L’ancien leader de la mythique formation Styx, Dennis DeYoung, sera de passage à l’Agora du Vieux-Port, vendredi soir, pour présenter un spectacle en hommage au 40e anniversaire de la sortie de l’album «The Grand Illusion».

La longue histoire d’amour de Dennis DeYoung avec Québec

Dennis DeYoung a perdu le compte du nombre de fois qu’il est venu en spectacle à Québec. Entre l’ex-leader de la formation Styx et la capitale, c’est une longue histoire d’amour qui se poursuit. «Je ne sais pas ce qui se passe avec le monde de Québec ou ce qu’il y a dans l’eau du Saint-Laurent pour qu’on m’aime à ce point. Les gens sont généreux avec moi depuis si longtemps. Impossible de ne pas être reconnaissant.»

Joint à sa demeure de Chicago en début de semaine, alors qu’il était à fignoler un nouvel album, sans doute son dernier en carrière, DeYoung ne cachait pas sa joie de renouer avec la ville qui l’a adopté lors de ses premiers pas avec Styx, dans les années 70. En décembre 2014, le chanteur avait été en résidence pendant plus de deux semaines au Capitole, du jamais vu dans sa vie professionnelle. Pour faire plaisir à son auditoire chéri, son spectacle à l’Agora, vendredi soir, sera un hommage aux 40 ans de la parution de l’album The Grand Illusion.

«Québec est près de Chicago, mais j’éprouve toujours cette incroyable sensation d’être à la fois si proche de l’Europe et si loin des États-Unis, poursuit-il. J’adore la beauté de la ville, le charme des habitants, les restaurants. Les gens de Québec savent comment avoir du bon temps, malgré la rigueur du climat en hiver. Ils sont capables d’assister à un show à l’extérieur en plein hiver et d’avoir du plaisir. Ils font preuve de beaucoup de résilience.»

Or, malgré cette idylle de longue date, DeYoung n’a jamais réussi à maîtriser notre langue. «Je connais une foule de mots en français, mais je suis incapable de les mettre dans une phrase complète [rire]. J’ai suivi des cours au collège, mais on étudiait davantage la grammaire plutôt que faire la conversation. Si j’avais su à l’époque que je serais si populaire au Québec, je me serais forcé davantage...»

Mais à 72 ans, il n’est pas quand même pas trop tard, M. DeYoung? «Vous savez, la mémoire n’est plus ce qu’elle était, rétorque-t-il. J’ai du mal à me souvenir ce que je faisais la semaine dernière. Je vais me contenter de dire à la foule : “Bonsoir Québec?“ Comment ça va? [décliné en français d’une voix forte]. Voyez, je peux être convaincant quand je veux...»

Retour avec Styx? Demain matin...

Les fans de Styx qui rêvent aux retrouvailles de la mythique formation devront d’abord le faire savoir aux anciens compagnons de DeYoung, James Young et Tommy Shaw. Voilà plus d’une vingtaine d’années qu’ils ne lui ont pas adressé la parole. À l’époque, le divorce avait été officialisé en raison d’une divergence sur l’approche musicale du groupe. Tombé malade à l’approche d’une tournée, DeYoung avait demandé un délai avant de prendre la route, ce qu’ils avaient refusé. Ç’a été la goutte de trop.

DeYoung trouve regrettable que ses anciens camarades ne ratent aucune occasion en entrevue de «dire des choses négatives» sur sa musique. «M’avez-vous déjà entendu dire du mal d’eux? Jamais. Ce n’est pas mon genre. Les fans de Styx ne veulent pas entendre parler de ce genre de truc, ils veulent simplement entendre la musique avec les gars qui l’ont composée. J’accepterais demain matin de refaire Styx. Et on s’arrangerait pour que notre premier arrêt soit à Québec...»

Le vétéran chanteur savoure la chance d’avoir pu faire carrière à une époque où les choses étaient plus faciles. Pour son plus grand regret, l’industrie de la musique a bien changé, et pas pour le mieux. «C’est devenu merdique. C’est le pire moment pour faire de la musique, surtout pour un groupe rock. C’est maintenant impossible de faire de l’argent avec des albums. On peut tout avoir gratuitement en ligne. Quelqu’un qui paye pour avoir quelque chose qui est gratuit, c’est un idiot.»

Dennis DeYoung lors de son passage à Québec en décembre 2014

Pour une presse forte 

Et la conversation, parlant gratuité, de dévier sur la crise que vivent les journaux, au Québec, au Canada et aux États-Unis. À ce sujet, DeYoung se pose comme un défenseur inconditionnel d’une presse libre et forte, garante de la démocratie. «Je suis abonné depuis longtemps au Chicago Tribune. On peut dire ce que l’on veut des journalistes et de la presse, mais ils sont essentiels pour surveiller nos dirigeants. Ils doivent les épier afin d’éviter qu’ils fassent des trucs illégaux. La presse est essentielle pour garder notre civilisation intacte.»

Mais encore là, comme avec le streaming en musique, la technologie a imposé sa loi avec l’avènement des GAFA, devenus les cannibales de la presse écrite. «En 1983, j’ai composé une chanson qui allait comme suit : The problem’s plain to see / Too much technology / Machines to save our lives / Machines dehumanize.

«Ce sont les paroles les plus importantes de Mr. Roboto. L’homme doit rester vigilant à l’égard de la technologie qu’il a créée. Quelqu’un qui n’est pas inquiet, c’est le même qui traverse la rue, les yeux rivés sur son cellulaire, en ne pensant pas qu’il risque d’être renversé par une voiture...»

Dennis DeYoung: The Grand Illusion 40th anniversary Album Tour est présenté vendredi, à 21h, à l’Agora du Vieux-Port.