Leloup enrichit sa collection de Félix

Jean Leloup, qui était sorti grand gagnant du Gala de l'ADISQ l'an dernier avec son album À Paradis City, a poursuivi sa récolte de prix, dimanche. Il a raflé deux nouveaux Félix : celui de l'interprète masculin de l'année et celui du spectacle de l'année dans la catégorie Auteur-compositeur-interprète.
«L'interprète masculin, je l'ai toujours voulu et je ne l'ai jamais eu», s'est exclamé le musicien, dans sa proverbiale candeur.
Le spectacle solo Le fantôme de Paradis City, ainsi que celui en formation élargie Jean Leloup et son orchestre en concert à Paradis City avaient déjà valu au chanteur et guitariste, de même qu'à ses complices, les prix du metteur en scène, du concepteur d'éclairage (Jean-François Couture) et de sonorisateur (Pierre-Luc Beaulieu), remis plus tôt cette semaine, lors du Gala de l'industrie. C'est donc un total de cinq statuettes que Leloup et son entourage auront remporté cette année.
Également riche de deux Félix, le duo 2Frères a obtenu celui de l'album pop avec Nous autres, en plus d'être sacré duo de l'année.
«Merci à nos parents qui ne nous ont jamais dit de nous trouver une vraie job», ont lancé Erik et Sonny Caouette.
Ouverture diversifiée
Ce 38e gala s'est ouvert sur une succession de performances permettant de jauger de la diversité musicale québécoise. Les Richard Séguin, 2Frères, Ingrid St-Pierre, Koriass et Yann Perreau ont ainsi pris le micro, ce dernier rejoint par un Louis-Josée Houde qui soufflait, pour l'occasion, dans un cor des Alpes!
Houde en était à l'animation de son 11e gala. Toujours en forme, il a prévenu les nommés que la majorité d'entre eux allaient perdre et que Félix Leclerc avait lui-même perdu à quatre reprises lors de la toute première remise de prix, en 1979! D'autre part, il n'a pas évité la fameuse question du streaming, rappelant que l'ADISQ avait demandé une aide gouvernementale de 15 millions $ pour s'ajuster aux bouleversements de l'industrie. «Le lacet a survécu à l'invention du velcro», a-t-il illustré.
Un peu plus tard, sur ce même sujet, le président de l'ADISQ, Claude Larivée, a interpellé directement la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, et le ministre québécois de la Culture, Luc Fortin : «J'espère que demain, au-delà de la fête et des consultations publiques, que nous vous aurons transmis l'énergie nécessaire et le courage pour soulever des montagnes. Il en va de la survie à très, très, très court terme et moyen terme de notre culture nationale.»
Des Félix partagés
Hormis Leloup et 2Frères, personne n'est allé réclamer de récompenses à plus d'une reprise. Marie-Mai a remporté le prix de l'interprète féminine de l'année. L'artiste, qui est enceinte, en a profité pour remercier son conjoint, le directeur musical David Laflèche.
La statuette prestigieuse de l'auteur ou compositeur de l'année est allée à Fred Fortin, pour son album Ultramarr, tandis que celle, également fort prisée, de la révélation de l'année a été remise à la chanteuse Safia Nolin.
«J'aimerais ça dire à toutes les filles du Québec que vous pouvez faire ce que vous voulez, faire de la musique, faire des jobs de gars - on s'en crisse! Aussi, votre corps vous appartient», a déclaré la musicienne originaire de Limoilou.
Les soeurs Boulay ont de leur côté obtenu le Félix de l'album folk, grâce au 4488 de l'Amour. Les gagnants dans la catégorie de l'album rock, cette année, auraient sans doute pu se retrouver en lice pour l'album folk. Ce sont en effet Les Cowboys Fringants, qui se sont illustrés avec Octobre.
La lutte était chaude pour la chanson de l'année, avec des titres signés par Ariane Moffatt (Miami), Louis-Jean Cormier (Si tu reviens), Pierre Flynn (Le dernier homme) ou Coeur de pirate (Oublie-moi (Carry On)). Marc Dupré a remporté la mise avec Ton départ, écrite par Amélie Larocque. Il a notamment dédié cette pièce, composée pour une mère qui combattait un cancer, à René Angélil.
Fred Pellerin, qui était absent, a quant à lui gagné le Félix du spectacle de l'année dans la catégorie Interprète.
Performances réussies
La fête de la musique québécoise a bien sûr été ponctuée de plusieurs performances. Dans le lot, soulignons l'interprétation de Crier tout bas, de Coeur de pirate, où Béatrice Martin chantait et dansait derrière un rideau de pluie. La rencontre entre Safia Nolin et Les soeurs Boulay, le temps de La laideur et des Couteaux à beurre, a donné lieu à un superbe moment folk, feutré. Dans un autre registre, il était intéressant qu'on ait laissé le pianiste classique Charles Richard-Hamelin démontrer l'étendue de son talent.
Hommage à René Angélil
Comme le veut la tradition, le Gala de l'ADISQ a été l'occasion de souligner l'apport d'un artisan, par l'entremise d'un hommage. Cette année, c'est le défunt René Angélil qui a été salué. On avait opté pour la simplicité et l'efficacité : Angélil s'est raconté lui-même en trois temps, par l'entremise de bandes d'archives. D'abord, les années des Baronets, puis sa collaboration avec Ginette Reno et, enfin, avec Céline Dion. À chacun de ces segments, les images se sont interrompues pour faire place à des performances. Véronic DiCaire, André-Philippe Gagnon et René Simard ont proposé un pot-pourri des Baronets, après quoi Ginette Reno est venue livrer de vibrantes interprétations de quelques classiques, dont Je ne suis qu'une chanson. Avant de proposer une version tout en retenue d'Avec le temps, de Ferré, Céline Dion a accepté le Félix. Sur un ton grave, elle a indiqué, émue, combien l'imprésario aimait le show-business au sens large, que sa parole en était une d'honneur et à quel point elle était certaine que son amour pour le public perdurait encore. «Si vous n'avez qu'un seul enseignement à retenir de mon mari, c'est celui-ci : on ne peut pas toujours être bon, il faut être bon quand c'est le temps.»