Visiblement heureux d’être de retour dans «la belle ville de Québec», Daniel Lanois a écrit un autre chapitre de sa désormais longue histoire d’amour avec son public d’ici,

Lanois en pleine maîtrise de son art

CRITIQUE / Avec le temps frisquet qui s’était subitement pointé, vendredi, il fallait se faire un peu violence pour sortir et aller à la rencontre de Daniel Lanois, au Grand Théâtre. Mais le déplacement a été hautement récompensé: le vétéran a offert un spectacle de premier ordre, conciliant l’auteur-compositeur-interprète et le féru d’expérimentations qu’il est.

Lanois a, d’entrée de jeu, sorti ses classiques. Après une introduction à la pedal steel, son instrument fétiche, il a entonné coup sur coup Jolie Louise, Under A Stormy Sky et O Marie. Est-ce nécessaire de préciser que les fans, qui ont réagi dès qu’ils reconnaissaient les premières notes de ces pièces, étaient déjà conquis?

Mais l’artiste de 66 ans et ses très doués complices, le bassiste Jim Wilson et le batteur Kyle Crane, ne faisaient que s’échauffer. Ils ont livré par la suite une formidable The Collection Of Marie Claire, tout en contrastes, avec des envolées de Lanois franchement réussies sur sa Les Paul. 

On pouvait apprécier le jeu des musiciens, qui œuvraient en proximité sur cette scène fourmillant d’équipements et complétée, de part et d’autre, de lumières tamisées. Le son, aussi, était impeccable, tant pour la voix chaleureuse du leader que pour l’instrumentation — on avait même disposé des oreillers et des coussins le long des amplificateurs afin d’étouffer certaines fréquences.

Lanois, sa casquette vissée sur la tête, s’est adressé à la foule en français autant qu’il le pouvait, recourant, au besoin, à un membre de son équipe pour mieux traduire ses pensées. Il a fait référence à plus d’une reprise à ses «amis amérindiens» et a repris Ring The Alarm en remodelant le texte pour sensibiliser le public aux disparitions trop nombreuses de membres de ces communautés.

Pause de voix

Après de magnifiques Fire et I Love You, qui brillaient entre autres par l’apport des chœurs de Wilson, Lanois a mis de l’avant le répertoire instrumental davantage exploratoire qu’il a privilégié ces dernières années. On a eu là encore de bons moments, qu’il manipule sa console sonore ou sa pedal steel — des captations vidéo, retransmises sur grand écran, permettaient d’apprécier son doigté de près.

Au moment où l’on craignait qu’il ne perde l’attention de la foule, l’artiste originaire de Hull est revenu au micro pour sortir d’autres titres appréciés, dont l’incontournable The Messenger. Là encore, on a eu droit à une très belle mouture, amorcée en douceur, qui a pris graduellement son envol.

Le salle Louis-Fréchette était peut-être un peu vaste pour Lanois — le parterre était rempli environ aux deux tiers — or l’enthousiasme des fans a aisément fait oublier les sièges vides. Notre homme est revenu pour un pertinent rappel, qu’il a lancé avec Still Water. Visiblement heureux d’être de retour dans «la belle ville de Québec», le proche collaborateur de U2 a écrit un autre chapitre de sa désormais longue histoire d’amour avec son public d’ici, achevant son tour de chant avec un air traditionnel du pays. «On devrait en être fier, puisse ce bel héritage ne jamais disparaître», a-t-il lancé, dans une de ses interventions emplies de sagesse.