L'imposant coffret explore la réalisation de l'album des Variations Goldberg par Glenn Gould sous ses moindres facettes.

La genèse des Variations Goldberg

Le 25 septembre marquera les 85 ans de la naissance de Glenn Gould. Pour souligner l'événement, Sony lance un imposant coffret qui retrace l'ensemble de la session d'enregistrement de son tout premier album, soit sa lecture des Variations Goldberg de Bach.
Glenn Gould n'avait que 22 ans lorsqu'il s'est présenté dans les studios de Columbia, à New York, le 6 juin 1955. Le génial pianiste, décédé prématurément à l'âge de 50 ans, allait mettre sept jours pour enregistrer les 32 portions de cette oeuvre, dont la publication remonte à 1741. 
Dès la première séance dans les installations de la 30e rue, Gould doublait son travail de rituels ou d'excentricités qui allaient contribuer à faire de lui un personnage plus grand que nature : il est débarqué avec de l'eau en bouteille, car il détestait celle de New York, diverses pilules, faisait des séances pour se chauffer les bras dans l'eau chaude, optait pour une chaise ajustable sur ses quatre pattes, afin de se déployer comme il le souhaitait derrière le clavier et sollicitait régulièrement la personne qui était chargée d'ajuster l'air conditionné...
L'interprétation des Variations Goldberg du Canadien est non seulement devenue une référence, mais a acquis un statut quasi légendaire. Cette nouvelle édition, qui explore la réalisation de l'album sous ses moindres facettes, a de quoi combler les amateurs. Pour la première fois, outre l'enregistrement original, offert sur CD et sur vinyle (avec reproduction de la jaquette initiale), de même qu'une conversation entre Glenn Gould et Tim Page datant à 1982, sur un autre CD, on nous fait entrer dans l'antichambre de la performance. Sony a réuni sur cinq disques l'ensemble de la session d'enregistrement. On entend donc Glenn Gould s'attaquer aux mouvements un par un, s'interrompre, reprendre, mais aussi, au fur et à mesure qu'il prend ses aises, discuter avec le réalisateur ou l'ingénieur de son.
Aux côtés du jeune Gould
On ne se la cachera pas, on n'écoutera pas les cinq albums d'essais et d'erreurs maintes fois, même si la qualité sonore, pour l'époque, est remarquable. A priori, ils ne semblent être qu'une curiosité pour les plus mordus, or quand on se plonge dans la lecture du magnifique livre du coffret, qui fait 280 pages sous couverture rigide, soudainement toutes ces interprétations laissées de côté prennent leur sens. Elles deviennent en effet des composantes donnant accès aux coulisses de la genèse des premières Variations Goldberg de Gould - il les a réenregistrées à la fin de sa vie. 
C'est que par l'entremise de plusieurs essais - en français, en anglais et en allemand -, on couvre tous les aspects: l'oeuvre elle-même, l'interprète, les circonstances de l'enregistrement. Les partitions que Gould a utilisées sont reproduites, tout comme les maintes photos ayant mené à la conception de la pochette, en plus de 45 clichés demeurés inédits. Enfin, même une grande affiche est incluse dans ce coffret.
Ce n'est pas d'hier que les parutions de Gould font l'objet de rééditions et de coffrets. Celui-ci vaut-il le déplacement et l'investissement (environ 175 $)? Pour l'amateur qui ne recherche pas davantage que l'écoute de ses premières Variations Goldberg, ce sera assurément trop. Mais celui qui est fasciné par cette oeuvre, par Bach, par Gould ou par tout ça à la fois, trouvera ici une mine d'informations et n'aura jamais eu l'impression d'être aussi proche du jeune Gould, lorsqu'il a donné cette performance historique.