansons pour les playlists d’Internet. Clairement, dans ma tête, il y a un début, une fin, il y a une aventure, un passage. 

Q Cette aventure musicale est en deux temps. Elle est présentée comme ça, aussi, visuellement. Vous avez donc pris le temps de jouer les architectes en bâtissant tout ça...

R Oui. Je travaille avec Léonore Mercier, qui est aussi artiste contemporaine et elle m’a donné cette idée-là. Elle m’a dit «les gens aiment tes ballades et tes morceaux atmosphériques, mais ils aiment aussi quand tu fais une disco rock déjantée, que tout le monde danse et c’est la transe, alors pourquoi ne pas séparer les deux univers et permettre aux gens de faire deux voyages différents?» Ça m’a parlé, parce que moi, si j’écoute un disque calme, j’aime bien que ça reste calme, parce que dans un disque, il y a toujours une sorte d’hypnose douce. [...] J’ai écrit les chansons dans cette optique-là : des chansons pour le disque lent et des chansons pour le disque rapide.


« J’ai toujours l’idée utopique, cette nostalgie de l’utopie ou nostalgie utopique, qu’un album est une histoire, un film, quelque chose dans lequel on se plonge, on s’abandonne et pas juste une collection de chansons pour les playlists d’Internet.  »
Arthur H.

Q Des voyages importants ont présidé à la naissance de ce projet. Vous rêviez d’aller à Bali avec Léonore, vous avez eu des propositions de spectacles au Mexique, puis vous avez ajouté une escale à Tokyo...

R Léonore a enregistré des sons au Mexique, une fanfare complètement démente, qu’on a suivi des heures dans une toute petite ville. Ça symbolisait le disque Chien fou, avec en plus tous les chiens errants qui hurlaient la nuit, c’était vraiment «chien fou». À Tokyo, Léonore a tourné un clip avec les masques indiens qu’on avait ramenés du Mexique. Et après, à Bali, on a pris un petit scooter et on a vu 10 000 cérémonies incroyables de nuit, de jour, des processions, partout. Là, Léonore a enregistré toutes les sortes de gongs possibles et inimaginables et on a fait un morceau uniquement à base de gongs enregistrés à Bali. Et voilà le voyage qui a donné sa colonne vertébrale au disque!

Q Vous avez finalisé l’album à Montréal, au studio de Jean Massicotte, qui est devenu un grand complice. Vous avez visiblement vos aises au Québec...

R La première fois que je suis entré dans ce studio, c’était avec Lhasa, alors qu’elle enregistrait son deuxième disque. Donc j’étais entré dans ce studio et j’avais été tellement émerveillé à la fois par l’endroit et la musique qui était créée à ce moment-là. J’avais dit «Putain, je veux absolument enregistrer un disque là.» Et depuis ce moment-là, j’ai enregistré et mixé plusieurs disques là-bas. Pour moi, le studio de Jean est un endroit très vibrant, hors du temps et c’est aussi Montréal, une espèce de douceur poétique que je comprends et que j’apprécie, où je me sens bien. [...] Donc j’ai senti que j’avais besoin de Montréal à la fin pour finaliser le disque, l’harmoniser, en fait.

Q Sous les étoiles à Montréal est un hommage à Lhasa. Cette chanson s’imposait?

R Je n’y ai pas pensé en fait. C’est simplement qu’un jour, je me suis mis au piano, j’ai trouvé ces accords et tout de suite il y a ces mots qui sont arrivés et donc la chanson littéralement m’est tombée dessus, m’a traversé sans que je ne la prévoie. Je ne pensais pas du tout écrire une chanson pour Lhasa. Mais simplement, il y a des choses qu’on a en soi, qui remontent à un certain moment, on ne sait pas comment ni pourquoi.

Q Vous ramenez le personnage de Lily Dale, auquel vous aviez déjà consacré une chanson. C’est un luxe de pouvoir puiser dans son propre univers pour faire évoluer ses sujets?

R Oui, j’aime bien imaginer que les personnages des chansons ont leur propre vie et qu’on peut explorer différentes facettes, que les chansons aient une suite. J’avais déjà fait ça pour The Lady of Shanghai, j’avais fait la suite. Lily Dale, c’est un sujet poétique et pourquoi pas en écrire une troisième? Ça devient un personnage familier pour les gens. Avec eux, on fait ce qu’on veut, il n’y a pas de contraintes. 

Q Vous avez tellement de matériel que vous pourriez faire un spectacle uniquement avec vos nouvelles chansons... 

R Oui, c’est ce qu’on va faire d’ailleurs. On va jouer quasiment toutes les chansons. Sur scène, on sera un trio, avec une espèce de communication très directe, très intuitive sans aucune béquille, sans basse ni batterie. Chaque chanson sera un peu un défi dans l’arrangement. Parce que je veux que ça reste extrêmement humain, simple, interactif, un processus vivant avec beaucoup d’improvisation dans une espèce de cabaret de magicien. On va sortir des objets, les gestes sonores seront théâtralisés, on veut revenir un peu à mes débuts. 

Q Et on vous reverra au Québec?

Oui, bien sûr. Je ne sais pas quand exactement encore, mais évidemment, j’espère, deux ou trois fois!

Amour Chien Fou paraîtra le 26 janvier.