Avant d’arriver avec son album «La nuit est une panthère», Vincent Roberge, alias Les Louanges, a fait ses classes dans les rues du Vieux-Québec.

L'art de brouiller les pistes selon Les Louanges

Vincent Roberge a appris à jouer de la guitare sur du Jean Leloup, a fait des études en jazz, écoute «énormément» de rap et de R&B, voue presque un culte à Frank Ocean et cite Richard Desjardins (plus précisément son album «Boom Boom») parmi ses exemples d’auteurs-compositeurs. Sous le nom Les Louanges, le jeune artiste a pigé dans toutes ces influences pour livrer «La nuit est une panthère», un premier album complet qui arrive là où on ne l’attendait pas.

Démystifions d’abord ce nom, qui laisse croire qu’on a affaire à un groupe plutôt qu’à un projet solo. Quand est venu le temps de se lancer, il n’était pas question pour le musicien de mettre de l’avant le nom inscrit sur son certificat de naissance. «C’est plate, Vincent Roberge, là!» lance au bout du fil le natif de Lévis, installé à Montréal depuis quelques années.

Souhaitant éviter son nom «bien “keb” avec rien de déstabilisant», l’idée lui est alors venue de reprendre le surnom qui lui avait été donné au secondaire et au cégep. Surnom aux origines qu’il préfère garder floues. «Je ne l’ai pas trop choisi, mais ç’a collé, explique-t-il. Au moment de faire mon projet, je suis passé par plein d’idées. Finalement, je suis retourné jaser avec mes chummys de Lévis et on aurait dit que c’était le seul truc qui ressortait et qui fonctionnait. Les Louanges, c’est même écrit dans mon [album] de finissants. Ça venait de mon côté un peu plus exubérant, faut croire.»

D’ailleurs et d’ici
Quand on lui demande de décrire ses racines musicales, Vincent Roberge plonge. «Le premier CD que j’ai acheté, c’est Demon Days de Gorillaz et encore aujourd’hui, il est dans mon char. J’écoute énormément de rap, qu’il soit “keb” ou américain. Je suis un gros fan de R&B. Je dis souvent que l’idéal, ça serait juste être Frank Ocean dans la vie. […] En même temps, quand j’étais au secondaire, c’était Odd Future qui commençait. J’ai beaucoup grandi [en écoutant ça]», résume le volubile artiste, avant de se raviser. «Grandi… Ça ne fait quand même pas si longtemps! Mon début de secondaire, ça fait neuf ans. Là, je vais pogner le 23. Je ne pourrai plus être un ti-cul indéfiniment», ajoute-t-il en riant.

Vincent Roberge enchaîne du même souffle qu’il connaît aussi ses classiques d’ici, qui ont également nourri sa création. «J’essayais d’être le plus québécois possible sur une musique qui est manifestement d’influences extérieures, confirme l’auteur-compositeur-interprète. Je me suis vraiment inspiré du rap “keb”. Mais en même temps, j’ai voulu aller chercher une dimension politique, comme Richard Desjardins pouvait le faire, avec un langage ultra vernaculaire.»

L’école de la rue
Avant d’arriver avec l’album La nuit est une panthère, qu’il a coréalisé avec Félix Petit, Vincent Roberge a fait ses classes. Le multi-instrumentiste a fait bonne figure au Festival de la chanson de Granby en 2015 et aux Francouvertes l’an dernier. Il s’était aussi déjà commis sur le minialbum Le mercure en 2016.

Son parcours musical a toutefois commencé beaucoup plus tôt. Dès le début du secondaire, il a souvent traversé le fleuve pour aller jouer dans les rues du Vieux-Québec. «J’ai grandi dans le Vieux-Lévis, en haut du cap. Moi, ç’a été long avant que je comprenne que ce n’est pas quelque chose de si commun d’avoir constamment à courir pour aller prendre le bateau. Même pour les gens de Québec, c’est quelque chose qui n’est pas trop dans leur vie!» évoque en rigolant celui qui se targue d’avoir obtenu à cette époque «un permis de classe A» pour aller gratter la guitare devant des touristes.

«J’avais le droit d’aller aux gros spots, pas juste à la porte Saint-Jean», indique Roberge, se souvenant du côté compétitif de l’entreprise. «Pour jouer dans le Petit Champlain, faut que tu ailles là le matin, il y a une pige… Eille, nous autres, on voulait juste faire un peu de cash en jouant de la guit! C’est une autre ligue! Je comprends ceux qui font ça depuis 20 ans. Chaque été, il y a des petits nouveaux qui arrivent de manière pas tout à fait sérieuse. Je pense que je m’organiserais aussi pour ne pas qu’ils aient envie de revenir à mon spot!»

Dans ce premier boulot de musicien — qui lui permettait de «jouer de la guitare et d’aller “bummer” aux Plaines après» —, Vincent Roberge estime surtout avoir appris à développer sa présence scénique. «Ça m’a certainement aidé à construire ma confiance, avance-t-il. Il n’y a pas grand-chose qui m’impressionne après avoir dû quêter 50¢ une journée où il n’y a personne dans les rues. Ou de faire semblant d’avoir du fun à rejouer la même toune, genre Seven Nation Army version manouche, pour la quatrième fois!»

L’album La nuit est une panthère sera officiellement lancé samedi au Maelstrom. La soirée affiche complet, mais Vincent Roberge reviendra dans son patelin d’origine pour un concert présenté à L’Anglicane le 29 novembre. Une prestation sur l’autre rive du fleuve est aussi à son programme le 23 mars, en première partie d’Ariane Moffatt à l’Impérial.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Qui: Les Louanges

• Quand: 29 novembre à 20h

• Où: L’Anglicane

• Billets: 22$

• Info.: langlicane.com