Le chef Jonathan Cohen, de dos au clavecin, dirige les Violons du Roy dans un air mettant en vedette le ténor britannique Nick Pritchard, jeudi soir au Palais Montcalm.
Le chef Jonathan Cohen, de dos au clavecin, dirige les Violons du Roy dans un air mettant en vedette le ténor britannique Nick Pritchard, jeudi soir au Palais Montcalm.

Le Bach de lumière de Jonathan Cohen

CRITIQUE / Dans le cadre de l’intégrale au long cours des cantates de Bach organisée par la Société Pro Musica de Montréal, intégrale à laquelle les Violons du Roy prendront part dimanche, l’ensemble en résidence au Palais Montcalm présentait hier trois cantates du Cantor de Leipzig. L’orchestre a préféré (probablement pour des raisons pratiques) faire chanter les chœurs par les solistes, nous privant de l’effet de foule essentiel dans la musique de Bach. Ce procédé, promu par le musicologue états-unien Joshua Rifkin dans les années 1980 et adopté par un nombre croissant de chefs permet toutefois de donner aux ensembles un relief tout à fait singulier, surtout avec des chanteurs de qualité. 

Ayant droit à deux airs, le ténor britannique Nick Pritchard se distingue avantageusement par sa voix subtile et malléable et ses aigus lumineux, comme en témoigne son récitatif dans la cantate Sehet, wir gehn hinauf gen Jerusalem, BWV 159. Disposant de moins d’épisodes en solo, le baryton canadien Tyler Duncan, un habitué des Violons du Roy, offre un Es ist vollbracht d’anthologie dans la même cantate, avec une voix à la fois douce et bien projetée et des aigus jamais forcés. Ses Gute Nacht (le Christ dit ici «bonne nuit» au monde) sont chantés avec tendresse et émotion.

La prestation du contre-ténor anglais Alex Potter, un fidèle de chefs comme Philippe Herreweghe et Thomas Hengelbrock qui en était à ses débuts avec les Violons du Roy, a cependant pâti d’une nervosité manifeste, causant certains problèmes de justesse à quelques occasions. Son seul air en solo, le magnifique Tilg, o Gott, die Lehren, de la Cantate Ach Gott, vom Himmel sieh darein, BWV 2, nous montre néanmoins le chanteur sous son meilleur jour, avec une voix d’une agréable rondeur. La soprano Odéi Bilodeau, dont la participation en solo se limitait à quelques lignes dans un duetto avec le contre-ténor dans la Cantate no 159, a apporté une belle lumière dans les chœurs avec son timbre délicat.

Le chef Jonathan Cohen, dont on a annoncé, en début de concert, le renouvellement du mandat jusqu’en 2024, a mené ses troupes avec un entrain contagieux, soulignant bien la filiation profonde de la musique baroque avec la danse, notamment dans le chœur final de la Cantate Ein Herz, das seinem Jesum lebend weiß, BWV 134.

Les Violons du Roy. Direction : Jonathan Cohen. Solistes : Alex Potter (contre-ténor), Nick Pritchard (ténor), Tyler Duncan (basse), Odéi Bilodeau (soprano). Bach : cantates BWV 159, 2 et 134. Jeudi soir à la salle Raoul-Jobin.