Sur scène avec les beaux sans-cœurs, Pierre Lapointe a incarné les chansons de toute sa fougue, avec panache et charisme.

L’année des supergroupes au Festival de musique émergente

CRITIQUE / ROUYN-NORANDA — Pierre Lapointe et les beaux sans-cœurs en exclusivité, le retour inattendu de Karkwatson, Galaxie en show caché dans un chalet de station de ski, Fred Fortin en canot-concert… Le 16e Festival de la musique émergente (FME) en Abitibi-Témiscamingue a été riche en moments musicaux mémorables, alors que deux supergroupes ont tenu le haut de l’affiche.

Les deux prestations de Pierre Lapointe et les beaux sans-cœurs, énergique groupe de mâles composé de Philippe Brault à la basse, Nicolas Basque et Vincent Legault aux guitares et José Major à la batterie, étaient présentées sur le coup de minuit jeudi et vendredi. À travers les bulles, les ballons et les fanions bleu, blanc, rouge barbouillés à l’aérosol, le collectif s’exécutait en chiennes de travail blanches ornées de franges de plastique, tels des coqs flamboyants. Leurs chansons à la française avec une tangente pop et punk forment une collection d’odes au désir, à la vengeance et au désordre amoureux. Sur scène, ça donne un enchaînement débridé, jouissif, avec un petit côté à la Boris Vian, que Pierre Lapointe incarne de toute sa fougue, avec panache et charisme.

Show caché de Random Recipe

Aux pièces de l’album Ton corps est déjà froid est venue s’ajouter La sexualité, écrite avec Random Recipe, qui a rejoint le super-groupe sur scène le temps d’interpréter la chanson. Quand, après une séance de bodysurfing, Frannie Holder a lancé «rendez-vous à 1h30 au Morasse», on a cru qu’elle voulait jaser avec les fans à l’heure où le haut-lieu de la poutine rouyn-norandienne se remplit de festivaliers affamés. Que nenni.

Random Recipe y offrait un show secret — sans notification sur l’application du FME, en souvenir du premier show caché de l’histoire du festival, offert par Random Recipe il y a neuf ans, au même endroit, «alors qu’Internet n’existait pas et que ça marchait vraiment au bouche à oreille». Sous les néons de la petite pièce qui accueille habituellement les fêtes d’enfants, les numéros de commande et les rimes s’enchaînaient de manière surréaliste, dans une ambiance survoltée.

On avait rendez-vous avec Karkwatson le samedi soir, pendant que dehors, la soirée hip-hop mettant en vedette Loud, Fouki et Zach Zoya devenait le spectacle payant ayant attiré la plus grosse foule de l’histoire du FME.

Karkwa et Patrick Watson

Dans l’intime Agora des arts, Patrick Watson, ses musiciens et les membres de l’ex-groupe Karkwa, Louis-Jean Cormier en tête, ont réussi une fusion parfaite. Entremêlant et enchaînant les chansons, multipliant les chœurs et les segments instrumentaux inspirés, ils ont livré une performance organique et envoûtante, rare, visiblement très émouvante pour de nombreux spectateurs sous le charme.

Dimanche, Qualité Motel, le projet parallèle (dance party mix) des gars de Valaire, a transformé la petite salle Evolu-son en plancher de danse pour le 5 à 7. Une centaine d’heureux en sont sortis détrempés, avec la promesse d’un nouvel album à paraître le 2 novembre et d’un spectacle caché à 2h du matin.

Les nuits sont courtes au FME, on peut sans peine enchaîner les expériences musicales de 17h (voire avant) à 3h, jusqu’à satiété. Le festival se tenait de jeudi à dimanche à Rouyn-Noranda.