Felt a été produit à huit mains par les membres du groupe (Max Henry, Joe Yarmush, Liam O’Neill et Ben Shemie) au fil de plusieurs séances d’enregistrement entre lesquelles ils ont laissé les chansons mûrir.

Le minimalisme éclectique de SUUNS

La pochette du nouvel album de SUUNS, Felt, est à l’image de la musique du groupe montréalais; intrigante, ambiguë, sensuelle et éclectique. Une main en plâtre pousse son index sur un ballon en latex noir, sur un fond uni d’un vert troublant.

«L’idée était qu’on voit la pression. Il y a un côté érotique là-dedans, aussi un côté abstrait un peu absurde», formule Ben Shemie, le chanteur, musicien et guitariste du groupe. L’image a été savamment réfléchie, polie. Une main dans un gant, c’était trop chargé, l’érotisme devenait trop appuyé. Une main nue, dont on peut deviner le genre et la race, orientait la lecture. «En plâtre, ça devient neutre, ancien, et le mix avec la balloune, qui est un objet moderne, un peu pop, bubble gum, ça fonctionnait», explique Shemie, dans un français articulé, ponctué de mots de sa langue maternelle.

Les vidéoclips du groupe ont eux aussi une esthétique particulière, qui tient du collage, du jeu optique, et où on retrace de multiples références à l’univers du design et des arts visuels. «Il y a quelque chose de visuel dans notre musique, on peut facilement y mettre des images», dira Shemie, quelque part dans l’entrevue.

Felt est le 4e album de la formation, si on exclut une collaboration avec Jerusalem In My Hearth en 2015, qui a toutefois profondément marqué sa manière de voir la musique, et surtout les séances d’enregistrement. «C’était un projet d’amitié, il y a eu beaucoup de contraintes de temps et d’argent, parce que c’était sur notre temps personnel, mais on a goûté à une manière plus casual de créer», indique Shemie. «On a un background assez classic rock, où on booke un studio pour deux semaines et on enregistre tout l’album, puis c’est fini. Ce n’est plus le modèle qu’on suit maintenant.»

Une twist optimiste
Felt a été produit à huit mains par les membres du groupe — Max Henry, Joe Yarmush, Liam O’Neill et Shemie — au fil de plusieurs séances d’enregistrement entre lesquelles ils laissaient les chansons mûrir, puis confié à John Congleton (le producteur de St. Vincent) pour le mixage final.

«On s’est booké quelques jours dans le studio pour faire des démos. C’était évident que ça marchait, on a continué comme ça», raconte Shemie. «Il y a quelque chose d’un peu plus organique et chaleureux. Notre musique est sombre en général, mais je trouve qu’il y a une petite twist optimiste.»

Après avoir écouté l’album, une de ses amies l’a comparé à un opéra où l’on suit un personnage principal qui traverse plusieurs phases, mais qui ne connaît pas une fin tragique, qui s’en sortira. «Je ne dirais jamais que c’est un opéra, même si j’adore l’opéra. Ce n’est pas comme ça qu’on a conçu l’album, mais je crois qu’il y a des fils qui relient toute la musique qu’on fait et dans cet album là, oui, il y a une certaine forme de narration, qu’on n’avait jamais réussi à créer avant», concède celui qui signe aussi les textes et qui a acquis de plus en plus de confiance au fil du temps.

Les mots épars, qui faisaient de sa voix un instrument parmi d’autres, se sont liés et expriment davantage d’idées: l’individu dans la société, quelques emprunts au romantisme (sans tomber dans la romance) et des subtilités politiques, notamment dans la chanson Make it Real.

SUUNS mène ses expériences électro sans tomber dans la surenchère. «On n’utilise pas les ordis, parce qu’on ne veut pas avoir trop de pouvoir dans le studio, et créer des choses qui ne seront pas nécessairement jouables dans la réalité. Je crois qu’on est vraiment un band de scène», indique Shemie. Il a tout de même commencé à chanter avec un vocodeur (ou autotune), qui modifie électroniquement sa voix. «Ça vient avec beaucoup d’aspects techniques, mais on a commencé à faire les chansons en show, et ça va. C’est un son que j’aime bien, mais en même temps, c’est weird parce que ce n’est pas très naturel comme façon de chanter. Ça donne une autre dimension à certains de nos morceaux.»

Avec son bagage rock’n roll (plus jeune, il rêvait de faire comme Jimi Hendrix), ses études universitaires en guitare («pour devenir le meilleur guitariste jazz dans le monde, mais ça n’a pas marché», blague-t-il) et quelques années à Berlin qui l’ont fait verser vers la musique électronique, le leader de SUUNS puise à toutes les influences. Il a même composé un opéra pour sa maîtrise en musique contemporaine.

«On s’intéresse au jazz et à la musique expérimentale, on intègre des trucs un peu plus conceptuels, mais on n’oublie pas qu’on fait des chansons», souligne Shemie. «Pour Felt, il y a beaucoup d’influences de hip-hop pour la production. Il y a une très belle approche minimaliste dans le hip-hop et c’est un peu ça qu’on fait depuis le début avec SUUNS.»

L’album Felt de SUUNS est disponible depuis vendredi.

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De la Taverne à la Source 

SUUNS a joué à la Taverne de Saint-Casimir pour la deuxième fois, en février, et a bien aimé l’expérience. «Tu es carrément dans le bois, dans un petit village où on dirait qu’il n’y a personne, c’est l’hiver, et tu entres dans un petit bar super bien équipé pour des spectacles, avec une équipe incroyable. J’ai beaucoup de respect pour eux. On trouve pas ça souvent dans des petits bars isolés. Je vois leur line-up, et je suis très impressionné», commente Ben Shemie, le chanteur et guitariste de la formation.

À Québec, ils joueront dans un autre endroit qu’on peut qualifier de secret bien gardé: La Source de la Martinière, non loin du Colisée.

Entre le Parc de la francophonie, au Festival d’été en 2014, le défunt Cercle ou le Pantoum, la taille des salles où se produit SUUNS varie, mais Shemie ne cache pas son affection pour les lieux plus intimes. «On ne fait pas une musique très pop, on a un public plus niché, alors les petites salles, j’aime bien. Ça fait un show plus punk, plus personnel et ça marche bien avec ce qu’on fait.» 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Qui: SUUNS

Quand: 10 mars à 21h

Où: La Source de la Martinière, 201 rue de Lanaudière, Québec

Billets: 17,73 $, 18 ans et plus, admission générale

Info: (418) 522-1692 et lepointdevente.com