Passé le tourbillon des Seasons, l’idée de créer fin seul turlupinait Julien Chiasson, alias Julyan.
Passé le tourbillon des Seasons, l’idée de créer fin seul turlupinait Julien Chiasson, alias Julyan.

Julyan : Rêver la musique

Le cerveau créatif de Julien Chiasson, alias Julyan, ne prend pas de répit. Même pas la nuit, quand il dort. L’auteur-compositeur-interprète, qui présente ces jours-ci son premier minialbum en solo, le confirme : il lui arrive de trouver des chansons dans ses rêves… Quitte à devoir se convaincre au réveil qu’il les a lui-même créées.

«Des fois, je rêve qu’un ami musicien, mettons Simon Kearney, me montre une de ses chansons… Je suis jaloux dans mon rêve de ne pas avoir eu cette idée musicale. En me réveillant, je me dis : “Attends un peu. C’est mon rêve. C’est mon cerveau qui a créé ça. J’ai le droit d’utiliser cette toune-là!”» rigole Chiasson au bout du fil.

Nous l’avons connu au sein de la formation The Seasons, groupe qu’il a cofondé à Beauport avec son frère Hubert (Lenoir, comme il est désormais connu) et qui a eu un succès considérable, cumulant les concerts de part et d’autre de l’Atlantique. Un véritable tourbillon à la fois grisant et épuisant pour la troupe. Entre la parution du premier et du deuxième album officiel de The Seasons, ses membres ont pris un pas de côté. Lenoir a brassé la cage avec son projet Darlène, son frangin s’est impliqué en parallèle avec le groupe Forest Boys. Mais l’idée de créer fin seul le turlupinait.

«Ça doit faire à peu près un an qu’émotivement, c’est dans ma tête. J’ai toujours su que j’allais faire de la musique en solo. Mais je ne savais pas précisément ça allait être quand. Jusqu’à tout récemment, je ne savais pas que ça arriverait là.»

Pour Julyan, le travail avec le musicien et réalisateur Jesse Mac Cormack a un peu précipité les choses. Il croyait enregistrer avec lui des maquettes, la chimie s’est si bien développée qu’il est ressorti de l’exercice avec des chansons complètes.

Une période sombre

Julien Chiasson en parle sans détour : les pièces très mélodiques et non dénuées de lumière du minialbum paru vendredi sont le fruit d’une période sombre vécue dans les dernières années.

«J’ai traversé une dépression et énormément d’anxiété, confie-t-il. J’étais quasiment non fonctionnel. J’avais du mal à entreprendre la moindre tâche de peur d’échouer. Le EP est en quelque sorte mon histoire des deux dernières années. Mais mon histoire qui est plus proche d’une fin, dans le sens où je suis en train de m’en sortir. J’ai retrouvé une santé mentale depuis, j’ai pris les outils qu’il fallait.»

Chiasson ne nie pas que la folle virée de son premier groupe a peut-être nourri son désarroi et sa fatigue. «Avec The Seasons, on est arrivé à un niveau de succès et je n’étais pas nécessairement prêt à me rendre là. Je ne dis pas qu’on n’a pas travaillé pour. On a travaillé vraiment fort. On a du mérite pour ce qui nous est arrivé. Mais je dirais que c’était peut-être plus une question de sagesse de vie», laisse entendre Julyan, ajoutant du même souffle qu’il ne regrette absolument rien du parcours de la formation, dont il classe les débuts parmi les plus belles années de sa vie.

«Je suis tellement reconnaissant de voir des fans des Seasons qui sont encore là, ajoute-t-il. Ils m’écrivent qu’ils ont hâte d’entendre mon EP. Ces gens-là sont là grâce à The Seasons. C’est une chance que j’ai.»

Ouverture

Pendant qu’il filait ce mauvais coton, Julien et son frère Hubert ont été invités par Pierre Lapointe à collaborer avec lui pour un projet futur. La rencontre a été si fructueuse qu’elle a donné la chanson-titre de Pour déjouer l’ennui, le dernier album de Lapointe. Elle a aussi ouvert la porte à d’autres échanges musicaux.

«Pierre, c’est quelqu’un que j’apprécie vraiment. Depuis peut-être un an, on s’échange des idées musicales. J’ai l’impression que nos collaborations ne sont pas finies», croit Julyan, qui a perçu l’expérience comme une tape dans le dos.

«Dans la période sombre que j’ai traversée dernièrement, sans s’en rendre compte lui-même, il m’a vraiment aidé, ajoute-t-il. D’avoir été validé comme créateur de chansons par quelqu’un comme Pierre Lapointe, personnellement, ça m’a vraiment aidé à me donner un sentiment que je faisais quelque chose de correct. Il doit y avoir quelque chose que je fais correctement si Pierre vient me chercher pour travailler avec lui.»

Un mélange de vulnérabilité, de résilience et d’une volonté de se tenir debout, voilà en somme ce que Julyan brode de fort mélodique manière avec ce projet solo, qui évoluera en parallèle avec celui de Forest Boys.

«J’ai toujours trouvé que les chansons qui me faisaient du bien n’étaient pas hop-la-vie, note-t-il. Je trouve ça anodin, ça ne me fait rien. J’ai besoin d’entendre des chansons qui racontent une histoire à laquelle je peux m’identifier. Je pense que j’ai réussi à naviguer dans ces eaux-là avec mon EP. J’essaie d’y aller dans les nuances. Je pense que la vie est extrêmement nuancée. J’essaie que mes thèmes de chansons le soient aussi. Ce n’est pas toujours facile, tout n’est pas beau. Mais on est des humains et on doit avancer là-dedans du mieux qu’on peut...»