Le musicien Joseph Edgar

Joseph Edgar: à la croisée des chemins

Au fil de sa carrière, Joseph Edgar n’a jamais eu peur de rebrasser les cartes : de la poésie à la chanson à l’opéra, seul ou en groupe, sous différents noms, entre le Nouveau-Brunswick et le Québec… Après plus de 15 ans d’un parcours en solo, le sympathique Acadien s’apprête à prendre un pas de côté et à accrocher son chapeau d’auteur-compositeur-interprète. Peut-être pour un temps, peut-être pour toujours. 

Avec trois dernières représentations de sa tournée Point picot à offrir, dont une prévue à Gatineau ce samedi, Joseph Edgar s’apprête à tourner une page. Nous l’avons accroché lors d’un récent passage à Québec, en pleine tempête. 

«On termine ça à Moncton le 25 avril, note l’Acadien. Ça va nous donner le temps de monter ce show-là. Ça va être spécial. Je vais vraiment prendre le temps de le pimper un peu plus. Ça ne sera pas Pimp ton char, ça va être “Pimp ton Joseph Edgar”!» De quoi finir en grand, à la maison, une prolifique aventure musicale qui l’a captivé depuis 15 ans. 

«Fallait que je m’élance dans une autre affaire, que je me donne le temps de faire d’autres trucs aussi, explique-t-il. Il y a quelque chose d’un peu libérateur en approchant les derniers shows avec cette idée. On ne sait pas, sûrement qu’à un moment donné, je vais remettre les choses sur la route. Mais sachant que ça ne sera pas pour une couple d’années, c’est libérateur. Donc, on s’amuse.»

Dans les traces de Jack Kerouac

Les projets ne manquent pas pour celui qui s’est d’abord exprimé artistiquement sous le nom de Marc Poirier (Joseph et Edgar sont ses deuxièmes prénoms). De quoi éviter le vertige de la transition. «J’ai quand même le luxe de savoir que, dans la prochaine année, j’ai des trucs d’enlignés déjà, confie-t-il. Je ne panique pas trop. Mais à partir de 2021, on ne sait pas!»

Le musicien cite un opéra post-classique élaboré par la compositrice Mathilde Côté et le slameur Ivy autour de l’univers de l’écrivain Jack Kerouac et dans lequel il interprétera le personnage principal. «Quand elle m’a approché, au début, je lui ai répondu que je ne suis pas Marc Hervieux. Ce n’est pas vrai que je vais chanter de l’opéra. Mais le sujet m’intéressait énormément et je savais qu’elle n’avait pas l’intention de faire un opéra classique.»

Joseph Edgar utilise plutôt le terme «fucké» pour qualifier le spectacle, qui pourrait arriver sur les planches dès l’automne prochain. 

«C’est vraiment autour de l’univers bilingue de Jack Kerouac, décrit-il. Ses parents venaient du Bas-Saint-Laurent. Lui, il a grandi au Massachusetts, mais jusqu’à l’âge de sept ans, il ne parlait que français. C’est vraiment une exploration de cette espèce de biexistence. Lui, quand les gens lui demandaient pourquoi sa plume était si originale, il disait : “c’est parce que je pense en français, mais j’écris en anglais.”»

Dans une phase moins inspirée côté chansons, Joseph Edgar a saisi l’invitation comme une occasion de se renouveler. Et il ne la prend pas à la légère. «Ça explique pourquoi je ne ferai pas de spectacles pendant une couple d’années, avance-t-il. Je ne peux pas à la fois me glisser dans la peau de Jack Kerouac et de Joseph Edgar, d’être sur l’autoroute en angoissant pour le prochain spectacle. Je me suis dit que si j’entreprends un rôle aussi important, il faut vraiment que je me concentre là-dessus. C’est tellement un auteur important pour moi. La dernière chose que je voudrais, ça serait que les gens disent que j’ai juste fait ça à moitié.»

Le combat

Originaire de Moncton, Joseph Edgar est arrivé à la musique par la poésie, lui qui a publié un premier recueil avant d’avoir 20 ans. Pendant une dizaine d’années, il a tracé son chemin au micro de la formation Zéro Degré Celsius, avant de faire cavalier seul en Acadie, puis à Montréal, où il vit la moitié du temps. Quinze ans, six albums et quelques mini-albums plus tard, il s’est offert un bilan avec Point picot, une compilation revisitant un parcours musical lors duquel il s’est imposé comme un véritable ambassadeur de la scène acadienne, qu’il a contribué à moderniser comme artiste, mais aussi comme cofondateur du Quinze août des fous, devenu le festival Acadie Rock. 

«Dans les années 90 et même au début des années 2000, tout ce qui sortait d’Acadie était vraiment du folklore. Ce n’est pas mal en soi, mais le cliché était quand même là beaucoup. On disait que les Acadiens, c’est les chansons à répondre. Pour moi, c’était vraiment important comme artiste et comme organisateur d’événements de montrer tout le stock plus contemporain qui se passait. C’était aussi de donner l’exemple aux jeunes qui s’identifiaient zéro à la musique francophone, parce qu’ils pensaient que c’était juste du folklore. Ç’a longtemps été mon combat.»

Maintenant que son agenda se libère, l’artiste se garde toutes les portes ouvertes. Peut-être misera-t-il différemment sur sa plume, lui qui dit avoir des ébauches de romans et de pièces de théâtre dans ses cartons. Peut-être ne résistera-t-il pas à la tentation d’enregistrer un album si l’inspiration est de la partie. Peut-être fera-t-il autre chose complètement. «If you want God to laugh, tell him your plans!» lance Joseph Edgar à la blague. 

«Je suis vraiment chanceux, ajoute-t-il. Il y a une couple d’années, je suis tombé malade. Ça s’est rendu à un point où je me suis demandé si j’allais passer l’été ou pas. Mais j’avais une tranquillité d’esprit par rapport aux chances que j’ai eues ou que j’ai forgées. J’ai fait beaucoup d’affaires différentes dans ma vie. Je suis allé à beaucoup de différentes places. Peut-être trop, mais bon!»