Leonard Cohen: l 'album-testament ****1/2

Troisième album studio de Leonard Cohen en cinq ans, accouché dans la douleur physique, You Want It Darker a des allures de testament artistique.
Du haut de ses 82 ans, le poète aborde des sujets qui lui sont chers, comme l'amour et la mort, mais ici, l'autodérision disparaît au profit de l'abandon, voire de la résignation. «I'm leaving the table/I'm out of the game», «I'm traveling light/It's au revoir» ou encore «I'm ready, my Lord», écrit-il.
À la fois personnel et universel, Cohen demeure un fin observateur de son temps, qui n'hésite pas à critiquer la cruauté faite au nom de la religion (bouleversante pièce-titre). Son fils Adam signe pour sa part une réalisation impeccable, magnifiant l'écriture du paternel d'arrangements soignés, quoique jamais envahissants.
Les voix féminines dont aime s'entourer Cohen sont certes présentes, or elles ont pour contrepoids le choeur masculin de la synagogue Shaar Hashomayim, qui teinte magnifiquement deux chansons.
Au coeur de tout ça, Leonard Cohen vibre comme jamais, à la fois puissant et vulnérable. À classer parmi le meilleur matériel de l'artiste.