Le nouveau disque de Patrice Michaud s'intitule Almanach. «Dans ces almanachs, il y avait un regard sur le passé, sur les derniers mois. Et ils se basaient là-dessus pour poser un regard sur l'avenir proche. Qu'est-ce qui nous attend? Qu'est-ce qu'on peut prévoir? Tout ça mis ensemble, je trouvais que ça ressemblait beaucoup au travail que je faisais moi-même en chanson.»

Le groove de Patrice Michaud

Début 2014, Patrice Michaud lançait Le feu de chaque jour, dont la locomotive Mécaniques générales lui a ouvert les portes des ondes commerciales et les oreilles du grand public. Trois ans plus tard, l'auteur-compositeur-interprète d'origine gaspésienne revient vendredi avec Almanach, une collection cuivrée qui lui permet d'exploiter son groove... Et qui s'inscrit au tableau des albums les plus attendus de l'hiver.
Le grandiose et l'ordinaire
Au bout du fil, Patrice Michaud discute depuis quelques minutes de son nouvel album, attendu vendredi, lorsqu'il est interrompu par le son strident du détecteur de fumée. «Ça doit être les dernières toasts de la matinée, note-t-il. J'ai un garçon qui se lève très tôt et qui déjeune deux fois!»
Si bien des choses ont changé depuis que sa chanson Mécaniques générales l'a révélé aux oreilles du grand public, beaucoup d'autres sont demeurées les mêmes pour le musicien, qui trouve du grandiose dans la simplicité... Et vice versa.
En entrevue, l'incident des rôties brûlées amène fiston Loïc dans la conversation. Nous allions de toute façon interroger son père à son sujet, comme il a cru bon de lui prêter son micro le temps de livrer le texte Tout le monde le saura, qui brosse en peu de mots un constat sur le monde... Mais aussi un grand souhait pour l'avenir. 
«Ce n'est pas un accident, mais pas loin. Au départ, je ne voulais pas de monologue sur cet album-là. J'en avais mis sur les deux premiers, je me disais : "Fais un album court avec 10 chansons..." Finalement, je ne m'écoute pas toujours! Il y avait ce texte-là que j'aimais...» explique Patrice Michaud, qui inscrit ainsi à son livret le nom de son fils aux côtés de ceux de collaborateurs comme Brad Barr ou Ariane Moffatt.
Comme pour bien d'autres aspects dans la création d'Almanach, qui a selon son auteur été parsemée de surprises et d'imprévus, la voix de Loïc s'est imposée après l'exploration de plusieurs scénarios. Et Michaud s'en félicite aujourd'hui. «Tout le côté qui aurait pu paraître moralisateur, ça tombe avec le petit. Ça devient direct, net. Et fort, aussi. Parce que même s'il ne comprend pas tous les mots qu'il dit, c'est quand même de son demain à lui qu'on parle», évoque le musicien, confiant avoir de «grands élans de pessimisme» qu'il s'efforce de combattre. «Je ne suis pas bien à rester là-dedans», confirme-t-il. 
Exit la guitare acoustique
Accident ou pas, cette collaboration épurée entre le père et le fils Michaud arrive dans le très varié Almanach comme une respiration. Il reste peu de choses des racines folk sur cette collection cuivrée, sur laquelle l'auteur-compositeur-interprète natif de Cap-Chat exploite avec la complicité du réalisateur et arrangeur Philippe Brault (lire l'autre texte) un côté groovy qu'on n'attendait pas d'emblée de lui. 
«C'était des envies personnelles, explique-t-il. Dès le départ, j'avais signalé que j'entendais beaucoup de drum and bass comme colonne vertébrale des chansons et qu'on allait effacer la guitare acoustique. Ce n'est pas que je n'aime pas ça. Mais ce n'est pas ce que j'entendais pour ces chansons-là. Les cuivres, c'est venu assez vite aussi. On avait un nouvel angle pour approcher les chansons. Je suis très tributaire de la culture de la chanson d'ici.  C'était le fun d'approcher celles-ci avec une direction un peu autre que ce que j'avais déjà fait.»
Dans une forme chansonnière qu'il a voulue plus libre, Patrice Michaud continue de broder des textes qui ratissent large dans le spectre des tons et des thèmes. Le tout «démocratiquement», précise-t-il. «Il y a des moments plus universels, des idées très profondes qui vont côtoyer des trucs qui sont branchés sur le très ordinaire. J'ai essayé de filmer tout ça à la même hauteur.»
