Le cercueil de Kim Jong-Hyun a été porté par six vedettes de la musique pop sud-coréenne.

Le suicide de Kim Jong-Hyun, symbole d'un univers brutal

SÉOUL — La mort à 27 ans de l’immense star de K-pop Kim Jong-Hyun est venue rappeler la brutalité du show-business sud-coréen, reflet d’une société hyperconcurrentielle qui présente un des taux de suicide les plus élevés au monde.

Kim Jong-Hyun, chanteur du très en vogue boys band SHINee, s’est donné la mort lundi dans une chambre d’hôtel de Séoul, laissant ses admirateurs sous le choc.

Les cinq garçons de SHINee avaient fait leurs débuts en 2008 pour devenir un moteur de la vague coréenne qui a déferlé en Asie et au-delà.

Mais derrière l’image glamour de ces groupes, il y a la concurrence impitoyable, la renonciation à toute vie privée, le harcèlement et une pression publique constante pour entretenir les apparences. «Je suis cassé de l’intérieur», a lâché le chanteur dans une note d’adieu.

Comme Kim, nombre de stars ont été repérées très jeunes par les agences, parfois au début d’une adolescence qu’ils consacrent à de très durs cours de chant ou de danse, sans aucune garantie de succès.

Pour les élus, les vacances sont rares et la vie privée un luxe inabordable, car ils vivent avec les membres de leur groupe dans des appartements-dortoirs fournis par leurs agents.

Ces derniers décident d’ailleurs de tout, de leur style musical, de leur régime alimentaire, de leur utilisation des téléphones portables. Généralement, les rendez-vous amoureux sont proscrits.

Vedettes traquées

Beaucoup souffrent de manque de sommeil et d’intimité. Kim Se-Jeong, une chanteuse très populaire, reconnaissait récemment qu’il lui était arrivé de ne dormir qu’une heure en quatre jours.

«Je devais me produire sur scène, participer à une émission de télévision, tourner des publicités, tout ça en même temps», confiait-elle dans un entretien.

Kang Daniel, de Wanna One, expliquait en août que son plus grand rêve était «juste un jour de congé».

«Pendant des mois avant mes débuts, je me réveillais à quatre ou cinq heures du matin, pour répéter jusque deux ou trois heures du matin le lendemain», racontait-il dans une entrevue.

Le jeune homme de 21 ans n’a finalement pas tenu la route, contraint récemment d’annuler toutes ses dates pour se reposer.

Pour ces vedettes, la pression est aussi mentale, puisqu’on n’attend rien de moins que la perfection dans leur apparence ou leur comportement.

Ces vedettes sont en effet épiées par des clubs de fans prêts à dépenser des sommes astronomiques et à donner de leur temps pour aider leur idole à gravir les marches de la gloire, quitte à écraser les rivaux.

Mais il faut éviter tout faux pas, car le plus fervent admirateur sera demain le critique le plus sévère, s’il se sent «trahi».

Prendre des drogues, conduire en état d’ébriété est évidemment rédhibitoire. Mais il y a aussi des dérapages moins graves : ne pas garder en permanence un sourire plaqué sur son visage, ou faire une gaffe sur les réseaux sociaux, dont on glosera à l’infini.

Beaucoup sont constamment traqués par les paparazzis et les fans armés de perches à selfies prêts à tout pour partager n’importe quoi de leur star sur les réseaux sociaux.

Tabous

«Ces idoles vivent dans un aquarium et on attend d’eux qu’ils sourient et se comportent bien 24 heures sur 24, 7 jours sur 7», résume à l’AFP l’éditorialiste Kim Seong-Soo.

Cette réalité, qui existe ailleurs dans le monde, est amplifiée dans une société sud-coréenne hyper-connectée et ultracompétitive. Les problèmes psychologiques étant tabous, rares sont les vedettes qui osent appeler à l’aide.

Des fans de Kim Jong-Hyun ont pleuré au passage du corbillard qui a amené la vedette de la chanson vers son dernier lieu de repos.

Qu’une vedette au sommet de la vague comme Kim Jong-Hyun se donne la mort est inhabituel, mais pas inédit. En 2010, l’acteur et chanteur Park Yong-Ha, très populaire en Asie, se pendait à 32 ans sans laisser de mot.

En juin 2016, l’acteur Kim Sung-Min s’est suicidé à 43 ans après avoir vu sa carrière voler en éclats du fait de condamnations pour usage de stupéfiants.

Parfois, les drames s’enchaînent. En 2008, l’actrice Choi Jin-Sil se pendait après avoir été harcelée sur Internet. Son frère, également acteur, se donnait la mort deux ans plus tôt, avant que son ancien mari, l’ex-joueur de baseball Cho Sung-Min, ne fasse de même en 2013.

Dans sa thèse en 2009, l’actrice Park Jin-Hee, qui avait parlé à des centaines d’acteurs, avançait que 40 % d’entre eux avaient pensé à mettre fin à leurs jours en raison du manque d’intimité, du harcèlement ou de revenus instables.

Pour Kim Seong-Soo, le suicide est en Corée du Sud un fléau qui dépasse largement le microcosme du monde du spectacle.

«Le principe du “gagnant qui rafle tout” est poussé à l’extrême dans notre pays, où ceux qui échouent peuvent difficilement refaire surface, voire survivre.»

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SIX VEDETTES POUR PORTER LE CERCUEIL

Six des plus grandes vedettes de la musique pop sud-coréenne ont porté jeudi le cercueil de Kim Jong-Hyun.

Son corps avait quitté quelques instants plus tôt le Centre médical Asan de Séoul, où il reposait jusqu’alors, pour des funérailles privées en un lieu tenu secret. Mitraillée par les flashs des photographes de presse, la lente procession était ouverte par un des partenaires de Kim au sein de SHINee, tout vêtu de noir, portant une plaque arborant un crucifix et son nom.

Son cercueil était porté par les trois autres membres de son groupe et par trois garçons de Super Junior, autre groupe phare, dirigé par le même gérant. Des dizaines de membres de groupes de K-pop célèbres étaient présents, comme ceux de Girls’ Generation, EXO ou encore Red Velvet.

Des cantiques chrétiens ont accompagné le départ de la limousine noire. En dépit de la température glaciale, des fans en pleurs attendaient le corbillard à l’extérieur, hurlant au passage du véhicule.