Âgé de seulement 43 ans, Jack White a déjà acquis le statut de légende du rock.

Jack White, le génie anticonformiste

À une époque où plusieurs artistes étalent leur vie personnelle sur Twitter, Facebook ou Instagram, il dévoile très peu de détails de sa vie privée. Alors que les téléphones cellulaires ont remplacé les briquets comme source de lumière dans les concerts rock, il oblige ses fans à les enfermer dans des pochettes verrouillées pour qu’ils ne soient pas distraits pendant le spectacle. Pendant que tout le monde ne jurait que par les MP3 et le numérique, il lançait sa propre maison de disques en misant sur le vinyle. Bienvenue dans le monde de l’anticonformiste Jack White, ce talentueux guitariste et ­multi-instrumentiste qui se produira pour la première fois à Québec le 12 novembre au Centre Vidéotron, après Ottawa le 9 et Laval le 10.

Âgé de seulement 43 ans, celui qui est né John Anthony Gillis a déjà acquis le statut de légende du rock, tout d’abord comme membre des White Stripes avec son ex-femme Meg White, puis en solo depuis la fin officielle du duo en 2011. Il faut dire que c’était déjà audacieux en 1997 de lancer un groupe rock avec seulement une guitare, une batterie et deux voix. Les Black Keys n’allaient en effet naître que quatre ans plus tard et Royal Blood, dans une décennie et demie.

Jack et Meg se sont mariés en 1996 et, contrairement à la tradition, c’est Jack qui a pris le patronyme de Meg. Ils ont divorcé quatre ans plus tard, poursuivant toutefois leur collaboration musicale. Dès le début, ils se présentaient cependant déjà comme frère et sœur plutôt que comme mari et femme. 

«Quand tu vois un groupe composé d’un frère et d’une sœur, tu te dis, “Oh, c’est intéressant”, tu te préoccupes davantage de la musique que de la relation, que de savoir s’ils essaient de sauver leur relation en étant dans un groupe», avait expliqué Jack White au magazine Rolling Stone en 2005 pour justifier cette mise en scène qui avait même confondu certains journalistes.

La montée

Avec leur rock garage inspiré à la fois du blues du début du XXe siècle, du rock alternatif et du punk rock, et leur livrée trichromatique rouge, blanc et noir, les White Stripes sont devenus des favoris des radios universitaires et alternatives.

Jack et Meg White, à l’époque des White Stripes en 2004 

« Je me sens toujours un peu seul dans le fait que je n’essaie pas de faire plaisir à tout le monde. Je fais volontairement des trucs qui vont déplaire à plusieurs. C’était ça, les White Stripes! »
Jack White, en entrevue avec The Guardian

La voix aiguë de Jack, son jeu habile, parfois subtil, parfois pesant à la guitare, son génie de compositeur à 22 ans seulement et le jeu viril de Meg à la batterie, qui sonne comme si King Kong lui-même martelait les fûts, étaient présents dès le premier album.

C’est cependant sur son troisième effort, intitulé White Blood Cells, que le duo a vraiment pris son envol avec le succès des titres Fell in Love With a Girl et Dead Leaves and the Dirty Ground avant d’obtenir la consécration avec le désormais classique Seven Nation Army qui figurait sur l’album Elephant, lancé en 2003.

Deux autres albums et plusieurs spectacles plus tard, les White Stripes devaient annuler la fin de la tournée de leur album Icky Thump en raison des problèmes d’anxiété de Meg, qui a finalement quitté le duo et l’industrie musicale. Pas question toutefois pour Jack de faire la même chose, lui qui avait déjà un autre projet avec le groupe The Raconteurs.

Expérimentation

À travers ses trois albums solo, White a donc continué dans la même veine, jouant de presque tous les instruments et conservant son attrait pour l’expérimentation musicale. 

De Get Behind Me Satan des White Stripes, un album rock dominé par le piano et presque sans guitare électrique, en passant par la pièce Icky Thump, menée par un primitif synthétiseur Univox, jusqu’à ce flirt avec l’instrumentation électronique sur le tout dernier opus de White, Boarding House Reach, le guitariste n’a en effet jamais eu peur de sortir des sentiers battus.

Et il n’a que faire de la réaction de son public, qui de toute manière le suit sans rechigner dans tous ses projets depuis déjà presque deux décennies. 

«Je me sens toujours un peu seul dans le fait que je n’essaie pas de faire plaisir à tout le monde. Je fais volontairement des trucs qui vont déplaire à plusieurs. C’était ça, les White Stripes! Un frère et une sœur habillés de rouge, de blanc et de noir, la fille avec une queue de cheval et une pastille de menthe dessinée sur sa grosse caisse, le gars qui chante le blues. Plusieurs n’aimaient pas ça et disaient que ce n’était pas du blues!» déclarait-il d’ailleurs au journal The Guardian en 2014. 

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L’AUDACIEUSE RÉUSSITE DE THIRD MAN RECORDS

Nous sommes en 2001 et, frappées de plein fouet par la popularité des fichiers MP3 et du téléchargement illégal, les ventes de disques compacts amorcent une descente qui ne s’arrêtera plus après avoir atteint un sommet l’année précédente. C’est exactement à ce moment que Jack White a eu l’idée saugrenue de lancer une maison de disques en misant sur le vinyle, un format que plusieurs croyaient mort et enterré depuis le début des années 90.

Jim Cavender et Jana Savanapridi ont enregistré leur chanson sur un disque vinyle au studio Third Man Records, qui appartient à Jack White, en 2015.

Éditions limitées, vinyle coloré, items de collection et même un service d’abonnement dont les membres reçoivent une nouvelle «boîte cadeau» tous les trois mois, Third Man Records a vite satisfait les mélomanes fans de White et de ses projets.

Cabinet d’enregistrement pour visiteurs

La maison de disque a pour la première fois eu pignon sur rue à Nashville, où White s’est établi en 2009. Le bâtiment comprend un magasin de disques et une salle de spectacles en plus du siège social de l’étiquette de disques. Depuis 2013, une «cabine d’enregistrement» permet aussi aux visiteurs de réaliser un enregistrement audio de deux minutes sur une machine Voice-o-Graph de 1947 remise à neuf. L’enregistrement est ensuite gravé sur un vinyle de six pouces unique.

Une autre succursale de Third Man Records a ouvert ses portes à Détroit, ville natale de White, en 2015. Une usine de pressage de disques vinyles y a également vu le jour l’an dernier, histoire de permettre à la compagnie de répondre à la demande dans un monde où les entreprises de ce type sont devenues rarissimes et ont un carnet de commandes qui déborde.

«Ce n’est pas de la nostalgie. J’aime prendre ce qui est beau dans ce qui a déjà fait ses preuves, ce qui fonctionne, et me demander comment on peut marier ça à ce qui arrive aujourd’hui. Et ce qu’on peut faire avec ça demain», déclarait White l’an dernier au magazine Popular Mechanics à l’aube de l’ouverture de Third Man Pressing dans un quartier défavorisé de la ville de l’automobile. 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Qui: Jack White

Quand: 12 novembre, à 20h

Où: Centre Vidéotron

Billets: 58$ à 174$

Info: lecentrevideotron.ca