Julien Corriveau
Julien Corriveau

Julien Corriveau : Dans les traces de Morricone

Julien Corriveau est un grand amateur des westerns spaghetti et surtout, de la musique qui les porte. Tellement qu’il a profité de la pandémie pour signer sa propre trame sonore d’un film imaginaire, The Final Score. Il ne savait pas que ces huit pièces instrumentales nous arriveraient tout juste avant le décès du grand Ennio Morricone, une immense influence pour lui. L’hommage s’en trouve décuplé.

«C’est un peu funeste comme timing. Le destin veut dire quelque chose, mais je ne sais pas c’est quoi!» lance le principal intéressé.

«Ç’a un peu changé le sens de cet album-là, ajoute-t-il. C’était une inspiration et par la force des choses, c’est devenu une sorte d’hommage à cette musique-là. J’espère que les gens qui vont écouter vont y voir une façon de perpétuer cette musique-là dans un contexte actuel.»

Vous le connaissez peut-être comme comique. Avec Les Appendices, il s’est imposé comme compositeur, lui qui a signé les musiques mises de l’avant par le groupe, en plus de camper des personnages délicieusement absurdes (Monsieur Mousteille remporte probablement la palme).

Mais Julien Corriveau est aussi un musicien accompli, qui collectionne les guitares et qui a craqué depuis un bon moment pour la musique des westerns spaghetti. 

«Ça date d’assez longtemps, confirme-t-il. Depuis que je suis assez jeune, je suis un fan des films de Sergio Leone. J’avais en vinyle la trame sonore d’Il était une fois dans l’Ouest. J’ai toujours aimé cette musique-là, justement parce qu’elle est très guitaristique. Le côté nerd en moi aime beaucoup le jeu de western et de cowboys Red Dead Redemption. Je pense que j’ai dû jouer 200 heures. Mais ce qui est cool de ce jeu, au-delà du côté geek, c’est qu’il y a plein de musiques originales inspirées justement de ces trames sonores.»

Une fois le jeu vidéo vidéo terminé, Julien Corriveau s’est senti inspiré et a choisi d’apporter son grain de sel au répertoire, pas si garni, au final. 

«Ce n’est pas comme le reggae, où tu peux en écouter pendant un mois sans arrêter, explique-t-il. Si tu veux écouter de la musique western instrumentale, une fois que tu as fait le tour des trames sonores d’Ennio Morricone et de quelques artistes qui ont fait des projets spéciaux, tu restes un peu sur ta faim. Je me suis dit que j’allais faire un disque pour moi et, idéalement, pour d’autres personnes qui aiment ça aussi.»

Comme un scénario

Julien Corriveau a vraiment abordé la création de The Final Score comme une trame sonore de film. «Sergio Leone parlait d’Ennio Morricone comme d’un scénariste, évoque-t-il. La musique était tellement évocatrice et chargée émotivement qu’elle inspirait le scénario.»

Son histoire à lui n’est pas définie, mais il en donne des indices avec des titres comme Nous partirons cette nuit, L’amant fantôme ou Duelo

«J’ai essayé de penser cet album-là un peu comme on pense un scénario de film, avec un début, un milieu et une fin, avec des revirements, note le compositeur. Même si ce n’est pas un récit précis, il y a quand même une évolution qu’on sent au fil des pièces. J’ai eu parfois des visions de scènes qui ont façonné la musique.»

Outre son travail avec Les Appendices, Julien Corriveau a œuvré de son studio maison en publicité ou en signant de la musique à l’image. Collaborant aux projets musicaux Jolie Jumper, Corps Gras et Châteaubriand, il propose avec The Final Score un premier effort à son nom où il a à peu près tout fait seul, empruntant seulement la trompette de To des groupes Valaire et Qualité Motel.

«Ça dépassait un peu mes capacités», justifie le musicien touche-à-tout, qui a profité de l’arrêt imposé par la COVID-19 pour mener l’album à terme.

«J’ai commencé ça au début de l’année, reprend-il. J’avais besoin de changer de mood. Souvent, en janvier, c’est plus calme ne télé. J’ai commencé ça tranquillement et quand la pandémie est arrivée, je me suis dit que tant qu’à être à la maison, j’allais le finir. À force d’écrire des pièces, j’ai trouvé une cohérence.»

Armé de guitares (il en possède une vingtaine…), de flûtes ou de synthétiseurs analogues, Julien Corriveau a pris son pied à créer son propre western. 

«J’utilise beaucoup mon studio pour des projets de pub ou pour la télé, avance-t-il. C’était bien de mettre ça au profit d’un projet personnel, qui n’est lié à personne. C’est indépendant, personne n’attendait après ça. Et il y a un côté savant fou là-dedans qui était bien plaisant...»