Au-delà des mots de Barbara, Gérard Depardieu a aussi conquis le public avec son humour débonnaire, loin du personnage controversé qu’il véhicule.

Impérial Depardieu!

CRITIQUE / On connaît Gérard Depardieu l’acteur, l’inoubliable interprète de Cyrano de Bergerac et de Jean de Florette. Depardieu le chanteur n’a certes pas une voix à tout casser, mais celle qui a résonné entre les murs du Grand Théâtre, mardi soir, en hommage à sa grande et regrettée amie Barbara, est de celle qu’on n’oublie jamais. Toute en douceur, presque en murmures, parfois impétueuse, mais jamais dépourvue d’émotions.

Tout de noir vêtu, cette couleur d’une «luminosité sublime» qu’affectionnait la disparue, Depardieu s’est fait impérial tout au long d’une soirée qui a complètement séduit l’assistance par son souffle poétique. Presque deux heures d’un recueillement de tous les instants, brisé seulement par des applaudissements nourris. 

Barbara est morte il y a plus de 20 ans, mais de toute évidence, Depardieu porte encore le deuil de celle avec qui il a partagé l’affiche en 1986, au Zénith de Paris, dans Lily Passion. À chaque chanson, son émotion. À chaque chanson, au total plus d’une vingtaine, son souvenir que la star a livré avec une tendresse jamais démentie et une puissante théâtralité dans les mots.

À commencer par une reprise de Drouot où Depardieu a rappelé la mise aux enchères, deux ans avant sa mort, des objets de Barbara. Ses mots ont frappé fort. «Ce que vous vendez là, c’est mon passé à moi.»

Le soleil noir, La solitude, Au bois de Saint-Amand, Emmène-moi, Mon enfance, aussi À force de (composé par le défunt fils de Depardieu, Guillaume), l’âme de Barbara était omniprésente, mariée le temps d’une soirée à celle de son colossal ami. C’est une rose rouge à la main, cueillie à même un bouquet lancé sur scène, qu’il a repris la chanson engagée Gottingen.

Le dernier droit du spectacle a donné lieu à un tsunami d’émotions, alors que Depardieu a entamé coup sur coup, derrière le piano, dans un éclairage rougeâtre, L’aigle noir, suivis de Nantes et d’un autre morceau incontournable, Dis quand reviendras-tu? Un ange passe, un autre et un autre.

Au-delà des mots de Barbara, Depardieu a aussi conquis le public avec son humour débonnaire, loin du personnage controversé qu’il véhicule. Une petite allusion politique, avec un spassiba (merci, en russe) suivis de quelques mots sur le prochain sommet du G7, «avec l’autre [Trump], bon courage!», mais c’est tout. Le reste n’a été affaire que de musique, de souvenirs, de sentiments.

Deux fois La petite cantate

C’est avec un respect hors du commun qu’il a livré de touchants remerciements, son choix de mots témoignant de sa sincérité d’être revenu en sol québécois, là «où il y a de grands chanteurs et de grandes voix». Fidèle compagnon de scène de Barbara pendant 17 ans, le pianiste Gérard Daguerre a été chaleureusement applaudie, avec raison, pour sa performance étincelante.

Et La petite cantate, vous demandez-vous? Oui, Depardieu l’a chantée, c’était écrit dans le ciel, deux fois en plus, après avoir expliqué que la chanson avait été écrite par Barbara lors du décès tragique, dans un accident de la route, de la jeune fiancée de Serge Lama.

La seconde fois, interprétée avec la foule en rappel, a clôturé un spectacle inoubliable livrée par un artiste d’exception. Le terme monstre sacré est ici on ne peut plus à propos.

«Si mi la ré si mi la ré si sol do fa… Vous êtes tous des voix formidables. Vous êtes tous des Céline Dion.»