Le chef Jean-Marie Zeitouni dirigera à Québec sa quatrième production de l’opéra Werther, où la mezzo-soprano Julie Bouliane tient le rôle de Charlotte.

Jean-Marie Zeitouni dans la tête du jeune Werther

On a tous un peu de Werther en soi, selon le chef Jean-Marie Zeitouni. Le héros romantique de Goethe, transposé à l’opéra par Massenet, se qualifierait probablement pour un diagnostic de dépression chronique s’il vivait au XXIe siècle. «Mais on a tous déjà eu l’impression de ressentir quelque chose de tellement fort que ça ne cadrait pas dans la réalité», argue le maestro, qui dirige sa quatrième production de Werther.

Le spectacle qui sera présenté à Québec a été créé à l’Opéra national de Lorraine, à Nancy, en France. Mise en scène, scénographie et direction musicale seront reprises avec une nouvelle distribution. «Les premiers jours de répétition, on y pense, mais ensuite, on a l’impression de faire une création, en ayant une longueur d’avance parce que le chef et le metteur en scène ont déjà réfléchi et créé quelque chose», indique Julie Boulianne, qui jouera Charlotte, la raisonnable et dévouée jeune fille dont est épris Werther (Antoine Bélanger). 

Interrogé sur la spécificité de la production reprise à Québec, Jean-Marie Zeitouni pointe la sincérité des sentiments et l’humanité des personnages. «Ce serait facile, puisque l’histoire nous fait faire des sauts dans le temps, de travailler en vignettes et de faire des personnages stéréotypés, mais on ressent bien le drame réel que vit chacun des personnages.» Les plongées dans la tête tourmentée du jeune Werther sont appuyées par des moyens technologiques, alors que la scénographie est composée de formes architecturales simples, dont les transformations font écho aux états d’âme des personnages. 

Homme en détresse

«Alors qu’à l’époque, dans les œuvres de fiction, c’est souvent l’héroïne qui se tue par amour, qui est la victime d’un amour impossible ou trop grand, ici, c’est l’homme qui est en détresse», aime à souligner Julie Boulianne. Vocalement, «le défi est pour celui qui endosse Werther», note-t-elle, alors que Charlotte exige de la mezzo-soprano qui la joue de savoir naviguer dans les extrêmes.  «Ma voix voudrait parfois s’étirer un peu plus, avoir de longues phrases, mais Massenet est dans le dialogue efficace. Tout est calculé et très précis», souligne Julie Boulianne.

La musique de Massenet porte le romantisme allemand avec un esprit pré-impressionniste français, explique Jean-Marie Zeitouni. «Werther est un opéra de conversation, très domestique, avec un quatuor central, mais pas beaucoup de morceaux d’ensemble, pas de scènes à grand déploiement. Il y a donc beaucoup d’espace pour habiter le drame», indique-t-il.

Le chef dirigera les représentations du 20 et du 27 octobre, mais devra laisser les deux représentations en semaine entre les mains de son assistant, Jean-Michel Malouf, pendant qu’il ira diriger I Musici, dont il est directeur artistique, et le Yale Philharmonia.

Julie Boulianne fera quant à elle ses débuts au Festival de Glyndebourne l’été prochain, en interprétant Marguerite dans La damnation de Faust, rôle qu’elle a déjà interprété à l’Opéra de Québec.

Werther sera présenté 20 octobre à 19h et les 23, 25, 27 octobre à 20h au Grand Théâtre de Québec. Info: www.operadequebec.com