De là l'idée de rassembler ses nouvelles chansons sous le titre Almanach, un terme, estime-t-il, que tout le monde connaît sans vraiment le connaître. «C'est un mot intrigant. On se demande un peu au final c'est quoi cette affaire-là. Est-ce que c'est plus que ce gros 7 jours de 800 pages qui traînait sur la table de nos grands-parents? L'almanach, c'est très vieux. C'est un espace où on rassemblait un paquet d'informations et d'histoires. Il y avait des trucs importants, on parlait de ce qui s'était passé pendant les saisons, des moissons, des gens qui sont morts, des naissances importantes... Et à travers tout ça, il y avait un paquet de niaiseries et de faits divers!» décrit Patrice Michaud, avant de reprendre : «Dans ces almanachs, il y avait un regard sur le passé, sur les derniers mois. Et ils se basaient là-dessus pour poser un regard sur l'avenir proche. Qu'est-ce qui nous attend? Qu'est-ce qu'on peut prévoir? Tout ça mis ensemble, je trouvais que ça ressemblait beaucoup au travail que je faisais moi-même en chanson.»
Quelques complices de création
Philippe Brault
Pour donner corps à ses nouvelles compositions, Patrice Michaud a souhaité travailler avec le réalisateur et arrangeur Philippe Brault (Pierre Lapointe, Salomé Leclerc, Philémon Cimon, Random Recipe, Koriass, etc.). Parce qu'il ne le connaissait pas personnellement... Et parce qu'il ne savait pas où la collaboration allait le mener. «Ce qui me plaisait, c'était que je ne trouvais pas que c'était un fit naturel, avoue Michaud. Ça me tentait. J'étais très curieux de voir où on pourrait aller ensemble, parce que c'était difficile à anticiper.» L'auteur-compositeur--interprète raconte avoir laissé beaucoup de liberté à son complice... quitte à bouleverser un peu ses propres habitudes. «Il y a eu très peu de préproduction, ajoute-t-il. Tout le travail de réalisation, les arrangements, l'enrobage, le costume des chansons, ça s'est décidé durant les sessions d'enregistrement. C'était épeurant, mais excitant. Je n'avais jamais travaillé comme ça.»
Monsters of Folk
Sans le savoir, la formation américaine Monsters of Folk a un peu servi d'élément déclencheur à Patrice Michaud dans la création de ses nouvelles chansons. L'auteur-compositeur--interprète avoue que l'inspiration n'était pas au rendez-vous quand il a pris la plume pour écrire ce troisième album. «J'avais des envies de musique, mais ça n'a pas fonctionné tout de suite, confie-t-il. J'avais la charrue en avant des boeufs. Je n'avais rien à dire...» Plutôt que d'attendre «le canal divin», Michaud raconte s'être mis à l'ouvrage en s'obligeant à écrire et en s'imposant des exercices. «Ç'a été important de le faire, parce que c'est comme ça que j'ai fini par sortir la tête de l'eau», indique-t-il. Dans ses travaux pratiques, le musicien s'est attaqué à une adaptation en français de la chanson Temazcal de Monsters of Folk. «Ça enlevait du poids à l'acte d'écrire, explique-t-il. Je n'avais pas la prétention d'en faire une chanson pour moi. Je m'invitais dans la chanson de quelqu'un d'autre.» Le résultat se retrouve au final sur Almanach sous le titre Si près du soleil. Patrice Michaud se permet parfois d'emprunter les mots d'autres auteurs, à qui il donne le crédit. Dans Almanach, il s'approprie ainsi un vers de Paul Éluard et quelques mots très porteurs de Réjean Ducharme : «L'amour, ce n'est pas quelque chose... C'est quelque part.»
Réjean Ducharme
«Dans le cas d'Éluard, c'est un passage que j'avais noté au fil d'une lecture, avance Michaud. Pour que ça s'inscrive bien dans la chanson, il fallait que je le modifie, mais pas suffisamment pour que ça m'appartienne. Dans ces moments-là, je signale toujours l'emprunt.» 
La situation était un peu différente pour Réjean Ducharme. Sa phrase tirée du Nez qui voque, Michaud la voulait intacte : «C'est vraiment la clé de voûte de la chanson. Alors là, j'avais des permissions à demander.» Les démarches ont été faites auprès de l'éditeur, qui a transmis la requête à l'énigmatique écrivain, avec qui Patrice Michaud n'a eu aucun contact. 
«Je me suis dit que j'avais un bon karma, évoque-t-il. Est-ce qu'il a écouté la chanson? Est-ce qu'il a lu la lettre que j'ai écrite expliquant mon choix? Est-ce qu'il accepte toute demande qui passe? Je ne sais pas! Tout ce que je sais, c'est qu'il y a eu un feu vert. Et ç'a été une très grande et agréable surprise pour moi. Parce que cette phrase-là, c'est la plus belle de la chanson. J'avais des plans de remplacement, mais aucun n'était aussi bon.»
Vous voulez y aller?
Quoi: Lancement de l'album Almanach
Quand: 7 février à 17h
Où: District Saint-Joseph
Accès: gratuit
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Qui: Patrice Michaud
Quand: 24 et 25 mai à 20h
Où: Grand Théâtre
Billets: 38,50 $