Les membres du groupe Inner Odyssey. De gauche à droite, Cédric Lepage, Alex Rancourt, Vincent Leboeuf Gadreau, Étienne Doyon et Mathieu Cossette.

Le voyage intérieur d’Inner Odyssey

Vincent Leboeuf Gadreau, fondateur du groupe de rock progressif Inner Odyssey, a parfois l’impression «de ne pas être né à la bonne époque». Le jeune guitariste se serait bien vu vivre dans les années 70, alors que la musique des Genesis, Pink Floyd et autres King Crimson s’inscrivaient dans la légende.

Car, à l’instar d’une frange de jeunes de cette «bonne époque», le musicien raffole des très longues pièces de sept ou huit minutes, propices aux expérimentations rythmiques, harmoniques et instrumentales, style Shine On You Crazy Diamond, ou Us and Them, de Pink Floyd. Il s’imagine les écouter religieusement, «sans dire un mot», à «voyager» dans ces environnements sonores si envoûtants.

Poussé par sa passion pour ce style musical «souvent boudé», l’artiste de Québec a fondé en 2007, avec des amis de cégep, le groupe Inner Odyssey, un nom qui renvoie à ce voyage introspectif si cher à ses oreilles et à son âme. Si la formation a vécu plusieurs chambardements au fil des ans, dans la foulée de la sortie de deux albums (Have a Seat – 2011 et Ascension – 2015), elle a maintenant acquis une certaine stabilité, avec le travail en symbiose des Mathieu Cossette, Étienne Doyon, Cédric Lepage et Alex Rancourt. Un troisième album, The Void, est disponible en ligne depuis le début du mois.

Assidu du festival Terra Incognita, qui se tient chaque printemps, à La Chapelle de Vanier, le jeune musicien espère convertir le jeune public à la musique prog. À ses yeux, ce style est loin d’être réservé à «une élite puriste et, disons-le, légèrement élitiste».

«Notre musique s’adresse aux mélomanes, qui veulent prendre un instant pour écouter de la musique. Je caresse le fantasme de quelqu’un assis dans un fauteuil, devant son système de son, et qui écoute pendant une heure le cd, le feuillet dans la main.» Du même souffle, le musicien déplore trop d’amateurs de musique ont perdu cette «ouverture d’esprit» leur permettant de faire de belles découvertes. Le fameux syndrome du «c’était mieux avant»…

Album ambitieux

Enregistré en partie en studio à Lévis, en partie dans la résidence des cinq musiciens - «C’est beaucoup de travail, mais c’est pratique parce qu’on a tous des horaires différents» The Void est décrit par son auteur (paroles et musique) comme un album «ambitieux à saveur de dystopie, sci-fi, cyberpunk et retro gaming».

«Ça fait longtemps que je compose. Je me suis toujours orienté dans plein de styles différents. Je viens du métal hard core, mais on dirait que je ne fittais pas avec les formules simples, avec des tounes de deux trois minutes, mentionne l’ancien étudiant en psychologie à l’Université Laval. Je cherchais plus de complexité. J’ai découvert des bands comme Dream Theater, Riverside, Porcupine Tree. C’est de la musique que j’aimais, J’ai aussi redécouvert des vieux classiques.»

Geek et gamer

Dans le groupe, on est tous un peu geek et gamer. Notre culture vient beaucoup des jeux vidéos», lance-t-il, un sourire dans la voix. C’est super riche comme champ lexical, avec toutes les œuvres cinématographiques sur la réalité virtuelle, comme Black Mirror. Beaucoup de gens développent une cyber dépendance. C’est la seule façon pour eux de s’évader du monde réel, que ce soit avec les jeux vidéos, les réseaux sociaux, la pornographie. Mais en même temps, tu peux perdre tes repères, c’est dur de reprendre contact avec la réalité. Ça fait peur de voir à quel point le virtuel pourrait en arriver un jour à remplacer le réel. Mais en bout de ligne, tout est question d’équilibre.»

Une soirée avait été organisée au bar D’Auteuil, le 26 mars, pour le lancement de l’album The Void. Les événements qu’on connaît ont changé les plans. L’album est disponible pour les mélomanes cloîtrés dans leur résidence.

L’ancien employé au Cercle, maintenant producteur et conseiller aux communications pour une organisation culturelle de la capitale, fait contre mauvaise fortune bon coeur. «On essaie de ne pas trop penser aux dollars perdus et de focuser sur d’autres projets.»