Franz Schuller (au centre) et ses confrères de GrimSkunk
Franz Schuller (au centre) et ses confrères de GrimSkunk

GrimSkunk : Orgue et punk-rock

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
De la contrainte naît la créativité, dit-on. Les vétérans punk-rockeurs de GrimSkunk appliquent la maxime en débranchant leurs amplis le temps d’un concert acoustique présenté virtuellement du Palais Montcalm le 7 novembre. Une occasion pour Franz Schuller et ses complices de revisiter des pans de leur répertoire souvent moins représentés sur scène.

En général, ça peut brasser un brin dans un spectacle de GrimSkunk. Sur scène comme dans la salle. Pas le genre d’ambiance où les spectateurs demeurent sagement dans leur siège. Le groupe ne leur aurait jamais, en temps normal, imposé ce genre de compromis. «Je ne vais pas demander aux gens de venir voir un show de punk et de libération émotionnelle et de s’asseoir sur une chaise», confirme le chanteur et guitariste Franz Schuller.

Mais nous sommes en 2020, avec tout ce que ça implique de restrictions. Les Montréalais ont ainsi accepté de jouer la carte acoustique à l’invitation du Palais Montcalm et de sa série Concerts improbables, qui accueillera notamment Ghostly Kisses, The Barr Brothers, Paul Piché et Klô Pelgag. La facture «débranchée», selon Schuller, cadre mieux avec notre époque actuelle de distanciation physique.

«C’est dans le mode : “on n’a pas le choix”, résume-t-il. C’est comme [une panne d’électricité]. C’est comme la crise du verglas, version 2020. On n’a plus d’électricité, on ne peut plus faire les choses normalement, alors on va les faire différemment! Ça n’aurait pas été fair de donner le goût aux gens de se lever, de chanter, de crier, de se rentrer dedans, mais de leur dire qu’ils n’ont pas le droit...»

«Se revirer sur un 10 ¢»

À l’origine, GrimSkunk aurait dû se produire devant les caméras pour des spectateurs à la maison, mais aussi pour un public restreint en salle. Une autre tuile est tombée avec le prolongement des consignes sanitaires qui a forcé une nouvelle fermeture des lieux de diffusion. Franz Schuller ne cache pas sa déception. Mais il fera contre mauvaise fortune bon cœur.

«Nous, on vient d’un milieu assez DIY, un milieu indépendant, punk-rock. On a toujours fait avec les moyens du bord. On a toujours eu cette mentalité où il faut se revirer sur un 10 ¢ et s’arranger comme on peut. C’est peut-être un peu plus facile pour nous autres de nous adapter à des conditions vraiment contrariantes que quelqu’un habitué à quelque chose de plus structuré», explique le musicien.

Dans un lieu qui entend plus souvent du classique que du punk-rock, GrimSkunk aura l’occasion de prendre ses aises. Et même de mettre à sa main l’orgue Casavant, joyau de la salle Raoul-Jobin qui fait la fierté du Palais Montcalm.

«Absolument! lance Franz Schuller. C’est une des raisons pour lesquelles on a accepté de faire le show. Ça ne sera pas tout le long, bien sûr. Mais mettons que Joe [Evil] va se laisser aller une couple de fois sur l’orgue.»

GrimSkunk saisira également l’opportunité de revisiter l’autre versant de sa personnalité musicale. «Il y a toujours eu ces deux volets dans le band : un côté plus punk, énervé, engagé et un autre plus hippie et chill, décrit Schuller. Le volet acoustique nous permettait une avenue différente. On est capable de faire une version vraiment différente de notre show et de jouer des chansons qu’on ne joue pas d’habitude parce qu’elles sont trop mollo.»

Le chanteur évoque un spectacle «plus basé sur la musicalité, le psychédélisme, le planant, l’envoûtement». Il observe que les harmonies vocales, «on les entend cinq fois plus» en formule acoustique. Il note qu’en réduisant le nombre de décibels, l’aspect mélodique et le travail de composition sont mis en exergue.

«On est d’abord un band qui compose des pièces musicales», rappelle Franz Schuller avant de nuancer en rigolant : «Bon, Mange d’la marde n’est peut-être pas une composition d’une grande profondeur, mais quand même!»

GrimSkunk se produira virtuellement du Palais Montcalm le 7 novembre à 20h. Billets en vente au www.palaismontcalm.ca

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«90 % DE CE QU'ON FAIT N'EXISTE PLUS»

Sous son propre chapeau d’artiste ou par l’entremise d’Indica, l’étiquette de disques qu’il a cofondée, Franz Schuller est à même de constater les conséquences désastreuses imposées par la COVID-19 dans le milieu artistique. 

«La business… Ouf! laisse-t-il tomber. Ce n’est pas un beau portrait qu’on a dans notre secteur. Grosso modo, à peu près 90 % de ce qu’on fait n’existe plus en ce moment. Ce n’est pas un petit problème, c’en est un gros.»

Le musicien songe aux artistes eux-mêmes qui se retrouvent dans la précarité. Il cite ceux qui sont touchés par la bande par les consignes sanitaires : «Les endroits où on va jouer, les hôtels où on dort, les restaurants où on va manger et tout ça.» 

Il pense aussi au public qui doit faire pour un temps son deuil des arts vivants. «Mon plus grand regret, c’est qu’on prive les gens de choses qui sont essentielles à leur bien-être», tranche celui qui ne se dit pas contre le port du masque et les règles «fondamentales».

«Mais le deuxième lockdown, il fait mal, ajoute-t-il. Je me dis que si tu peux prendre l’autobus à un mètre d’une autre personne avec un masque sur la face, tu peux faire bien d’autres affaires à deux mètres de quelqu’un avec un masque sur la face. Je trouve que le mal, le stress, l’anxiété… La santé physique et mentale est en train de prendre plus que des petits coups. La vie émotionnelle des gens est à l’envers!»  Geneviève Bouchard