Le directeur de la programmation du FEQ, Louis Bellavance, et la directrice générale, Anne Hudon, ont fait un saut sur les plaines d'Abraham, là où aurait dû trôner la scène principale du festival. 
Le directeur de la programmation du FEQ, Louis Bellavance, et la directrice générale, Anne Hudon, ont fait un saut sur les plaines d'Abraham, là où aurait dû trôner la scène principale du festival. 

Le FEQ entre optimisme et réalisme

En temps normal, Québec commencerait ce jeudi le marathon musical annuel du Festival d’été (FEQ). Depuis ses débuts certes plus modestes en 1968, beau temps, mauvais temps, le rendez-vous artistique a ponctué 52 belles saisons dans la capitale sans faillir à la tâche. À cause de la pandémie de COVID-19, la 53e présentation n’aura évidemment pas lieu. Pendant que ses sites sont déserts, la direction de l’événement prépare «avec réalisme» la suite des choses.

Nous attendions la revanche d’Imagine Dragons (dont la prestation est tombée à l’eau après deux chansons l’an dernier) et la grande réunion de Rage Against the Machine. C’était l’occasion d’assister au retour à l’avant-scène d’Alanis Morissette, de recevoir la visite de la sensation Halsey et celle du vétéran Rod Stewart. Comme ses festivaliers, l’équipe du FEQ a dû faire son deuil de tout ça. Tandis que les plaines d’Abraham et ses autres sites demeureront beaucoup plus silencieux que d'habitude dans les prochains jours, on regarde vers l’avenir dans les bureaux de la rue Saint-Joseph… Même si ledit avenir demeure flou.

«La planète est encore en plein dedans, résume le directeur de la programmation du FEQ, Louis Bellavance. Nous, on est indissociable de l’état de cette situation-là mondialement et pas seulement localement. Si ça ne va pas aux États-Unis, c’est certain que le FEQ tel qu’on le connaît ne pourra pas rouler. Si ça ne va pas en Europe, ça causerait d’autres problèmes. On peut se réjouir de ce qui va bien ici, mais ça ne nous relance pas.»

À 12 mois d’un éventuel prochain festival, la direction privilégie un point de vue optimiste, sans toutefois laisser le réalisme sur une tablette. «Notre scène principale se trouvant sur les plaines d’Abraham, il faut que la crise soit derrière nous, précise la directrice générale du FEQ, Anne Hudon. Ceci dit, on sait qu’il y a des mesures qui vont être là pour rester pendant longtemps. Et on le souhaite, parce qu’il y a une certaine clientèle qui sera moins encline à avoir envie de sortir vite.»

Si le vaccin contre la COVID-19 se fait attendre et que la crise devait perdurer, l’organisation évaluera les plans envisageables. Mais l’idée de mettre sur pied un rendez-vous dans un contexte de distanciation physique ne lui sourit guère.

«Notre scénario, c’est de faire le FEQ. Et quand on fait le FEQ, il y a du monde sur nos sites qui sont près les uns des autres. Est-ce qu’ils portent des masques? Est-ce qu’ils ont pris du Purell en entrant? Est-ce qu’ils paient en argent? Ce sont des aspects plus techniques. Mais il y a un paquet de gens ensemble. On ne dira pas qu’on ouvre à 50 % des sites. C’est un scénario qu’on n’a même pas travaillé», tranche Louis Bellavance, soucieux de ne pas dénaturer le plus gros événement de la capitale.

«On travaille pour faire un festival et pas à moitié, ajoute-t-il. On ne fera pas un FEQ sur la rue Saint-Joseph ou sur l’avenue Maguire. S’il y a un FEQ, on s’en va sur les Plaines et on fait des artistes internationaux. Si on ne peut pas faire ça, il y aura une cellule de crise qu’on ne veut même pas envisager en ce moment.»


« Notre scénario, c’est de faire le FEQ. Et quand on fait le FEQ, il y a du monde sur nos sites qui sont près les uns des autres. Est-ce qu’ils portent des masques? Est-ce qu’ils ont pris du Purell en entrant? Est-ce qu’ils paient en argent? Ce sont des aspects plus techniques. Mais il y a un paquet de gens ensemble. On ne dira pas qu’on ouvre à 50 % des sites. C’est un scénario qu’on n’a même pas travaillé. »
Le directeur de la programmation du FEQ, Louis Bellavance

Selon Anne Hudon, l’équipe du FEQ aura l’occasion dès le début 2021 de se pencher sur la question. «À partir de janvier, on va regarder nos pourcentages de chances et l’énergie qu’on met sur le plan A ou B ou C», explique-t-elle.

