Janick Gers fait maintenant partie d'Iron Maiden depuis... 29 ans!

Janick Gers: Iron Maiden tatoué sur le cœur

Quand les journalistes se font offrir une entrevue avec le «petit nouveau» d’un groupe, la proposition rencontre généralement peu d’enthousiasme. Sauf s’il s’agit de Janick Gers d’Iron Maiden. Le guitariste joue dans la célèbre formation heavy metal depuis… 29 ans!

Le Britannique l’admet volontiers, il était loin de se douter à l’époque qu’il serait encore en train de se produire dans des amphithéâtres remplis de fans en délire à 62 ans! Mais Gers était au bon endroit, au bon moment après avoir accompagné Ian Gillan, l’ex-chanteur de Deep Purple, au début des années 1980, et être retourné à l’université.

Le musicien est recruté par le producteur Jonathan King pour la formation d’un supergroupe metal avec des membres de Def Leppard, Withesnake et, surtout, Paul Di’Anno et Clive Burr, respectivement ex-chanteur et batteur d’Iron Maiden. Gogmagog n’a pas fait long feu et le guitariste enchaîner avec l’enregistrement du premier disque solo d’un certain… Bruce Dickinson (Tattooed Millionnaire, en 1990)!

Une chose en amenant une autre, Janick Gers se fait offrir dans la foulée de remplacer Adrian Smith au sein de Maiden, insatisfait de la direction musicale que prenait la formation. «Ça a été tout choc. Ils m’ont donné trois chansons à apprendre et après les avoir jouées m’ont dit : “c’est bon.” C’était incroyable.»

Sa contribution est immédiate puisqu’il collabore à la composition de cinq pièces sur Fear of the Dark (1992).

Ce qui n’a pas empêché, en 1999, le retour d’Adrian Smith. «C’était weird. Bruce revenait et Adrian aussi. C’était comme un retour à Number of the Beast [le premier album avec Dickinson comme chanteur]. Il fallait amener le groupe ailleurs. Nous avons décidé de continuer avec trois guitaristes.»

Gros avantage : Maiden pouvait reproduire sur scène ce qui avait été enregistré en studio sans recourir à d’autres musiciens. «Ça nous a permis d’emprunter une voie totalement différente. Mais je suis sûr qu’Adrian pensait que ça ne marcherait pas et j’avais mes doutes. Sauf que ça fonctionne. Nous jouons très différemment et avons des styles très différents. Mais il y a une chimie.

«Et je pense que cette richesse musicale contribue à la longévité du groupe, car nous avons trois approches différentes de la guitare quand nous jouons. Ce n’est même pas travaillé, ça vient naturellement. On s’entend très bien, il n’y a pas de guerre d’égo. Chacun comprend son rôle et l’importance de celui-ci pour le groupe.»

Surtout en spectacle, insiste Janick Gers. Leur présence combinée permet de reproduire avec justesse les enregistrements. Tout en répartissant la pression de la performance, soir après soir. Enfin, pas tout à fait. Repos oblige, Iron Maiden ne monte plus sur scène deux dates consécutives (sauf exception).

Des sexagénaires en forme

Les six gars d’Iron Maiden sont maintenant tous sexagénaires… Le groupe étant reconnu pour ses longues prestations athlétiques, on se demande comment ils font pour maintenir le rythme. «Physiquement, on doit admettre que nous vieillissons, rigole Janick Gers. Mais quand nous ne sommes pas en tournée, je cours un dix kilomètres deux fois par semaine en plus de m’entraîner au gym. Bruce garde la forme aussi, mais, oui, le temps a un impact. Il y a toujours des jours où un genou ou un coude nous fait souffrir un peu. Mais quand on voit Nicko [McBrain, 67 ans] qui frappe avec autant d’ardeur sur sa batterie et qui est le cœur de la formation… On va continuer jusqu’à tant qu’on s’effondre, j’imagine (rires).»

Mais Janick Gers n’a aucune intention de suivre l’exemple de Steve Harris, qui tourne avec British Lion comme cet automne à Québec, quand Maiden est en sabbatique. «On est tous différents. On a fait une tournée de six mois l’an passé et vient un temps où on doit recharger les batteries, surtout après une aussi longue période. Tu as besoin d’une pause mentale. Et je fais autre chose dans ma vie. Mais quand j’y reviens, je suis vraiment excité d’y revenir. Ça n’a pas l’air d’un travail et ça ne l’a jamais été. J’aurais peur de perdre cette énergie. Toute mon attention et ma concentration sont sur Iron Maiden. Les déporter ailleurs, ça ne marcherait pas pour moi.»

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Bruce Dickinson lors de la partie européenne de la flamboyante tournée «The Legacy of the Beast», l'an dernier.

Monstrueuse tournée

Signe des temps s’il en est un, Iron Maiden n’est pas sur la route pour mousser un 17e album — pas dans les plans pour le moment —, mais bien une application mobile : The Legacy of the Beast. Cette référence à leur célèbre troisième disque, Number of the Beast (1982), se veut aussi un prétexte pour jouer des morceaux que le groupe n’a pas interprétés depuis longtemps en spectacle.

«C’est vraiment fascinant, soutient Janick Gers. C’est un amalgame de plusieurs albums. Il y a même des chansons dont Bruce [Dickinson] n’était pas le chanteur [entre 1993 et 1999] comme Sign of the Cross et The Clansman. C’est une bonne chose de rebrasser les cartes et de ramener des pièces inédites depuis 20 ans, d’avoir une nouvelle énergie. Ça ajoute au spectacle.»

La tournée des trois Amériques se veut la continuation de la portion européenne de l’an passé. Pas moins de 44 représentations dans six pays et la plus grosse production scénique de Maiden depuis ses débuts — il y a même la réplique grandeur nature d’un Spitfire (pour Aces High, fort probablement).

Lorsque Le Soleil a joint Janick Gers, la bande répétait en Floride en vue du premier spectacle nord-américain (18 juillet). Québec accueillera un de ses groupes préférés le 7 août au centre Videotron. Après une participation au mégafestival Rock in Rio (le 4 octobre), les British concluront le 15 octobre à Santiago.

Mais avant, Janick Gers a bien hâte de passer par la capitale où persiste une véritable histoire d’amour entre le groupe et le public depuis leur concert au Colisée, le 25 juin 1982 (leur plus grosse foule en Amérique du Nord à l’époque). Et contrairement à bien des musiciens, il préfère jouer à Québec… l’hiver!

«J’adore les sculptures sur glace pendant le Carnaval. Peut-être aussi en raison du petit côté européen. J’aime bien Paris et me promener en France... Québec est une de mes destinations préférées en tournée.» Éric Moreault