Le rappeur Jacques Jacobus

La revanche de Jacobus

Sans aller jusqu'à annoncer la dissolution de Radio Radio, Jacques Alphonse Doucet prend ses distances de son groupe pour mieux s'élancer en solo. Avec Le retour de Jacobus, en magasins vendredi, le rappeur acadien renoue avec l'alter ego qu'il s'était créé à ses débuts et retrouve du même coup le plaisir de faire de la musique.
Le musicien l'admet sans détour : pour lui, le coeur n'y était plus depuis un moment au sein de Radio Radio, formation alliant hip-hop et électro passée de quatuor à duo au fil de la dernière décennie. Déçu par l'aventure 100 % anglophone tentée avec la parution l'an dernier de l'album Light the Sky, il a même songé à accrocher son micro pour réorienter sa carrière loin des projecteurs. Il a finalement plutôt saisi l'occasion de concrétiser un premier album solo, un projet qu'il convoitait depuis longtemps et qu'il avait toujours remis à plus tard. 
«Radio Radio, ç'a monté pendant 10 ans. Il y avait tout le temps quelqu'un pour me convaincre de ne pas faire mon album solo. Là, mes amis m'ont convaincu de le faire. Moi, j'étais rendu à un point où je voulais arrêter de faire de la musique. J'étais tanné. L'album en anglais, on l'a fait pour le challenge, mais le résultat n'a pas été là. Et du côté francophone, le challenge était un peu moins là», détaille Doucet, qui ne cloue pas pour autant le cercueil de Radio Radio et de son association avec Gabriel L.B. Malenfant. Le duo, nous dit-il, a quelques concerts à son agenda pour l'été prochain. Et le 10e anniversaire de l'album Cliché Hot (et du hit fondateur Jacuzzi) risque fort d'être célébré en bonne et due forme l'année prochaine. «Mais là, je veux vraiment bâtir ma carrière solo, ajoute Doucet. Est-ce que je retournerai à Radio Radio plus tard? Fort probable que oui, mais ça ne sera pas mon projet principal. Je me suis donné une année pour y penser et plus que ça avance, plus j'aime mon projet. Et je ne parle pas juste de la musique ou du disque. C'est plus de pouvoir faire ce que je veux.»
Double identité
Avec Le retour de Jacobus, Jacques Alphonse Doucet - qui adopte le nom d'artiste Jacques Jacobus - explore en quelque sorte une double identité en renouant avec l'alter ego qu'il s'était forgé adolescent, quand il a commencé à faire de la musique. 
«J'ai créé ce personnage quand j'avais 16 ans. L'idée derrière l'album, c'est de retrouver le côté le fun et festif de Jacobus.» Le rappeur retrouve en même temps un autre ami de jeunesse - bien réel, celui-là - en la personne d'Alexandre Bilodeau, alias Arthur de Comeau, qui avait quitté Radio Radio en 2014, juste après la parution de l'album Ej feel zoo. «Ça me manquait de travailler avec lui», observe Doucet. Le résultat ne dépaysera pas trop les fans de Radio Radio. C'est assumé, c'était même souhaité, confirme Jacques Jacobus. 
Le rappeur, qui se dit fasciné par le roman Le comte de Monte-Cristo, se révèle davantage dans ses textes, qui jouent sur l'image, les contrastes et les perceptions. Il table sur ses paradoxes (Dr Jacobus et M. Doucet), ses amitiés (B&B, à laquelle contribue le compatriote acadien Joseph Edgar) et des intérêts insoupçonnés comme son amour de la magie. «Depuis cinq ans, c'est mon hobby. C'est une passion, c'est presque une obsession», confie celui qui s'offre la voix du magicien Luc Langevin pour l'intro d'une de ses pièces. «J'ai eu du fun à faire cet album, résume Jacques Alphonse Doucet. J'espère que ça s'entend.»