«Pour l’instant, on fait le pari qu’il y aura un vaccin, un traitement ou un déconfinement acceptable qui nous permettra de faire quelque chose qui ressemble vraiment à un FEQ», reprend Louis Bellavance.

Date butoir

Le FEQ n’a pas attendu le décret gouvernemental avant d’annoncer son annulation, en avril. La priorité, selon Anne Hudon, était alors de rembourser rapidement les festivaliers qui avaient déjà acheté leur laissez-passer.

«Pour nous, c’était de leur donner une petite dose d’amour. On va leur dire que la situation n’est pas facile, mais on va y aller promptement là-dessus», évoque la directrice générale.

«On n’était pas les premiers [à annuler], détaille Louis Bellavance. Il y a beaucoup d’annonces qui ont été faites sur des stratégies de billetterie. Certains ont voulu que les gens conservent leurs billets le temps qu’ils resignent des artistes. De notre côté, la discussion était constante avec les artistes. On s’était donné une date butoir et on avait informé les artistes que si nous n’avions pas la certitude d’être capables de livrer l’événement, on annulerait. C’était ça la question : à partir de quel moment on ne serait plus capable de livrer un événement selon nos standards.»

Pour le FEQ, les délais commençaient à être serrés en avril. «Financièrement, les semaines suivantes étaient des semaines de dépenses importantes, confirme Louis Bellavance. Il fallait se déployer, tout le personnel occasionnel allait entrer… On en était là.»

Même dans l’inconnu, l’équipe a tenu à vite tourner la page afin d’imaginer le prochain chapitre du FEQ. «Il fallait qu’on puisse se projeter quelque part, note Louis Bellavance. Le plus difficile n’était pas de faire le deuil de 2020, bien que ç’a été une sacrée claque. On en avait un beau, ça allait bien, on était excité pour celui-là. On s’en remet à condition de retrouver l’action. Nous, on est des hyperactifs de la réalisation de projets. Quand on tombe à ne plus construire, à ne pas aller de l’avant et à ne pas réaliser quelque chose, ça c’est grave. Ça, pour moi, c’est le bout qui est difficile.»

Pendant que plusieurs festivals ont reporté leurs têtes d’affiche à l’année prochaine, Louis Bellavance a choisi de tout simplement rayer la programmation attendue cet été et de travailler sa future grille comme il l’aurait fait en temps normal… Ce qui n’exclut pas d’accueillir avant longtemps des musiciens dont on a été privé cette année.

«Nous, on marche sur des fenêtres qui sont fixes dans les temps, observe-t-il. Il y a des artistes qui étaient programmés en 2020 qu’on ne reverra jamais. Il y en a beaucoup qu’on va revoir. Mais je suis certain que pour d’autres, ça va être un vrai rendez-vous manqué, parce que le timing ne sera juste pas là. Chaque situation est unique.»

+

DANS LES COULISSES GRÂCE À UN BALADO

Pendant la crise sanitaire, le Festival d’été de Québec (FEQ) a gardé le contact avec son public sur les réseaux sociaux, mais aussi par l’entremise d’un sondage auquel quelque 30 000 festivaliers ont participé.

«Tout ce qu’on peut faire, c’est de continuer à avoir une conversation avec nos festivaliers pour voir comment ils perçoivent la situation», indique la directrice générale, Anne Hudon.

Les spectateurs ont aussi été sollicités pour créer un balado mis en ligne ces jours-ci et qui leur permettra d’entrer un peu dans les coulisses du FEQ : le directeur de la programmation, Louis Bellavance, s’est prêté au jeu en répondant à leurs questions.

«Il y en a eu des bonnes, j’ai été surpris du niveau, assure ce dernier. On a parlé de forces majeures, d’annulations, de rendez-vous manqués, d’artistes qu’on pourrait revoir. On a parlé des artistes que moi je veux voir, de certains caprices. Ce sont des questions qui reviennent souvent, mais on a aussi eu des questions plus techniques sur le métier...»  Geneviève Bouchard